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écrit le 30 janvier 2020
modifié le 31 janvier 2020

La barbe, quelle histoire !

Rasée et discréditée ou portée en étendard, depuis toujours la barbe suscite la controverse. Génération après génération, elle dresse un portrait des mentalités et de la perception de la masculinité.

Tsar Nicolas II / Victor Hugo

« Tous les peuples ont porté ou proscrit la barbe, au gré des vents de l’Histoire, et s’en sont servis pour conduire, comprendre ou expliquer leur existence », raconte l’auteur Andrej Globokar*. Une relation fluctuante dictée par la religion, les différentes perceptions de la masculinité et les modes. Ainsi, lors de l’Égypte antique, la barbe est un attribut de souveraineté.

Les rois et même les reines en portent façon postiches en métal et en bois. Chez les Grecs, c’est un symbole de sagesse et de virilité. Les Romains la discréditent avant qu’Hadrien ne la mette au goût du jour. Alexandre le Grand, le roi macédonien, l’interdit à ses soldats pour ne pas offrir de prise à ses adversaires.

Au XVIe siècle, en Angleterre, la barbe est mal vue. Henri VIII, avait mis en place un impôt réservé aux barbus. Seule la noblesse donc la portait. Une idée qui dut séduire Pierre le Grand puisque le tsar de Russie institua la même chose, deux siècles plus tard, afin de rendre son pays plus occidental. Ce qui ne plut guère aux clercs orthodoxes dotés d’une grande barbe à l’image d’un Dieu tout puissant et… barbu.

Zeus / Vincent Van Gogh. ©Fondation Vincent van Gogh

Un point de scission d’ailleurs avec les chrétiens d’Occident, glabres et dotés d’une tonsure en guise de renoncement. Ce fut d’ailleurs une des raisons du Grand schisme de 1054. En Europe, au Moyen Âge, la barbe incarne la virilité du chevalier. La toucher est un affront constituant une infraction qui ne peut se résoudre qu’à travers un duel mortel à l’épée.

Gilles De Rais

Charlemagne est baptisé « l’empereur à la barbe fleurie », étonnant lorsqu’on sait qu’il était imberbe. François Ier la portera pour dissimuler des cicatrices suite à une bataille de boules de neige avec son cousin qui tourna mal lors de l’Épiphanie de 1521. Il la popularisera auprès de sa cour puis de l’ensemble de son peuple.

Au XVIe, début XVIIe, pas de barbe, mais des perruques ; Henri IV étant considéré comme le dernier roi barbu. Les hommes ne conservent alors que quelques poils, la fameuse « royale ». Il faudra attendre le XIXe siècle pour voir le grand retour de la barbe. C’est un symbole de courage et de virilité, de puissance. Intellectuels, politiques, artistes… la portent. Verdi, Napoléon III, Lincoln, Victor Hugo mais aussi des personnalités plus contestataires (Karl Marx, Jean Jaurès, Trotsky bien plus tard Che Guevera). C’est aussi le début de la barbe révolutionnaire.

À la Belle Époque, c’est la mode de la moustache même si la barbe reste populaire. À noter que jusqu’au Général de Gaulle, tous nos présidents ont affiché une pilosité faciale. Après, c’est le rasage de près qui l’emporte, incarné par des icônes comme James Dean ou Elvis Presley. Dans les années 70, la barbe revient, popularisée par la contre-culture hippy et des chanteurs comme Jim Morrison.

Jim Morisson / Henri IV

Dans les années 1990, c’est la grande époque du bouc (et oui… vous aussi vous en aviez un). Le poil est alors plus un accessoire de l’apparence qu’un signe extérieur d’autorité, de sagesse ou de révolte. En 2010, c’est le raz de marée des barbus touffus en mode hipster ou de 3 jours en mode startuppeur. Mais désormais loin très loin de ce que Molière évoquait dans L’École des Femmes : « Du côté de la barbe est la toute puissance… ».

 

*Extrait issu de l’introduction du livre Barbes (Par Sarah, La Barbière de Paris, éd. Cernunnos).

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Article parJanis Burton
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