Le FASTE de MARLY en FLACON

Au XVIIIe siècle, le Château de Marly était un lieu de plaisir et de fête loin du protocole strict de Versailles. Il y régnait un raffinement décontracté que Julien Sprecher retranscrit, depuis 2009, à travers Parfums de Marly, des fragrances percutantes, d’une grande modernité.

Parmi ses souvenirs olfactifs les plus vifs, il y a l’odeur rassurante de la fleur d’oranger – son enfance –, et celle de la campagne après l’orage, une note terreuse et verte qui lui rappelle ses vacances d’adolescent au nord de l’Italie. Depuis qu’il est tout petit, Julien Sprecher sait reconnaître les différents ingrédients d’une fragrance.

Il faut dire que chez lui, le parfum est une histoire de famille. Ses parents travaillaient pour les plus grandes maisons, distribuant leurs essences en Asie et au Moyen-Orient. Baignant dans cet univers depuis toujours, il reprend naturellement les rênes de l’entreprise familiale. Mais sa vision passionnée et sans compromis de la parfumerie le rattrape.

Une parfumerie d’avant le marketing

« Au début des années 2000, les grands succès me semblaient standardisés et sans relief, confie-t-il. J’ai alors compris que la haute parfumerie avait un bel avenir devant elle. Je me suis dit que je pouvais apporter quelque chose à ce secteur de niche, à l’époque, encore balbutiant. » Le créateur a grandi près du château de Versailles. Fasciné par le règne de Louis XV, il décide de lier ses deux passions : le XVIIIe siècle et les chevaux.

Son objectif ? Imaginer des fragrances d’aujourd’hui, modernes et sophistiquées, qui raconteraient cette période de faste et d’élégance, une parfumerie d’avant le marketing, la mondialisation et la massification. Il s’inspire du château de Marly et de son art de vivre. Ce palais, édifié en 1679, était dédié aux plaisirs et à la fête sous Louis XIV.

Être invité au «Marly» était une grande faveur. Les courtisans sélectionnés y côtoient le roi de façon plus décontractée, loin de l’étiquette stricte de Versailles. On y danse lors de carnavals, on y joue, on s’adonne à la littérature et au sport équestre.

La cour parfumée

Plus tard, Louis XV y établit sa passion pour les chevaux comme en témoignent encore les répliques des statues commandées à Guillaume Coustou, en 1743, pour orner l’abreuvoir de Marly. Des chevaux cabrés qui deviendront la signature visuelle de Parfums de Marly.

«Pour moi, le château de Marly et l’époque de Louis XV évoquent un raffinement décontracté, raconte le fondateur et directeur créatif de la maison. C’est aussi l’époque où naît la grande tradition de la parfumerie française – on appelait la cour de Louis XV la “Cour Parfumée”. Les senteurs embaumaient, même les fontaines !»

C’est cette élégance décomplexée que Julien Sprecher met en flacon depuis 2009. Des fragrances de caractères, reconnaissables, pour tous ceux qui aiment les eaux qui les distinguent. « J’aime produire des formules percutantes que l’on peut lire comme des citations, ajoute ce pionnier de la parfumerie de niche. Pour moi, le parfum idéal dure longtemps, il a une grande projection. Sa composition est à la fois raffinée et lisible. »

Des molécules futuristes

Alors que le marché est dominé par des fragrances mixtes, lui prend le parti de lignes masculines et féminines bien dinstinctes – «même si nos parfums pour hommes sont souvent portés par des femmes, et inversement !», précise-t-il.

Parfums de Marly n’hésite pas non plus à mélanger des matières premières naturelles et rares avec des molécules futuristes. C’est même toute sa force. Ainsi travaillés de manière contemporaine, la rose de Damas, le oud ou la bergamote d’Italie vont prendre toute leur puissance.

«Dans Haltane, notre nouveau parfum masculin, l’akigalawood apporte une facette supplémentaire aux notes boisées naturelles comme le bois d’agar, raconte le parfumeur. Cette note de synthèse intensifie aussi le patchouli présent dans la composition. Dans Delina, notre féminin iconique, c’est le petalia qui apporte une puissance étonnante à la rose turque.»

Mêler le savoir-faire traditionnel à l’innovation, le lustre du passé au filtre du présent, n’empêche pas la marque d’être extrêmement attentive à la qualité de ses jus, haute parfumerie oblige. Les matières premières sont produites de manière éthique, certaines sont upcyclées. Les produits sont élaborés selon une démarche «cruelty free» et fabriqués en France pour garantir la transmission du savoir-faire.

Éviter, réduire, compenser

Proche de la nature et consciente qu’une maison de luxe, aujourd’hui, ne peut être désirable que si elle fait du bien à la planète, la griffe multiplie les initiatives en faveur de l’environnement. Elle applique le grand principe de développement durable : «Éviter, réduire, compenser».

En effet, l’année dernière, Parfums de Marly a réalisé son bilan carbone afin de connaître concrètement l’ensemble de ses émissions de gaz à effets de serre – de la fabrication des produits à l’impact des fournisseurs – et d’agir en conséquence.

La maison est engagée dans un partenariat avec la société française Reforest’action, pour planter des arbres dans une région de la forêt amazonienne particulièrement touchée par la déforestation.

Une manière concrète d’agir contre le dérèglement climatique puisque les arbres plantés en zone tropicale stockent deux fois plus de CO2 qu’en zone tempérée. Aussi, Parfums de Marly utilise l’alcool de betterave dans la fabrication de ses fragrances plutôt que l’éthanol ce qui permet à la fois de créer un jus plus respectueux de la planète et de valoriser la filière de la betterave sucrière française.

Plus de 1000 points de vente

Aujourd’hui, Julien Sprecher est fier de rassembler une collection d’une trentaine de fragrances créées avec les plus grands nez. Ses parfums masculins ont des notes chaudes et boisées à l’image de son best-seller Layton, intense et élégant, aux notes de lavande, de violette, de poivre et de bois de gaïac. Quant aux féminins, leur sillage est floral, ambré ou boisé, toujours singulier.

La griffe est présente dans plus de 1000 points de vente à travers une quarantaine de pays. Bientôt une boutique ouvrira à Londres, une autre à Beverly Hills… Comme le célébre roi, la maison rayonne. Elle diffuse peu à peu son élégance française dans le monde entier.

Par Janis Burton

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