écrit le 9 mai 2016
modifié le 2 novembre 2017

Boutet de Monvel : « C’est encore par les sports que nous sauverons le mieux notre dignité »

La vente de son atelier, la publication d’une monographie… Ce printemps, Bernard Boutet de Monvel est à l’honneur. L’occasion de rendre hommage à cet élégant parisien qui fut le portraitiste de la Café Society et l’illustrateur du chic masculin, notamment pour votre magazine, Monsieur dans les années 20. Un immense artiste tout simplement.

En couverture du numéro 5 de Monsieur, un « spécimen » mondain place Vendôme portant jaquette, pantalon rayé, haut de forme, canne, monocle et soulier vernis. Chicissime. Lignes droites, arc de cercles, on dirait les traits tracés à la règle et au compas. Ce fut le cas.

Bals fastueux

Nous sommes en mai 1920 mais ce dessin a été imaginé par Bernard Boutet de Monvel 11 ans plus tôt. Exposée chez Paul Poiret, l’esquisse fit beaucoup de bruit à l’époque. Déjà, l’artiste jouait avec la géométrie, la contre-plongée et l’esthétique Art Déco. Sa précision est photographique. Un peu plus et on entendrait en fond sonore les rythmes enivrant d’un Charleston.

C’est cet âge d’or, celui du jazz, du glamour, des sports chics et des bals fastueux que Bernard Boutet de Monvel laisse transparaître dans ses œuvres. Un style qui est à l’honneur ce printemps avec la sortie d’un livre très complet sur son œuvre écrit par Stéphane-Jacque Addade, spécialiste du sujet. Au fil des pages et des nombreuses illustrations, il lui restitue sa place de tout premier plan dans l’histoire de l’art tant français qu’américain.

Observateur avisé de l’élégance

Un autre hommage lui a aussi été rendu récemment par Sotheby’s qui a organisé une vente assez intime, celle du contenu de son atelier et de son hôtel particulier du VIIe arrondissement. Ce dernier avait été imaginé par l’artiste en collaboration avec l’architecte Louis Süe. Car Bernard Boutet de Monvel est tout ça à la fois : peintre, illustrateur, graveur mais aussi sculpteur et décorateur.

Le point commun de ce travail protéiforme ? L’épure et surtout un (bon) goût teinté d’un chic à la française.

Les américains de la revue Town & Country parleront dans les années 30 d’un : « parisian accent ». Très beau (les femmes en étaient folles) et grand mondain, il a été, à travers ses collaborations pour les revues La Gazette du Bon Ton, Harper’s Bazar, Vogue et bien sûr Monsieur, un observateur avisé de l’élégance masculine et finalement de la bonne société de toute une époque.

À la question « Faut-il changer le costume masculin ? », il répondit en 1912 : « C’est en effet très délicat de se prononcer de façon définitive… La mode masculine depuis quelques cinquante ans n’a guère enlaidi d’une manière générale. J’ajouterai même que les sports y ont apporté le peu de fantaisie et de pittoresque qu’on y peut encore trouver. Quoi de plus charmant que la tenue d’un joueur de polo ? Le golf lui-même permet des tissus infiniment variés, autant par la couleur que par la matière. C’est encore par les sports que nous sauverons le mieux notre dignité. » Moderne, non ?

Sa passion pour les jeux en pleine air était telle qu’elle lui valut le surnom de « peintre des sportmen ». Il immortalisera entre autres le prince Léon Radziwill en joueur de polo à Bagatelle ou le comte Pierre de Quinsonas en chasseur au milieu de la savane en Afrique. Des portraits, Boutet de Monvel en croqua de nombreux : le Prince Sixte de Bourbon-Parme, Georges-Marie Haardt, etc. S’il était un grand illustrateur de mode et un précurseur du mouvement Art Déco, il devint aussi le portraitiste préféré de la Café Society. L’artiste était de toutes les fêtes, cocktails parties et autres bals costumés qui caractérisaient l’euphorie de cette époque. Un peintre « mondain » mais de grand talent.

Adulé par les milliardaires

À partir de 1926, il vit entre Paris, New York puis plus tard Palm Beach où il s’était fait construire (par Maurice Fatio sur ses propres plans) la Folie Monvel – « ma cabane », disait-il –, un amusant (et luxueux) pavillon octogonal au milieu de palmiers avec murs en bois de cyprès et meubles en rotin.
Adulé par les milliardaires, il les voyait défiler dans ses ateliers et s’arracher ses portraits si méticuleux, le leur bien sûr mais aussi parfois ceux de leurs enfants. Le Maharaja d’Indore en habit du soir, William Kissam Vanderbilt à la barre de son yacht Alva, Lady Plunkett, le Marquis de Cuevas, Millicent Rogers, Elsie de Wolfe, les Fricks, les du Pont, les Astor… L’élite raffole de sa quête de perfection esthétique, de sa neutralité de point de vue à la limite de la sévérité mais toujours attendrie par un détail et bien sûr, de ce quasi hyperréalisme.

Ses portraits inspireront de nombreux artistes comme Mapplethorpe et Andy Warhol qui fut, 30 ans plus tard, son successeur en tant que grand portraitiste de la jet-set.
L’exactitude quasi photographique de Bernard Boutet de Monvel s’apparente au précisionnisme américain. Un art qu’il développa entre deux portraits avec ses « études » de paysages urbains que la ville de New York lui offrait. Jouant comme un architecte avec les équilibres et les lignes, sur ses toiles, les gratte-ciels paraissent plus vrais que nature. Mais dans cette réalité qu’il livre à l’état brut, il parvient à y poser sa touche si distinguée : « aucun détail, aucune surchage… un minimum d’ornementation », expliqua son frère Roger Boutet de Monvel. C’est un peu comme s’il simplifiait la réalité pour n’en garder que l’essentiel : « la silhouette, la masse, les lignes ».

Gentleman jusqu’au bout

L’élégance, Boutet de Monvel ne la cultivait pas seulement dans ses œuvres ou son allure. Innée, elle caractérisait toute sa personne. Son courage et sa fraternité le hissèrent en héros de l’aviation pendant la première guerre. Avec les femmes aussi, il se comportait comme un fin gentleman. Sur le vol Paris-New York du 26 octobre 1949, il céda sa place à la comédienne Françoise Rosay. Il embarqua le lendemain à bord du Lockheed constellation d’Air France. Avec lui, Marcel Cerdan et la violoniste Ginette Neveu. Sa galanterie ira jusqu’à le perdre. Cet avion, on le sait, n’arrivera jamais à New York.

*Bernard Boutet de Monvel, par Stéphane-Jacques Addade, éd. Flammarion, 500 illustrations couleur,
364 pages, 125 €.

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Article parHélène Claudel
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