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écrit le 27 décembre 2019
modifié le 19 décembre 2019

Les Canons de l’Élégance s’exposent

Depuis toujours, le soldat a le goût de la parure. Jusqu’au 26 janvier, le Musée de l’Armée propose une immersion au coeur du luxe et de la distinction militaires du XVIe siècle à nos jours. Une exposition passionnante à voir tambour battant !

Baudrier, épaulettes, ceinture-écharpe, décorations, broderies… Le maréchal Lannes « l'un des militaires les plus distingués qu'a eus la France », d'après Napoléon. Ici, peint par Antoine-François Gérard (circa 1804). ©PARIS - MUSÉE DE L'ARMÉE, DIST. RMN-GRAND PALAIS / IMAGE MUSÉE DE L'ARMÉE


Baudrier, épaulettes, ceinture-écharpe, décorations, broderies… Le maréchal Lannes « l'un des militaires les plus distingués qu'a eus la France », d'après Napoléon. Ici, peint par Antoine-François Gérard (circa 1804). ©PARIS - MUSÉE DE L'ARMÉE, DIST. RMN-GRAND PALAIS / IMAGE MUSÉE DE L'ARMÉE

Lors de la seconde campagne d’Autriche, le maréchal Lannes meurt au combat. Il porte son baudrier de commandement, son sabre à la Marengo issu des ateliers Nicolas Boël Boutet, sa ceinture écharpe brodée de général, ses épaulettes à grosses franges et ses broderies de feuilles de chêne montrant son grade prestigieux.

La tenue n’est pas idéale pour se battre. Mais, à cette époque, la mort se doit d’avoir du panache ! « L’un des militaires les plus distingués qu’a eus la France », dira même de lui Napoléon, alors exilé à Sainte-Hélène.

En 1948, au milieu de la jungle indochinoise, alors que les soldats du 2e régiment étranger d’infanterie mènent une guerre de contre-guérilla sans merci, leur train blindé affiche un fanion brodé en soie dorée et cuir, très luxueux, signé Hermès.

Il était nécessaire de maintenir un esprit de corps. Dans les années 80, lors de la première guerre d’Afghanistan, un soldat en mission doit être capable de changer de profil pour évoluer dans tous les quartiers de Kaboul.

S’inspirant de la tenue d’un colonel de l’armée royale afghane, notre officier porte le pakol, le béret traditionnel afghan, et une veste en coton huilé griffée Ralph Lauren. Dandy ? Peut-être un peu. Mais surtout représentant de l’autorité. Il lui faut de la prestance.

PLUS ON EST BEAU, MIEUX ON SE BAT

L’élégance des tenues militaires et le soin apporté à leur confection contrastent avec la violence du champ de bataille. Le soldat a toujours eu le goût de la parure, que ce soit sous l’Ancien Régime où il émane de castes privilégiées ou après la Révolution plus égalitariste. De tout temps, la beauté de ses armes, de son uniforme et de son équipement lui permet d’afficher son statut et l’éclat de ses triomphes.

Alors quoi « plus on se croit beau, mieux on se bat », comme disait le général du Barail à la fin du XIXe siècle ? « C’est indéniable, assure le co-commissaire Olivier Renaudeau de l’exposition Les Canons de l’élégance qui propose, jusqu’au 26 janvier au musée de l’Armée, une immersion dans cette culture de la distinction militaire. Cela signifie qu’on appartient à une institution puissante, bien organisée et prestigieuse pour laquelle on est prêt à donner sa vie. »

Et d’ajouter : « Encore aujourd’hui, le paquetage est très important pour “accrocher” les soldats, pour leur donner une belle perception de l’armée mais aussi d’eux-mêmes. Par exemple, la tenue de sport a évolué. Ce n’est pas seulement pour son efficacité mais aussi pour valoriser les soldats. C’est une stratégie de séduction pour donner envie et montrer que l’institution sait vous reconnaître. » Il y a deux ans, le musée se mettait Dans la peau d’un soldat et analysait les répercussions que ses objets familiers ont eu sur notre quotidien.

On apprenait notamment que le pliable, le réversible, la nourriture longue conservation ou encore Internet étaient nés du souci militaire. Avec cette nouvelle exposition, le musée de l’Armée a décidé de s’intéresser à tout l’inverse, au superflu, à « l’inutile » et de décoder, de la Renaissance à nos jours, ce goût du luxe dont l’Armée a toujours témoigné.

L’HOMME DE SON UNIFORME

Mais qu’on ne s’y trompe pas. « L’apparat et le clinquant militaire ne sont pas le caprice d’officiers argentés, explique Olivier Renaudeau. Il participe à son identité et à une stratégie tactique à la fois symbolique, politique et mémorielle. » À travers 200 chefs-d’oeuvre d’armurerie, de broderie, d’orfèvrerie, de tabletterie ou encore de sellerie, l’exposition Les Canons de l’Élégance met en lumière comment ces objets d’exception distinguent le militaire du civil et lui confèrent la grandeur du guerrier.

Organisée en 8 sections, elle montre aussi comment le faste de la parure contribue à asseoir le pouvoir politique. Des armures de joute en fer doré à l’épée de diamant de Louis XVI, du dolman à brandebourgs aux bonnets en poil d’ours des grenadiers, du manteau doublé d’hermine des pairs français à la vareuse en toile du général de Gaulle créé par Henry Poole, tailleur réputé de Savile Row… ce sont autant de symboles d’autorité que le profane ne peut décrypter.

©Détail de la tenue de brigadier issue de l’escadron des cent gardes sous Napoléon III. En drap de laine, toile, cuir, peau, cannetille, broderies de fils métalliques, laiton doré, plumes, crins, acier et bois ! ©PARIS – MUSÉE DE L’ARMÉE, DIST. RMN-GRAND PALAIS / IMAGE MUSÉE DE L’ARMÉE

Une communication, voire une signalétique. Dès le règne de Louis XIV, l’armée se codifie avec l’apparition de signes distinctifs. L’or et les broderies viennent affirmer le rang des gradés. « On devient l’homme de son uniforme », disait Napoléon. À travers toutes ces pièces, on comprend que cette parure est aussi la démonstration des savoir-faire séculaires d’une nation.

En témoignent les cadeaux diplomatiques qui jouent, encore aujourd’hui, la surenchère du luxe (et pas toujours du bon goût) comme le montre un pistolet paré de pierres précieuses offert par Napoléon 1er pour le chérif du Maroc ou cet impressionnant fusil d’assaut gravé offert par le royaume d’Arabie Saoudite à Charles Hernu alors ministre de la Défense. Si l’Empire a été l’âge d’or de cette élégance militaire, après la première guerre mondiale le faste disparaît.

En 1896, la poudre à canon est inventée. Désormais, les champs de bataille ne sont plus noyés dans la fumée blanche : on voit l’adversaire. La capote bleu et le pantalon rouge sont abandonnés au profit de la tenue bleu horizon (1915).

Mais après l’hécatombe de la guerre 14-18, l’armée française comprend l’importance de camoufler aussi ses soldats et pas seulement l’artillerie. À partir de la seconde Guerre mondiale, camo et kaki entrent dans le vestiaire civil, faisant la joie aujourd’hui des puces et des surplus. Jean-Paul Gaultier, Jean-Charles de Castelbajac, Dries Van Noten…

Les créateurs de mode s’emparent aussi des tenues militaires s’inspirant autant des motifs que de l’efficacité des coupes. Dans notre garde-robe, on ne compte plus aujourd’hui les vêtements qui ont une origine militaire : trench coat, cravate tricot, flight jacket, treillis… Vite, mettez votre blouson F2 ou M65 et foncez au Musée de l’Armée, vous verrez ensuite votre combat quotidien pour l’élégance d ‘un autre oeil.

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Hélène Claudel
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