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écrit le 29 novembre 2021
modifié le 29 novembre 2021

Le grand retour de la robe de chambre

Fini son côté old school ? Depuis le confinement, la robe de chambre fait de nombreux émules et retrouve ses lettres de noblesse. Mieux, elle est devenue tendance.

Dessin de Ray Bret-Koch / Archives Monsieur 1920


Dessin de Ray Bret-Koch / Archives Monsieur 1920

Noël dernier. Mon neveu, Polo, 22 ans, a fait son « coming out dandy ». Lui qui d’ordinaire affectionne le combo « tee-shirt blanc-Levis » s’est présenté au petit-déjeuner dans une robe de chambre vintage en soie rouge à pois blancs. Que lui arrivait-il, lui qui a passé sa jeunesse à peaufiner ses corners sur FIFA2000 plutôt que d’écorner Le Portrait de Dorian Gray ?

Le charme discret du « comfort wear » couplé au confinement serait-il passé par là ? Et, ce n’est pas chez Charvet que cet étudiant fauché a trouvé sa nouvelle seconde peau mais chez Emmaüs pour 3 €. Le résultat n’en était pas moins élégant.

Dans sa bulle de protection

Aujourd’hui, cette même robe de chambre vaudrait au moins 100 € sur Vinted. De quoi s’offrir un « up-grade » et pourquoi pas une robe de chambre siglée Daniel Hanson – « The World’s Best Luxury Dressing Gown Manufacturer », dixit le site de la marque.
Un des modèles à col châle en soie jacquard de couleur bronze et à motifs paon est au prix de… 2 500 £. Un autre, en drap de laine motif Paisley avec doublure en satin, 2 000 £…

Depuis le début de la pandémie, les ventes de robes de chambre en tissus nobles s’envolent. « Pendant les confinements, on a pris goût à la douceur des belles matières et au confort des coupes d’intérieur, analyse Vincent Grégoire du cabinet de tendance NellyRodi. Certes, on commence à remettre le nez dehors, mais la robe de chambre reste notre cocon, c’est presque devenu un doudou. Sans parler de l’élégance qu’elle procure. D’ailleurs, sur les podiums, on voit arriver des robes de chambre d’extérieur, sortes de longs manteaux ultrafins et souples, pour rester dans sa bulle de protection même dans la rue. »

Le style Jean-Pierre Marielle

L’engouement profite non seulement à la marque anglaise Daniel Hanson mais aussi à Charvet à Paris, E. Braun & Co. à New York ou Schostal à Rome. Partout où la mode d’intérieur atteint le summum du raffinement, on se frotte les mains après des années de ventes stagnantes. Car avant qu’un microbe ne nous fasse regagner nos chesterfields, les robes de chambre, peignoirs et autres pièces d’intérieur rimaient avec Jean-Pierre Marielle ou The Big Lebowski, quand ce n’était pas Hugh Hefner, DSK ou Harvey Weinstein.

Mais la Covid a changé la donne. D’accoutrement libidineux, la robe de chambre s’est muée en vêtement d’intérieur chic, parfois même en vêtement de travail qui booste la productivité pour les uns, quand ce n’est pas une invitation à la musardise bibliophile pour les autres. Car c’est le grand retour de la robe de chambre des origines, celle qui remonte au siècle des Lumières et qui fleure bon Voltaire, Rousseau et Diderot.

Regrets pour ma vieille robe de chambre

À cette époque, bourgeois et aristocrates affichent leur classe sociale en portant un vêtement nouveau, sorte de déshabillé inspiré des caftans orientaux et kimonos japonais coupés dans des tissus précieux, de riches soieries ou d’indiennes (toile de coton peinte originaire des Indes).

« Dans Regrets pour ma vieille robe de chambre, Diderot se désole d’avoir troqué un vêtement qui connaissait tous les plis de son corps, qui l’épousait sans le gêner et qui gardait les traces de son travail, tâches d’encre et poussière de livres incluses, pour un autre, neuf et rigide… C’est un magnifique poème d’amour à une robe de chambre usée, à (re)lire d’urgence », s’extasie l’historienne de la mode Audrey Millet.

Le « dolce farniente »
Jadis, la robe de chambre servait non seulement à réfléchir bien au chaud et à son aise, mais à afficher son goût pour le lointain. « Porter une robe de chambre inspirée des caftans ottomans, c’est porter une histoire, une culture, souligne-t-elle encore. Quand, dans les années 1960, les maisons de couture italiennes la remettent au goût du jour, c’est le glamour de Portofino et la frivolité à l’italienne qu’elles vendent. Porter ces pièces signifie qu’on peut se permettre le “dolce farniente”. »

L’histoire de la robe de chambre a même eu droit à sa propre exposition en 2017, au Musée de la Chemiserie et de l’élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse. S’y exposaient vestons d’appartement en brocart damassé, caftans coupés dans de chatoyantes indiennes, kimonos somptueux, robes de chambre aussi ajustées que des redingotes… Tout un vocabulaire qui continue de fasciner les dandys de tous âges, certains même ultra branchés.

Pour preuve, les vidéos youtube du musicien vidéaste Marc Rebillet, qui improvise, chez lui, des morceaux électroniques déjantés. Une seule constante : l’accoutrement de l’artiste américain, dans une robe de chambre ou un kimono. Pour donner libre cours à son inspiration, rien de tel !

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Article par Tinka Kemptner
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