Passion masculine chapitre 1 : La folie des montres

Les hommes ont beaucoup de passions, nous allons les explorer ensemble tout au long de l’année 2022… Voici pour commencer, celle qui rallie tous les suffrages : la passion de l’horlogerie mécanique.

Longtemps, le collectionneur de montres était un authentique passionné d’horlogerie. S’il n’était pas horloger lui-même, il n’avait pas peur d’ouvrir les boîtiers de ses montres pour voir leurs mouvements battre et comprendre leurs mystères. On le rencontrait aux Puces farfouillant avec délice au milieu de dizaines de tocantes alignées simplement sur l’étal d’un marchand. Des montres qui avaient vécu mais qu’on pouvait acheter pour quelques billets.

Années 80 : le début du vintage

Parfois, il trouvait des trésors comme des Rolex Prince, des Universal, des Jaeger-LeCoultre, du Cartier, mais c’était rare. Le vintage n’était pas… encore à la mode. C’est au début des années 80 que tout change. Les Italiens, toujours les premiers à lancer les modes, commencent à s’intéresser aux montres de manière plus sélective : celles des grandes manufactures. Les petits marchands français de l’époque – les Romain Réa, Éric Hamdi, Antoine de Macedo… flairent le filon et se spécialisent en proposant de plus en plus de pièces de marques.

Presque tout cette génération de marchands a démarré aux Puces avant d’ouvrir des boutiques dans les quartiers chics. Rue Marbeuf pour Éric Hamdi, rue du Bac pour Romain Réa, rue Madame pour Macedo. Le grand déclic aura lieu à Genève avec un personnage haut en couleur : Osvaldo Patrizzi. C’est lui qui, avec sa maison de ventes aux enchères Antiquorum, organisera les premières ventes dédiées exclusivement aux montres puis, coup de génie, les premières ventes de montres issues d’une seule manufacture.

Statut symbole planétaire

La montre était devenue objet de collection, documentée, référencée, certifiée, évaluée, attirant un nouveau public aux motivations différentes de celles des premiers collectionneurs. Les montres, en se répandant après la Première Guerre mondiale, étaient devenues un statut symbole planétaire. Fini le temps où Breguet fabriquait quasi uniquement pour l’aristocratie, tout le monde avait une montre. À l’époque, c’était le seul moyen d‘avoir l’heure… il n’y avait pas encore de portable. Avec la technologie du quartz, la montre se démocratisera encore plus, mais c’est un autre sujet.

Les stars, les aventuriers commençaient à être recrutés par les marques pour servir d’ambassadeurs. La montre devient alors un signe de réussite évident, un élément qui définit la personnalité ou la passion. Combien se sont-ils identifiés à James Bond en portant la même montre que lui ? Après la Submariner, c’est Omega qui équipera l’espion de Sa Majesté. C’est cependant une Rolex, le Cosmographe Daytona, qui le premier acquerra le statut de trophée et verra sa valeur « d’occasion » dépasser sa valeur neuve (voir le hors-série Collectionneur de Montres Magazine daté octobre 2021). La montre n’est, officiellement, ni associée à une star ni à un film. Elle sera suivie rapidement par toutes les autres montres professionnelles de Rolex : Submariner, Sea-Dweller, etc. 

Les fantastiques performances des Daytona de Paul Newman vendues par Aurel Bacs (Bacs & Russo) entraînent leur cote vers le haut et cela rejaillit sur toutes les Rolex mais aussi sur les Audemars Piguet et les Patek Philippe. @rolex

« Buzz » Horloger

À partir des années 2000, tout s’accélère avec des tensions sur le marché du neuf de plus en plus fortes. La gestion, l’organisation de la pénurie, les marques fabriquant leur cours… tout cela alimente un certain « buzz » horloger. Des stars du marteau apparaissent, bien décidés à faire entrer la montre dans le marché de l’art, comme l’automobile l’a fait. Ils ont du charisme, de l’intelligence et un grand sens des affaires comme Aurel Bacs, l’homme de tous les records. Certains d’ailleurs allient les deux dans des ventes événements hybrides. Des 911 (Porsche) avec des Daytona (Rolex), par exemple, deux graals pour hommes avides de marqueur social.

Quand apparaissent des pièces ayant appartenu à des stars, les cotes s’envolent à des sommets stratosphériques comme lors de la mise en vente à New York en 2018 de la première Daytona de Paul Newman, réf. 6239 « Drive carefully me » – ces mots que Joanna Woodward y avait fait graver au dos du boîtier marquent un point culminant. Cette vente va surtout entraîner vers le haut la cote de toutes les Daytona.

La Rolex est-elle l’objet de toutes les convoitises ? Pas toutes! Deux autres pièces se disputent le podium : la Nautilus de Patek Philippe et la Royal Oak d’Audemars Piguet. Ces trois pièces sont un peu l’équivalent de Porsche, Ferrari et Lamborghini, des icônes connues de tous. On ne peut pas dire que leurs amateurs sont des amoureux d’horlogerie car ce sont des pièces simples même si elles sont dotées de très beaux mouvements. Elles sont assez grisantes en revanche, car leur cote ne cesse de monter, ce qui provoque toujours dans les dîners en ville le petit jeu du « Montre-moi ta montre, je te dirais qui tu es ou… combien tu pèses ». Pour ceux qui se passionnent pour la mécanique, le monde des grandes complications horlogères offre toutes les possibilités. 

Des cotes insensées

Les traditionnels quantième et répétition minute de Vacheron Constantin ou Patek Philippe envoient des messages aux seuls connaisseurs. C’est le cas aussi de la jeune manufacture F.P. Journe dont les pièces sont aussi rares que recherchées. D’autres, plus modernes, amoureux de montres et de mécaniques, voient la maison Richard Mille, elle qui a révolutionné tous les codes du luxe, comme un rêve. Un rêve qu’illustre parfaitement la baseline initiale de la marque : « A racing machine on the wrist ».

Véritables « formule 1 horlogères », ces montres produites en série limitée sont d’une exclusivité rare et incarnent à elles seules une réussite sans complexes. Comme les pièces plus diffusées, leur valeur sur le second marché ne cesse de monter. Même en jean et tee-shirt, avec une Richard Mille au poignet, les portiers d’hôtels sauront immédiatement dans quelle catégorie vous ranger…

Condamnée lors de la crise du quartz par des augures à courte vue, condamnée encore lors de l’arrivée des portables, condamnée à nouveau lors de la sortie des montres connectées, la montre mécanique a échappé à ces prévisionnels industrieux en s’élançant vers le haut. En devenant icône, talisman, investissement. Si elle n’a jamais été aussi inutile – l’heure est partout –, elle n’a jamais été aussi indispensable comme objet de passion.

Les grandes ventes horlogères sont devenues des événements qui rassemblent les passionnés du monde entier. @artcurial
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