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écrit le 28 novembre 2019
modifié le 28 novembre 2019

3 Jours d’un élégant à Barcelone

Gaudí, tapas, plage ? Dynamitez le sempiternel triptyque barcelonais, en faisant une virée chez un bottier sur-mesure ou chez un chapelier entre la Sagrada Familia et le Parc Güell ! Barcelone regorge d’adresses d’un raffinement extrême, à mille lieues de la cohue en pantacourts et tongs.

Santa Eulalia ©Guia Besana


Santa Eulalia ©Guia Besana

JOUR 1

VALEURES SÛRES

SANTA EULALIA, PASSEIG DE GRÀCIA, 93

Le Bon Marché barcelonais en version XS. Nommée en hommage à la sainte patronne de la ville, cette boutique fondée en 1843 est le chouchou de la haute bourgeoisie, et de plus en plus aussi des Russes, pour qui Barcelone semble être le nouveau Nice. Cet influx de bling-bling se sent au rayon femmes mais pas côté hommes. Ces messieurs ont même droit à leur tailleur attitré, au sous-sol.

Santa Eulalia se targue de proposer le plus grand atelier sur-mesure pour hommes de toute l’Espagne, avec une douzaine d’employés (au milieu du siècle dernier, Santa Eulalia employait plus de 750 tailleurs et couturières). Sa star des ciseaux s’appelle Jari Mäkelä, un Finlandais de 40 ans, « un des rares tailleurs d’aujourd’hui à savoir réaliser un costume de A à Z », nous glisse-t-on. Signature maison : la pochette intérieure en forme de goutte. Le style ? « Un compromis entre l’Italie et l’Angleterre », d’après le fringant Scandinave.

Le prix ? À partir de 3 700 € le costume, comptez deux à trois essayages et jusqu’à trois mois de délai. Le tailleur le plus senior a pris les mesures de trois générations. « Nous faisons presque partie de la famille de nos clients, on envoie des bouquets de fleurs pour les mariages et des cadeaux pour les baptêmes », nous assure-t-on.

BAGUÉS MASRIERA, PASSEIG DE GRÀCIA, 41

Fondé en 1839, le célèbre joaillier catalan n’a pas oublié les hommes. Ses boutons de manchette Art nouveau ont le pouvoir de débrider les costumes les plus austères. Dragons (animaux fétiches des Catalans) ou lions, rehaussés d’émail coloré : de quoi sortir du lot ! Tant que vous y êtes, piquez une tête au rayon femmes, les bagues florales en émail et pierres précieuses dessinées par Lluís Masriera, grande figure de l’Art nouveau catalan, sont encore plus chics que chez Dior.

SIBÈRIA, RAMBLA DE CATALUNYA, 15

À Barcelone aussi, il arrive de neiger. Mais n’attendez pas l’hiver pour découvrir ce vénérable fourreur fondé en 1891, dont le décor tout en blanc rappelle les plaines de Sibérie. Picasso, Dali et Miró y avaient leurs habitudes. On les imagine bien faire les pitres au milieu des manteaux en astrakan ! Jadis véritable empire voué au poil, la maison a réduit sa voilure mais reste une pointure. On aime les blousons en daim de la marque catalane Torres, au toucher aussi doux que le prix (290 €). Sibéria propose aussi un service sur-mesure.

BEL Y CÍA, PASSEIG DE GRÀCIA, 20

Depuis 1842, Bel y Cía habille les élégants de la ville de pied en cap. Comme chez Charvet, on y glane, aux côtés des chemises sur-mesure, un large éventail de produits pour hommes tels lainages, accessoires, eaux de toilette, robes de chambre ou sous-vêtements. Mais ce qui fait véritablement la renommée de la maison, c’est sa veste Teba, nommée d’après le Comte de Teba.

Pièce emblématique du vestiaire espagnol (mais inspirée d’une veste de chasse anglaise), elle se distingue par son revers sans cran, ses poignets aux manches de type chemise et ses matières fluides et légères. À la croisée de la veste et de la sur-chemise, elle est le casual wear des dandys grisonnants, même si la jeunesse dorée commence à y prendre goût. Maintes fois copiée, elle atteint son apogée chez Bel y Cia, jadis fournisseur du comte de Teba. Dès 1 300 € sur mesure, en jersey, lin, cachemire… Atelier sur place.

ATELIER DE CHRONOMÉTRIE, CARRER DE MALLORCA, 284

Cette marque de montres ne vous dit rien ? Normal, on ne la trouve dans aucun magasin. Pourtant, ses pièces uniques, inspirées des chronomètres des années 1930 à 1950, ornent le poignet des collectionneurs les plus pointus de la planète.

« Ils viennent vers nous quand ils comprennent qu’ils surpayent les grandes marques de luxe », lance Santiago Martinez, directeur créatif. Dans l’atelier fondé en 2015 par lui, sa femme et un maître-horloger, la moindre petite pièce est fabriquée à la main, suivant des méthodes ancestrales. Et ça, ça prend du temps : entre 7 et 9 mois pour une seule montre.

Ses créations sobres et élégantes indiquent le temps, un point c’est tout, « parce qu’on n’aime pas les complications inutiles ». Dès 38 000 €. Bon à savoir : le couple vend aussi des montres vintage rares en excellent état (pièces uniques ou éditions limitées), via son site mimandcroket.com.

©Shutterstock


 JOUR 2

LE STYLE EN HÉRITAGE

XANCÓ, CARRER LA RAMBLA, 78

Il n’y a pas que des attrape-touristes et des pickpockets sur les Ramblas ! Depuis deux siècles, ce magasin aux superbes présentoirs en acajou fournit les Barcelonais élégants en chemises sur-mesure. En poussant la porte, on replonge dans une époque où le quartier était le plus recherché de la ville (aujourd’hui, les grosses fortunes se regroupent autour du Turo Parc et le long de l’Avenida Pearson, surnommée l’« avenue des milliardaires »).

Mais les habitués reviennent toujours, rejoints par un nombre croissant de clients étrangers. Car en matière de chemiseries, Xancó est LA référence à Barcelone. Jadis, le maître-tailleur dormait sous la table de coupe au fond du magasin. De nos jours, les chemises sont confectionnées dans le quartier de Gracia.

Pour les clients pressés, la maison peut compresser ses délais (2 à 3 jours). Comptez 155 € la chemise en coton sur-mesure, dès 200 € en lin, 500 € en cachemire. Les tissus espagnols, allemands et italiens. La maison propose aussi des guayaberas (chemises cubaines).

SOMBRERERIA OBACH, CARRER DEL CALL, 2

Il fut un temps où Barcelone comptait une quarantaine de chapeliers. De la poignée qui reste, celui-ci est le plus élégant. Aux mains de la quatrième génération, il chapeaute depuis 1924 les têtes les plus illustres de la ville. Du panama au feutre en passant par les bérets et les casquettes, chaque modèle se décline en de nombreuses tailles.

« On propose autant de tailles de chapeaux qu’un bottier propose de pointures de chaussures, la tête étant aussi variable que les pieds ! », rappelle le vendeur. Le décor austère n’a pas bougé depuis cent ans. Seule dérogation aux temps modernes : le site internet de la maison, où on peut désormais acquérir en ligne chapeaux en authentique feutre poil de castor, sombreros de cavaliers sévillans de Fernandez y Roche et autres merveilles.

RAMON CUBERTA, CARRER DE BORI I FONTESTÀ, 13

Cet ancien architecte technique formé par les plus grands bottiers catalans s’est fait un nom grâce à ses beaux souliers bespoke, à la fois classiques et confortables. « Il faut qu’une chaussure aille comme un gant, que l’on soit assis, debout ou en train de bouger », souligne l’artisan. Pour définir des paramètres comme l’axe d’appui et l’axe de mouvement, il collabore avec un médecin podologue.

« Du coup, mes formes sont aussi proches que possible de l’anatomie du pied. » La rencontre au sommet entre la chaussure orthopédique et l’élégance de la grande mesure, en somme ! Le tout réalisé patiemment à la main : au moins 120 heures de travail, pour un prix (dès 2 400 € la première paire, 1 900 € par la suite) bien en dessous des standards parisiens.

Le quadra catalan propose aussi une gamme baptisée Made to Order Handcrafted (demi-mesure réalisée à la main, dès 1 490 €) et une gamme prêt-à-porter (dès 590 €) dont les derniers détails sont ajoutés à la main dans son atelier dans le quartier d’El Born. Point commun entre toutes ces gammes : des peausseries traitées par tannage végétal. « À la fois dans un souci écologique et de confort. Un cuir tanné naturellement a une plus grande élasticité, il respire mieux et il vieillit aussi mieux parce qu’on n’altère pas son pH », précise Cuberta.

©Guia Besana

OSCAR H. GRANT, CARRER DE LA BARRA DE FERRO, 7

Le vestiaire d’Oscar, 45 ans, ne s’inspire ni de Savile Row ni des tailleurs transalpins, mais de vêtements de travail et de chasse vintage, que ce grand amateur de Dries van Noten, Comme Des Garçons et Yoji Yamamoto réinterprète à sa façon. À la clé, des pièces intemporelles réalisées sur-mesure dans de belles matières anglaises, italiennes ou nipponnes. Un col de matelot sur une pièce inspirée d’une veste de cheminot ? Le résultat n’a rien d’incongru, c’est même très chic.

« J’aime mélanger les références et expliquer à mes clients l’histoire derrière chaque détail », souligne l’ancien dessinateur de tissus. On adore aussi ses cruiser jackets et ses blousons en moleskine ou coton ciré, à 280 € pour du 100 % bespoke ! Chemises à 170 €, blousons en cuir catalan à 350 €. Le tout fabriqué à Barcelone. Possibilité de commander à distance.


JOUR 3

LE CHIC MÉDITERRANÉEN

NORMAN VILALTA, CARRER D’ENRIC GRANADOS, 5

Vous aimez faire profil bas ? Passez votre chemin. Ceci n’est pas le temple du richelieu noir. Adepte de patines chatoyantes, Norman Vilalta abhorre le déjà vu. « So boring ! », s’exclame l’Argentin coiffé d’un bonnet rouge. « Faire évoluer la tradition, c’est ça, la mission de l’artisan. » Oui mais, sans renier ses racines. Le nom de sa gamme bespoke, 1202, intégralement réalisée à la main, fait référence à l’année de création de la Guilde des maîtres bottiers barcelonais, dont Vilalta est un membre éminent. Répétant des gestes d’antan, il crée du nouveau : richelieus au twist asymétrique, derbies aux semelles thermoplastiques, plus légères… Le succès est au rendez-vous.

Ses créations en grande mesure (dès 3 500 €) ornent notamment les pieds de Ferran Adrià, le pape de la cuisine moléculaire. Bottier-entrepreneur au profil Instagram hyperactif, Vilalta compte aujourd’hui sur ses équipes pour manier marteaux à clouer et alênes. Mais il lui arrive encore de bichonner la patine, son dada. « La patine, c’est la lumière. Dans une salle de réunion, mes richelieus vont avoir l’air noir, mais dès que vous sortez, des nuances colorées apparaissent. » Le chic se loge dans les détails. Prêt-à-porter 100 % fait main : dès 2 000 €, prêt-à-porter normal dès 870 € (prix hors-taxes).

J.M. BLASI, CARRER DE BALMES, 206

« Le Barcelonais n’est pas très élégant. Ce qui compte ici, c’est le travail, pas de se faire remarquer. » Habillé d’un costume trois pièces impeccable, Señor Blasi tempête. Cela fait un demi-siècle que l’éminence grise des tailleurs barcelonais cherche à changer la donne. Parmi ses convertis ? Des hommes d’affaires et politiques, qui apprécient son talent pour le fitting.

Le Catalan a fourbi ses ciseaux chez Conti, un magasin de vêtements qui, avant l’arrivée des costumes prêt-à-porter, employait plus de 60 tailleurs (et qui comptait parmi ses clients, le footballeur Johan Cruyff). Aujourd’hui, José Maria Blasi supervise une équipe de quatre artisans. En une cinquantaine d’heures, son atelier produit des costumes aux lignes souples dignes des meilleurs tailleurs napolitains. À partir de 1 800 € pour du bespoke, dès 1 050 € pour la demi-mesure. Comptez environ 30 jours de délai. Températures estivales quasi tropicales oblige, le lin est une des spécialités de la maison.

Blasi ©Guia Besana

PROA, LA BOUTIQUE DEL MAR, RONDA DEL GENERAL MITRE, 121

Barcelone est un haut-lieu de la voile, même si les méga-yachts commencent à faire de l’ombre aux ketchs et aux yawls dans le vieux port. Et tout navigateur qui se respecte a besoin de son équipement à la hauteur. Direction le quartier Sarrià San Gervasi, le XVIe barcelonais, où se trouve la référence en la matière. Vestes de pont ou de régate, vareuses, salopettes de quart côtière… Depuis 1984, Proa habille la haute société catalane quand elle largue les amarres. Notons aussi les magasins Nautica et Helly Hansen, plus centraux, mais moins pointus.

ARNAU AGUILAR, CARRER DE SANTA TERESA, 3

L’étoile montante des sastres a medida (tailleurs sur-mesure) reçoit dans un atelier-boutique de Gràcia qu’il partage avec la talentueuse chapelière Gemma Geldon. Formé chez les meilleurs – Santa Eulalia et Blasi – Arnau Aguilar travaille pour une clientèle souvent aussi jeune que lui. Tout ce qui sort de son atelier est confectionné par ses mains : « Je suis un vrai control freak, pas question pour moi de déléguer mon travail à qui que ce soit d’autre », confie le Catalan.

L’ancien dessinateur technique nourrit un faible pour les tissus de la marque Gorina, fabriqués à Sabadell, sa ville natale, mais il propose aussi une belle sélection de grandes marques italiennes et anglaises. Son penchant va vers le style british rigoureux et structuré, mais son aiguille se plie à toutes les folies. Comptez 1 700 € pour un costume bespoke fait dans les règles de l’art, une aubaine comparée aux tarifs pratiqués à Savile Row !

Arnau Aguilar ©Guia Besana


5 TABLES

ELS PESCADORS

« Les pêcheurs » en catalan, cette table de Poblenou est une référence en matière de poissons. La pêche du jour pavane sur une table roulante que les serveurs glissent sous vos yeux pour faciliter le choix. La terrasse à l’ombre d’arbres tortueux donne sur une paisible placette bordée de maisonnettes blanches.

EMBAT

En plein Eixample, cette adresse tenue par un Austro-Catalan se glisse entre gens de goût. Passée sous les radars de la plupart des guides touristiques, elle mériterait au moins un bib gourmand. Nous l’avons testée à maintes reprises, et jamais la moindre fausse note. Des techniques de haute gastronomie au service de produits de qualité, à un prix dément (autour de 20 € à midi).

EL CHIGRE 1769

Un restaurant de tapas en plein El Born ? Normalement, on passe notre chemin. Estampillé slow food, El Chigre 1769 déroge brillamment à la règle : un pica-pica de haute volée à base de produits asturiens et catalans en priorité. Le tout arrosé de cidre artisanal et de vermouth d’auteur.

KOY SHUNKA

D’après Alex Lobrano, critique gastronomique du New York Times, c’est le meilleur restaurant japonais d’Europe. C’est en tout cas un des plus primés (une étoile Michelin) et surtout un des plus courus par les joueurs du Barça. Le spectacle est autant dans l’assiette que dans la salle.

MERBEYE COCKTAIL BAR

Pour la vue la plus spectaculaire sur la ville, direction les collines de la Collserola, à une quinzaine de minutes du centre-ville en taxi. C’est ici (sur la carretera de las Aiguas) qu’on peut croiser des joueurs du Barça faire leur jogging, mais c’est ici aussi (en face du funiculaire du Tibidabo) qu’on peut siroter des cocktails en écoutant du jazz en live. À chacun son sport.

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Article par Tinka Kemptner
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