écrit le 3 janvier 2018
modifié le 8 janvier 2018

Churchill : so brilliant !

L’ancien Premier ministre anglais est au coeur de l’actualité. Un biopic sort en salle, avec Gary Oldman dans le rôle principal, et un beau livre retrace sa vie. Mais pourquoi fascine-t-il toujours autant ?


Avant d'être ce héros de l'Histoire, Winston est une allure, un style.

1940. Londres. Le général de Gaulle voit avancer Winston Churchill dans son costume à rayures tennis, avec noeud papillon à pois sur chemise à carreaux. C’est leur première rencontre. « Mais c’est le carnaval de Venise », lui lance-t-il sarcastique. Et Churchill de répondre : « Mon cher, tout le monde ne peut pas s’habiller en soldat inconnu ». Un partout, la balle au centre. Le style de l’ancien Premier ministre britannique pourrait se résumer à cette réplique. Tout y est. L’humour, la sagacité, la férocité. Il ne manque que la fumée d’un double Corona pour compléter le portrait. Peut-être même aussi un bon scotch ou/et une coupe de champagne Pol Roger, son favori.

Briser les conventions

C’est que Churchill avait un régime santé strict. « Jamais d’alcool fort avant le petit déjeuner », s’imposait-il. À l’heure du 5 fruits et légumes par jour, son mode de vie hédoniste sans compromis fait presque plaisir. Briser les conventions était sa spécialité. Le politiquement incorrect, sa marque de fabrique. Churchill a fait de sa vie une destinée qui continue d’inspirer plus de 50 ans après. À commencer par le cinéma. Après le film Churchill sorti en mai dernier sur le débarquement, voici Les Heures Sombres*, un biopic sur son rôle de Premier ministre pendant la Seconde Guerre mondiale. L’homme fascine. Il est celui qui a terrassé Hitler. Mais « serait-il devenu cette icône mondiale sans son humour ravageur, son extravagance et sa panoplie d’acteur » ? C’est la question que se pose Béatrix de l’Aulnoit tout au long de son livre Moi, Winston Churchill**. À travers de nombreuses photos et documents inédits, elle nous livre le portrait intime d’un personnage extraordinaire dont on comprend très vite qu’avant d’être ce héros de l’Histoire, c’est un caractère, une allure, un style.

Aristocrate, descendant des ducs de Marlborough, Winston n’est pas snob mais il aime le luxe. « Je me contente de peu, mais toujours du meilleur », avait-il coutume de dire. C’est peut-être pour cela qu’il vécut tout sa vie au-dessus de ses moyens. Lorsqu’il ne passe pas ses soirées à lire des dossiers dans un bain chaud dont l’exacte température est vérifiée par son valet, il enchaîne les dîners arrosés ou les parties de jeux enfumées. Il porte des caleçons et des vestes de pyjama en soie rose hors de prix parce que sa peau de roux n’en supporterait pas d’autres. S’il se dit partisan du « no sport », c’est pourtant un fin cavalier, grand joueur de polo en Inde et adepte de la chasse à courre.

Plus de chapeaux que sa femme

Winston connait les codes de l’élégance. « Certains affirment, raconte Beatrix de l’Aulnoit dans son livre, qu’il est le seul homme d’Angleterre à posséder plus de chapeaux que sa femme. » Il s’habille chez Henry Poole & Co., tailleur de Savile Row, à qui il laisse une ardoise de 197 £(12 000 £ aujourd’hui). Malgré les relances, il refusera de payer. « Je ne savais pas que vous étiez à court d’argent », leur répondra-t-il vexé. Sa dernière commande remonte à 1937. C’est dans un élégant manteau British Warm confectionné par Crombie qu’il négocie la conférence de Yalta – les hivers en Crimée sont rudes. Il porte des slippers brodés sur-mesure réalisés par Nikolaus Tuczek, son bottier aujourd’hui propriété de John Lobb. Il ose même le slipper en python associé à son fameux « siren suit » à rayure tennis.

Une passion pour la maçonnerie

Lorsque les sirènes de Londres retentissent annonçant un bombardement, il enfile cette élégante combinaison avant de se cacher dans un abri anti-aérien. C’est « Clemmie », sa femme, qui le lui fit faire chez Turnbull & Asser, à partir de la combinaison de terrassier qu’il endosse lorsqu’il érige des murs. Car, si Winston aime la guerre, il se passionne aussi pour la maçonnerie. Cela sera même, avec l’aquarelle, un remède salvateur à son « black dog », comme il surnomme sa dépression, et à ses longues traversées du désert. Ainsi, dans son manoir de Chartwell, il peint son jardin, construit un cottage ou le mur du potager. Il écrit aussi. « 200 briques et 2 000 mots par jour », racontera-t-il. Le « vieux lion » est aussi un artiste. « Le grand artiste, d’une grande histoire », écrira même le général de Gaulle. En tout cas, un homme qui ne lâche rien – « Never surrender », clamera-t-il devant le Parlement anglais alors que la menace nazi s’abattait sur le pays. Une phrase qui résonne encore aujourd’hui, tout comme l’ensemble de son style et de son esprit.

*En salle, le 03 janvier.
** Moi, Winston Churchill par Béatrix de l’Aulnoit, éditions Tallandier.

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Article par Hélène Claudel
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