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écrit le 30 novembre 2021
modifié le 30 novembre 2021

L’indémodable col roulé

Le col roulé en aurait-il fini avec son image soixante-huitarde qui lui colle à la peau ? Depuis quelques années, il s’impose dans le vestiaire masculin comme la pièce chic et décontractée par excellence. Une alternative élégante à la classique « chemise-cravate ».

Steve McQueen au volant de sa Ford Mustang Bullitt, 1968. (© AF archive / Alamy Banque d'Images)


Steve McQueen au volant de sa Ford Mustang Bullitt, 1968. (© AF archive / Alamy Banque d'Images)

Le cou révèle tout. L’âge, la colère, la joie, un sourire… Il suffit de l’observer, lui et ses tendons plus ou moins crispés. L’emmitoufler dans un col roulé lui permet de ne plus rien dévoiler de ses vérités… avant, bien sûr, de le protéger. Confortable – rien de mieux contre le froid –, il souligne les traits du cou et renforce ceux du visage. Il offre de la personnalité sans la révéler tout à fait. Sa caractéristique – comme son nom l’indique – est d’avoir un col replié sur lui-même.

Col roulé avec holster d’épaule

À ne pas confondre donc avec le col cheminée de Steve Jobs qui composait l’élément numéro un de son invariable panoplie « normcore » avec son jean 501 et ses New Balance.Pensez plutôt à James Bond, notamment dans Spectre. L’agent secret y troque son incontournable smoking contre un col roulé moulant noir avec holster d’épaule. Moderne, décontracté, sexy, chic à souhait. Une image qui renvoie immédiatement à l’affiche du film Bullitt (1968) sur laquelle le célèbre lieutenant de police, interprété par Steve McQueen, affiche quasiment la même posture, en tout cas les mêmes attributs : col roulé noir et holster d’épaule.

Smalto automne-hiver 2021

Omniprésent sur les podiums depuis quelques années, le col roulé a même fait son entrée en politique. Souvenez-vous, Emmanuel Macron en 2019 lors d’une conférence de presse sur le climat en direct de l’Élysée. Le président avait délaissé son éternelle « chemise blanche-cravate bleue » pour un col roulé bleu marine sur un costume gris carbone. Shocking ? George Pompidou, adepte du col roulé en sous-pull – uniquement le week-end dans le Lot – a dû se retourner dans sa tombe.

Une tenue de gauche ?

Cette nouvelle silhouette présidentielle, plus moderne, a enflammé la twittosphère. Lauren Collins, journaliste du New Yorker, y avait d’ailleurs retranscrit un dialogue qu’elle avait eu avec un Français lors de la conférence. Elle : « Pourquoi Macron porte-t-il un col roulé ? » Lui : « Parce que c’est une conférence de presse sur le changement climatique. » Elle : « ? » Lui : « C’est une tenue de gauche ! » Quelques heures plus tard, notre président était au sommet sur l’Ukraine, serré dans un costume trois-pièces entre Angela Merkel et Vladimir Poutine. Alors quoi, le col roulé serait-il un attribut de gauche ? Pourtant, Nicolas Sarkozy le portait lui aussi ? « Le col roulé est un vêtement transgressif et historiquement lié aux mouvements de contestation », explique Yvane Jacob, auteure du livre Sapé comme jadis (éditions Robert Laffont).

Tenue de travail et de sport
Un flash-back s’impose. Le col roulé aurait été inventé au Moyen Âge. Les chevaliers le portaient sous leurs cottes de maille afin de protéger leur cou et leur torse des graves irritations provoquées par ces dernières. Au XIXème siècle, le col roulé ne perd rien de son utilité puisqu’il est adopté par les ouvriers mais aussi les marins et tous les travailleurs qui ont besoin de se protéger du froid sans s’encombrer d’épaisses écharpes. Dans des versions plus fines, les sportifs vont également apprécier son côté pratique. C’est le cas des golfeurs, cyclistes, joueurs de hockey ou encore de polo.

Hackett automne-hiver 2021

Un symbole de virilité ? 

À partir des années 20, le col roulé intègre la garde-robe masculine, porté par des hommes en quête de distinction et d’un certain statut social. Ce serait le dramaturge Noël Coward, le « Sacha Guitry londonien », qui aurait lancé la mode bien qu’il estimât le porter soi-disant « plus pour le confort que pour l’effet ». En 1932, dans sa célèbre chronique mondaine « Seen and Heard » du Rochester Democrat and Chronicle, Henry W. Clune écrivait même que « le col roulé était considéré comme un symbole de virilité. Plus large était le cou qu’il enserrait, plus grande était la virilité qu’on lui supposait ».

« Plus large était le cou qu’il enserrait, plus grande était la virilité qu’on lui supposait ».

Pas étonnant qu’avec son cou épais et musclé, Clark Gable, alors au sommet de sa gloire, en fût un fidèle représentant. Il en avait tout un stock. Sa couleur : le crème. C’est à partir des années 50 que le tricot se rebelle. Unisexe, il constitue un élément de la panoplie des féministes et s’impose, chez les hommes, contre le « costume-cravate ».

De Cohn-Bendit à Cousteau

Il est le chouchou des adeptes de la Beat Generation et de toutes les stars des années 60 en quête d’une attitude « cool » et décalée, des Beatles à Andy Warhol en passant par Mick Jagger. Il faisait aussi partie de l’uniforme des Black Panthers avec le béret et le poing levé. En mai 68, les étudiants révoltés ne le quittent plus, à l’image de Daniel Cohn-Bendit toujours en tête de cortège. Quant au philosophe Michel Foucault, figure phare de la French Theory avec Deleuze et Derrida, il le portait moulant et blanc sous un perfecto en cuir noir.

Dans les années 70-80, le col roulé s’assagit en envahissant toutes les garde-robes sans exception – y compris celle des enfants – dans des versions fines et sous-pulls grâce notamment à l’invention du Lycra. On se rappelle du mythique commandant Cousteau avec son sous-pull blanc ou bleu Klein sous la veste. Sans qu’il y ait forcément de lien avec l’explorateur océanique, ce sera le début d’une longue traversée du désert pour cette seconde peau – les années 90 signant un retour du costume et avec lui, ses deux corollaires : la chemise et la cravate.

Berluti automne-hiver 2021

Dans toutes les collections

Mais le col roulé ne semble pas avoir dit son dernier mot. La preuve, cette saison, il est de toutes les collections. Berluti, Hermès, Paul Smith, Dunhill, Jil Sander, Salvatore Ferragamo, Smalto, Lardini… On le trouve aussi dans des boutiques plus confidentielles et en sur-mesure comme L’Officine Paris, Jean-Manuel Moreau ou encore Artling.

Il se décline sous toutes les formes : ample ou ultra fin, en laine mérinos, lambswool ou cachemire, porté sous la veste, sous un gros pull et même sous la chemise pour un esprit « eigthies revival ». Le plus élégant étant, selon nous, sous un blazer dans un cachemire très fin. Si le col roulé noir passe partout, on ose les versions ton sur ton, plus modernes que le col roulé clair, plutôt daté désormais. Côté spécialistes, on va chez Hobbs Cashemere, Éric Bompard ou encore Maison Montagut. De très belles versions aussi chez Mettez, notamment en poil de chameau.

Éric Bompard

Turtle neck en anglais 

Seul bémol au col roulé : il ne va pas à tout le monde. N’oublions pas qu’il se prénomme en anglais « turtle neck »… À noter qu’en italien, il est baptisé « dolce vita », en hommage à Marcello Mastroianni qui le portait dans le célèbre film de Fellini. Dans les deux cas, tout dépendra de la taille du cou. Les petits cous l’éviteront au risque de tasser encore plus leur silhouette. De même pour les longs cous, le « giraffe neck » n’étant pas du meilleur effet. Quant à ceux très larges, il faudra aussi oublier le col roulé. N’est pas Clark Gable qui veut.

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Article parHélène Claudel
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