écrit le 18 septembre 2017
modifié le 26 septembre 2017

Bienvenue en enfer

En 2008, Monsieur s’est invité en « Enfer ». Pour la première fois, la BNF exposait les ouvrages dits « contraires aux bonnes mœurs ». De l’Arétin aux romans libertins du XVIe siècle, découvrez un monde où le désir rime sans retenue avec tous les fantasmes.   

« L’Enfer », ce n’est pas les autres, mais le classement des livres interdits, licencieux principalement, que seuls les chercheurs peuvent consulter et encore fort difficilement – il faut une autorisation de l’administrateur. Une exposition en 2008 les a rendus publiques quelques mois (excepté tout de même aux moins de 16 ans).

De Thérèse philosophe, le fameux roman libertin du XVIIIe siècle, ou de Dom Bougre, portier des Chartreux, plus porté sur les plaisirs charnels que spirituels, jusqu’aux grands écrivains du XXe siècle, comme Georges Bataille ou Guillaume Apollinaire, en passant par les guides des dames du Palais-Royal, annotés selon les spécialités, les romans d’éducation, les œuvres satiriques, anticléricales ou politiques y sont entreposés, tout comme quelques clichés anciens et scénettes coquines filmées dans les maisons closes.

À une époque où l’érotisme et la pornographie ont pignon sur rue, on a du mal à imaginer le voile qui cachait ce monde des plaisirs. Tout était secret, la censure était sévère, les écrivains comme les éditeurs devaient travailler dans la clandestinité. D’ailleurs, deux des grandes sources d’approvisionnement de l’Enfer furent les saisies judiciaires et les douanes… Mais tout cela a déjà un parfum d’histoire ancienne et même si Éden éden éden de Pierre Guyotat a été saisi encore en 1970, le marquis de Sade est aujourd’hui publié aussi bien dans la Pléiade qu’en livre de poche. La vague érotique ressentie au cours des années 2007-2008 n’est pas que littéraire, puisque le Barbican Center de Londres avait ouvert le bal avec l’exposition « Seduced : Art and Sex from Antiquity to Now », et que le très sérieux musée de l’Armée a clos l’année 2007 avec « Amour, guerres et sexualité ».

Décidément, ces années 2007-2008 auraient pu détrôner le célèbre millésime 1969 de sa position. Si ces trois événements vous ont échappé, il vous reste le Louvre et Orsay, avec en main, le Guide érotique de ces deux institutions muséographiques. Un ouvrage* aussi savoureux que bien documenté, qui vous permettra d’aller directement vers les tableaux ambigus, les sculptures sensuelles, les bronzes explicites, les représentations de l’homosexualité, les solitudes voluptueuses, palpations et palpitations… Peut-être ainsi vous approprierez-vous la vision de Picasso, qui disait : « L’art n’est pas chaste (…), ou bien s’il l’est, ce n’est pas de l’art. » 


À lire : L’enfer de la bibliothèque, catalogue de l’exposition, 38 e.

*Guide érotique du Louvre et du musée d’Orsay de Jean-Manuel Traimond, éditions La Musardine.

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Article par François-Jean Daehn
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