écrit le 6 juillet 2021
modifié le 7 septembre 2021

Les sandales : oui ou non ?

Sa culture de la couture est aussi grande que sa connaissance du style. Dans chaque numéro, Julien Scavini, tailleur mais également blogueur, chroniqueur, coach à la télévision, répond à vos questions.

Spartacus, ici incarné par Kirk Douglas dans le film de Stanley Kubrick (1960), défia la Rome antique pendant des années avec ces simples lanières de cuir aux pieds. (Photo © Pictorial Press Ltd / Alamy Banque D’Images)


Spartacus, ici incarné par Kirk Douglas dans le film de Stanley Kubrick (1960), défia la Rome antique pendant des années avec ces simples lanières de cuir aux pieds. (Photo © Pictorial Press Ltd / Alamy Banque D’Images)

Les sandales pour hommes sont aussi vieilles que le monde. La statuaire égyptienne, grecque ou romaine, fourmille d’exemples. Pourtant, il faudra attendre les Années folles pour que quelques dandys s’amusent à remettre les spartiates à la mode. C’est d’ailleurs en 1927 que la famille Rondini crée, à Saint-Tropez, la véritable Tropézienne. Pur effet de style, avec ces lanières prenant le mollet, elles donnent un petit esprit « Villa Kérylos ».

L’avénement des flip-flops

À cette époque, l’idée de pouvoir rester « décontracté » s’impose. Mais les premiers élégants lui préfèrent l’espadrille. Après la Seconde Guerre mondiale, les Américains ramenèrent du Japon la sandale locale appelée zōri. Leur inclination naturelle à déconstruire les vieilles règles européennes poussa cet objet sur le devant de la scène, en particulier en Californie et à Hawaï. Cette vénérable forme nipponne, revue et corrigée, allait bientôt envahir le monde sous le nom de « flip-flop » ou tong en français, probablement la chaussure la plus universellement portée de nos jours.

Claquettes de pêcheurs

Au cours du XXe siècle, d’autres idées furent développées. Pour lutter contre la chaleur, des bottiers inventifs eurent l’idée d’ouvrir la tige des chaussures en recourant à une vieille invention, le cuir tressé. Sur une forme à lacets ou même sur un mocassin, elles sont toujours fabriquées. Une mode qui va et vient, sans que l’on ne sache jamais si c’est très élégant. De fines bandes de cuir tressées donnèrent aussi naissance aux claquettes de pêcheurs, si appréciées des Bretons pratiquant la pêche à pied, et que les Anglo-Saxons nomment « fisherman sandals ».

Hipster à Barbe de Brooklyn

Voyez le modèle Ferret chez Paraboot. La journaliste de mode Héloïse Salessy de Vogue nous apprenait en avril qu’il allait être le hit féminin de l’été. Elles étaient dans les années 90 le repoussoir absolu chez l’homme, en particulier lorsqu’elles se portaient avec des chaussettes. Un petit air de Robert Hue au camping. La Birkenstock aussi connaît son heure de gloire même si ses détracteurs sont nombreux. Bien accessoirisées, elles n’évoquent plus du tout le touriste allemand mais plutôt le hipster à barbe de Brooklyn. Un autre style.

La « chaussette-claquette »

Les stars de foot ont de leur côté mis à la mode la claquette en caoutchouc, façon « je-sors-du-bain-à-remous-pour-aller-chez-le-kiné ». Avec des chaussettes blanches de sport. Si les élégants sont atterrés devant une telle allure, de nombreux jeunes se sont laissés conquérir par cette mode. Certes pas à Biarritz ou dans les meilleurs cercles. Cela dit, Berluti s’est laissé aller à présenter un look de la sorte. Alors, les sandales sont-elles acceptables ? Véronique Nichanian, la directrice artistique de l’univers masculin d’Hermès, pense que oui, comme en attestent ses mannequins printemps-été habillés de sandales de cuir aux pieds. John Lobb aussi affiche deux modèles au catalogue. La grande prêtresse de la marque orange a eu le bon goût de laisser les pieds nus dans les sandales. C’est a minima incontournable.

Avec vue sur les panards du type d’à côté

Alors que nous sommes déconfinés, les sandales doivent peut-être rester confinées. Le pourtour de la piscine, le pont du yacht ou le hammam de la Grande Mosquée sont parfaits pour les porter. Y afficher un élégant modèle en cuir est idéal. Un signe de raffinement par rapport aux tongs et aux claquettes en plastoc. En dehors de ça, c’est niet. Les hommes n’ont pas de si jolis pieds pour qu’ils se permettent de les exposer. Rien de pire qu’être au restaurant avec vue sur les panards du type d’à côté. Elles peuvent faire partie d’une belle garde-robe, mais il faut savoir les porter avec tact et discernement. Entre les mocassins à semelle dure, ceux souples et à picots, et les espadrilles, il y a déjà bien de quoi être subtil et raffiné, tout en restant au frais.

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Article par Julien Scavini
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