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écrit le 26 août 2019
modifié le 28 août 2019

La cravate au sommet

Si Drake’s est aujourd’hui plus connu que n’importe quel cravatier dans le monde, Marinella excepté, c’est grâce à lui, Michael Hill, 41 ans, dont 18 au sein de cette vénérable maison anglaise.

Avant d’entamer ses études au London College of Fashion, Michael Hill se familiarise avec l’industrie textile en multipliant les emplois à Côme. « Se familiarise », le mot est impropre, s’agissant d’un jeune homme qui, dès l’enfance, a passé ses week-ends au milieu des soies de l’atelier paternel.

Son père, Charles Hill, est alors l’associé de Michael Drake dans ce qui deviendra plus tard Drake’s London. Fondée en 1977, avec deux anciens collègues d’Aquascutum, la maison se spécialise d’abord dans la confection de foulards. Les cravates et les pochettes ne viendront qu’après, Michael Drake a le goût de l’humilité et un sens inné des mélanges.

LE « RELAX TAILORING »

Il comprend très tôt que ses produits, typiques du raffinement anglais, doivent emprunter au chic français et à l’exubérance italienne, voire à la sophistication des Japonais. De cette ouverture sur l’extérieur, il fait naître un style : le « relax tailoring », mi-casual, mi-habillé.

Son bleu fétiche orne le logo de la maison et se décline sur l’ensemble des accessoires, avec pois, sans pois, jusqu’aux motifs paisley qui ont fait la renommée de la maison. De la couleur, des textures et des soies exclusives, de grands classiques revisités, un sourcing maîtrisé et une confection locale : l’équation porte ses fruits. Drake’s est aujourd’hui le plus grand façonnier de cravates faites à la main.

Michael Hill rejoint son aîné au début des années 2000, d’abord comme dessinateur. Il a 20 ans. Une décennie durant, il va marcher dans ses pas, visitant avec lui fabricants et revendeurs partout dans le monde sans se douter qu’il sera amené à prendre sa succession. « Les nouvelles collections se nourrissent des collections antérieures », explique-t-il aujourd’hui. Sous son impulsion, les collections s’enrichissent de pulls, chapeaux, souliers… toutes accordées à l’esprit Drake’s.

Quand Michael Drake, après l’avoir longtemps annoncée, prend officiellement sa retraite en 2010, Michael Hill pense avoir épuisé toutes les options de reprise.

MADE IN LONDON

Il trouve un allié inespéré en la personne de Mark Cho, fondateur du select store hongkongais très pointu, The Armoury, lui-même grand amateur de cravates. À la suite du rachat, le voilà promu directeur artistique de la marque. L’ère des changements commence : multiplication des points de vente, ouverture d’une boutique sur Clifford Street, à quelques encablures de Savile Row, création d’une boutique en ligne, déplacement de l’atelier existant…

Aujourd’hui, Drake’s compte deux boutiques en propre, dont une à New York, des collections adaptées aux marchés visés, et une distribution forte d’environ 200 points de vente, pour un total annuel de 100 000 cravates. S’il travaille sur une palette de couleurs très étendue, Michael Hill insiste : « Nous fabriquons des vêtements que les gens peuvent porter et voudront porter pendant des années et des années ».

Bien que la gamme se soit considérablement développée, l’ADN de la maison est respecté : cravates club, ancientmadder* et shantung, chemises Oxford, pulls Shetland, pantalons en flanelle, blazers, blousons, costumes en coton pour l’été… Sans oublier les incontournables derbies split-toe signés Alden, ou, parmi les nouveautés, les modèles iconiques du Français Paraboot.

Les cravates sont confectionnées à Londres, dans le quartier de Shoreditch – comptez 18 étapes pour la confection d’un modèle, et les chemises dans le Somerset, au sud-ouest de l’Angleterre (depuis le rachat en 2013 de Rayner & Sturges, dernier chemisier londonien indépendant). On peut être une marque globale sans rompre avec l’esprit du passé.

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Article par Laurent Le Cam
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