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écrit le 22 septembre 2021
modifié le 22 septembre 2021

Le costume est mort ? Vive le dépareillé !

Sa culture de la couture est aussi grande que sa connaissance du style. Dans chaque numéro, Julien Scavini, tailleur mais également bloggeur, chroniqueur, coach à la télévision, répond à vos questions.

Dans « La Grande Bellezza », Jep Gambardella, le personnage principal, alterne les vestes jaune canari et rouge paprika sur un pantalon blanc. (Photo courtesy Pathé / Gianni Fiorito)


Dans « La Grande Bellezza », Jep Gambardella, le personnage principal, alterne les vestes jaune canari et rouge paprika sur un pantalon blanc. (Photo courtesy Pathé / Gianni Fiorito)

En recul depuis quelques années, le costume fait les frais de la crise sanitaire. Le recours massif au télétravail et un retour parcellaire au bureau ont changé les habitudes vestimentaires. Pour beaucoup, la possibilité d’y venir en chino est vécue comme une délivrance. Grand bien leur fasse. Cela dit, la relative évolution de l’étiquette professionnelle peut aussi être vue comme une chance par les amateurs d’élégance masculine. Avec à la clef, le plaisir de porter des ensembles dits « dépareillés ». Une expression insolite qui sous-entend que la veste et le pantalon ne sont pas vendus ensemble. Et qu’ils sont associés au gré des envies et des humeurs. La veste alors est qualifiée de veste « sport ». Le Petit Larousse du début du siècle dernier nous apprend qu’il désigne « des vêtements et des accessoires d’un style confortable, par opposition à d’autres plus urbains
ou plus habillés ».

Distiller un peu de son humeur
Ainsi dans la catégorie des vestes sport, il est possible de mettre beaucoup de modèles : tweeds et cachemires pour l’hiver, nattés et mélanges soyeux pour l’été. Le blazer, logiquement marine, rentre assez bien dans cette classe. Première remarque concernant la veste dépareillée, elle est bien plus saisonnière que le costume. Ce dernier a tendance, depuis quelques décennies, à être qualifié de « 4 saisons », cela grâce à des lainages semi-fins qui conviennent presque toute l’année dans les bureaux. À l’inverse, la veste sport, parce qu’elle est plus raffinée, plus recherchée, fait la part belle aux étoffes de saison. Et à l’instant aussi. On peut aller à une soirée élégante en veste dépareillée. Mais plutôt en portant un joli modèle en flanelle anthracite à grands carreaux mauves, plutôt qu’une en gros tweed vert fougère. Les ensembles dépareillés permettent à l’homme de s’amuser et de distiller un peu de son humeur. Deuxième remarque qui découle de la première : une veste de costume ne fait pas une belle veste sport. Inutile de vouloir les recycler lorsque le pantalon est cuit. À l’extrême limite, si elle est bleue, on peut s’en servir de blazer à tout faire. La faute à une texture trop lisse, me semble-t-il. À l’inverse de ce paradigme, les Parisiens et quantité d’architectes affectionnent la même et sempiternelle veste noire délavée portée sur un jean. Ultra ennuyeux. S’habiller en dépareillé permet de – ou oblige à – posséder une penderie variée.

Une garde-robe variée
Les vestes elles-mêmes peuvent être unies, à micro-motifs comme les chevrons, les pieds-de-poule ou à carreaux. Rarement de rayures, ce motif ancestral étant presque exclusivement associé au costume habillé. Sauf à imiter Serge Gainsbourg. Au-delà des motifs, les couleurs sont variées, teintes de la forêt d’un côté, palette plus urbaine de l’autre. Chaque homme suivant sa personnalité et sa carnation peut trouver son bonheur. Songez au film La Grande Bellezza dans lequel le personnage principal alterne entre vestes jaune canari et rouge paprika. Faut-il que la veste sport soit plus courte que celle d’un costume ? Le tailleur répond non, car souvent ses clients la portent avec des pantalons de laine ou de coton coupés traditionnellement, c’est-à-dire à la taille naturelle. Il est en revanche vrai que si la veste est adaptée à des jeans ou des chinos plus modernes, elle pourra être vaguement plus courte. Reste enfin la question cruciale des pantalons. Il faut un peu de variété là aussi. Le pantalon gris, de laine fine ou de flanelle, est l’alpha et l’oméga de l’armoire. Dans toutes les nuances, il perpétue une tradition on-ne-peut-plus britannique. À côté, les pantalons beige, camel, tan ou légèrement kaki, apportent une note plus « campagne ». Les velours et moleskines sont parfaits en hiver. Chaque matin, il est ainsi possible de renouveler l’accord général suivant l’inclination et l’agenda du jour. Cela dit, je connais quelques clients qui font couper leur veste avec le pantalon qui correspondra exclusivement !

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Article par Julien Scavini
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