écrit le 24 mai 2017
modifié le 24 novembre 2017

Le Meurice : un concentré d'histoire de paris

Avec pour ancêtre l'auberge du chariot royal de calais, l'hôtel ouvert par Eugène-Michel Meurice en 1835, raconte de fabuleuses histoires. Véritable mythe vivant, ses murs chargés de souvenirs distillent néanmoins aujourd'hui, un art de vivre très contemporain. Y séjourner permet de capturer cette magie savamment préservée.

Le Dali est le coeur du Meurice, il est selon les heures un lieu de rendez-vous, un restaurant (excellent), un salon de thé. Son décor réalisé par Philippe Starck fait le lien entre le XIXe et le XXIe siècle avec un sens du raffinement qui procure un bien-être absolu.


Le Dali est le coeur du Meurice, il est selon les heures un lieu de rendez-vous, un restaurant (excellent), un salon de thé. Son décor réalisé par Philippe Starck fait le lien entre le XIXe et le XXIe siècle avec un sens du raffinement qui procure un bien-être absolu.

Un week-end dans un palace, une expérience inoubliable au prix d’une semaine « all inclusive » au bout du monde, sans les aléas de l’avion, ni décalage horaire. Le vrai luxe !? En concentré. De leurs palaces, les Parisiens ne connaissent que les bars, les restaurants. Ils ne font donc qu’entrevoir la vie intime et réelle. Paris en possède une quinzaine, certains très anciens, iconiques, le Meurice, le Ritz, le Plaza, certains nouveaux, le Péninsula, le Mandarin… On peut fantasmer sur leur histoire ou leur modernité high-tech. Dans une vie de rêve on pourrait imaginer séjourner dans chacun d’entre eux afin de faire son choix et d’en faire sa seconde maison comme Dali au Meurice ou Marlène au Plaza. Monsieur toujours prêt à se mettre en quatre pour ses lecteurs, l’a fait pour vous en commençant par le plus ancien des palaces parisiens, le Meurice, ouvert en 1835 par Augustin Meurice. Avec le Ritz (1902), le Plaza Athénée (1913), le George V, le Royal Monceau et le Bristol (tous trois début XXe), il fait partie des six palaces historiques de Paris (le Crillon et le Lutetia étant fermés pour travaux). Il faut savoir que si la notion de palace est ancienne, sa codification est plus récente : 2010.

Le Bar 228 est le domaine de William Oliveri, grand mixologue. Son pianiste crée une ambiance musicale à laquelle tous les clients sont attachés.

Les 38 critères

C’est en effet cette année-là qu’en France, on a décidé que ne pouvait être palace qu’un hôtel satisfaisant à pas moins de 38 critères – dont les bagages en moins de dix minutes dans la chambre après l’arrivée (!?) – et surtout investissant chaque année un pourcentage de son chiffre d’affaires pour rester à son meilleur niveau. Le Four Seasons George V par exemple, investit 3 à 4 millions d’euros chaque année pour se maintenir à son meilleur niveau, c’est-à-dire celui du meilleur palace du monde selon Condé Nast Traveler. Les palaces ont même leur jury. De grands « spécialistes » présidés par l’académicien Dominique Fernandez qui en 2010 n’avaient pas reconnu le George V comme palace alors même qu’il était consacré meilleur hôtel du monde. On peut se poser la question de la légitimité de cet aéropage et de savoir combien parmi ces personnalités ont été des clients de ces établissements… Le Meurice ne leur avait heureusement pas échappé. Premier visage à vous accueillir, le portier. Il est celui qui vous fait passer d’une des rues les plus encombrées de Paris mais aussi les plus emblématiques avec le Louvre, les jardins des Tuileries et la belle harmonie de ces immeubles dont les arcades abritent les passants, au « Palace ». Comme dans tout palace qui se respecte, il est affublé d’un uniforme. Au Meurice, il porte le haut de forme avec élégance. Quelques marches, une porte à tambour qu’un groom actionne pour que vous n’ayez même pas à pousser et on se retrouve dans un autre monde. Élégant, raffiné dans la décoration. Accueilli par un personnel à la politesse exquise, immédiatement, on se sent quelqu’un d’important. Mais il n’y a aucune ostentation. Pour ces professionnels, seul votre bien-être compte. Le desk d’accueil situé à gauche n’a rien d’impressionnant, le formalisme administratif limité au strict minimum.

Alain Ducasse règne sur les restaurants Meurice et Dali, admirablement secondé par un chef exécutif de grand talent Jocelyn Herland.

La vie de palace, une expérience inoubliable, surtout dans un établissement dont les murs racontent des histoires de rois, d’artistes… la vie parisienne sur près de deux siècles.

Louis XVI et les tuileries

Quelques minutes et on me conduit à ma chambre : la 504. Une des chambres classiques dotées de la fameuse vue sur la capitale. Du Palais du Louvre à l’Arc de Triomphe avec les Tuileries à mes pieds et comme skyline toute la Rive Gauche : unique ! Du 5e étage, les bruits de la circulation sont un murmure et fenêtres fermées, on n’entend rien. Ultra classique, néo Louis XVI, la chambre est fort bien conçue avec un vrai dressing et une jolie salle de bain en marbre. Aucune excentricité mais du vrai luxe de bon aloi avec de la robinetterie de qualité supérieure et des systèmes électriques qui fonctionnent sans prise de tête (contrairement à la plupart des hôtels de luxe aujourd’hui). Les serviettes et peignoirs sont magnifiques. Une invitation à aller au Spa. Facile, il est quelques étages plus bas. Changement de décor, tout ici est moderne voire futuriste sur 390 m2. Les soins y sont faits selon les protocoles de la clinique Valmont avec les produits suisses. Première chose à faire pour bien vivre le Meurice, aller prendre un verre au Bar 228, célèbre pour les cocktails de William Oliveri et pour son pianiste. Ouvert sur le Dali, le restaurant salon de thé, il possède une atmosphère ultra cosy. Tout l’après-midi, le Dali distille une ambiance très contemporaine mais sans rupture avec la tradition. La table est excellente, le service raffiné évidemment mais assez cool. On s’y sent bien à n’importe quelle heure et la sélection de pâtisseries ferait se damner n’importe quel gourmand… Le décor du restaurant le Meurice avec ses chaises Saarinen sous des lambris XVIIIest baigné de lumière. C’est ici qu’on prend le petit déjeuner et bien évidemment que l’on peut faire l’expérience de la haute gastronomie selon Alain Ducasse. Bon plan, les menus du déjeuner sont à 85 € ou 130 €, plus abordables que le menu collection à 380 € (sans les vins évidemment).

La grande et la petite histoire

Au Dali qui a le même chef exécutif, l’excellent Jocelyn Herland, on peut faire un remarquable dîner pour 70 à 90 € ce qui est très raisonnable compte tenu de la qualité, du service et du cadre. Car il s’en est passé des choses au Meurice, Picasso s’y est marié (avec Olga Khokhlova), Alphonse XIII y faisait envoyer ses meubles pour ne pas être dépaysé et y installa son gouvernement en exil après qu’il eut été chassé du pouvoir. Si on ne compte pas les rois, les milliardaires ou les artistes, celui qui a le plus marqué le palace est Dali. Incontestablement, l’hôte le plus excentrique du Meurice. Il constellait sa suite de tâches de peinture, ses guépards se faisaient les griffes sur la moquette et ses demandes dépassaient l’imagination. Il pouvait demander qu’on aille capturer des mouches dans les bosquets des Tuileries ou faire venir un troupeau de chèvres sur lequel il tirait à blanc. À chacun de ses départs, les employés devaient jeter des pièces jaunes sous les roues de sa Rolls afin qu’il puisse se flatter de « rouler sur l’or ». Dans un palace, l’expression « le client est roi » prend tout son sens. Enfin, c’était une autre époque, aujourd’hui le Meurice est plutôt « luxe, calme et volupté » mais les murs ont la mémoire et si l’on tend bien l’oreille, ils racontent des histoires fantastiques. Voilà pourquoi séjourner ne serait-ce qu’une nuit dans ce paquebot de grand luxe est une croisière dont on garde le souvenir toute une vie.


FRANKA HOLTMANN, DIRECTRICE GÉNÉRALE

228
Le numéro de la rue de Rivoli, Paris Ier. Une adresse exceptionnelle en face des Tuileries du Louvre, à deux pas du Faubourg-Saint-Honoré et de la place Vendôme.

160
Le nombre de chambres et de suites. 118 chambres, 23 suites et 19 junior suites, de 800 à 18 000 € par jour.

3
Restaurants : le Meurice d’Alain Ducasse, le Dalí pour une cuisine moins formelle avec une très belle ambiance sous le plafond tendu d’une toile d’Ara Starck, et le Bar 28 pour un snacking délicieux. Salons au rez-de-chaussée, dont le légendaire Pompadour pouvant accueillir des réceptions de 20 à 500 personnes.

24/24
Pour tous les services. Conciergerie exceptionnelle. M. Léonard Crépiat vous trouvera une table dans n’importe quel restaurant ou des places au théatre en dernière minute.

18 000
Euros par nuit, pour la suite Belle Étoile : 210 m2 et une terrasse avec une vue unique sur Paris (photo à droite).

880
Euros, le prix de la chambre la moins chère. Compter 1 500 € pour une junior suite.

Le Meurice, 228 rue de Rivoli, Paris Ier.

 

 

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Article parFrançois-Jean Daehn
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