Style > Les élégants du siècle
écrit le 1 mai 2018
modifié le 5 juillet 2018

Daniel Day-Lewis : l’acteur haute couture

Poussant à la perfection son travail d’incarnation, le comédien anglais aux trois Oscars peut endosser tous les costumes. Dans Phantom Thread, il est un grand couturier. Le rôle ultime ou l’ultime rôle ?

De fil en aiguille, Daniel Day-Lewis a construit une carrière hors norme en façonnant des personnages singuliers. Des rôles cousus main pour ce perfectionniste. Reynolds Woodcock, le couturier londonien de renom qu’il incarne dans Phantom Thread, du réalisateur Paul Thomas Anderson, en donne la pleine mesure. Daniel Day-Lewis n’a laissé aucun détail au hasard pour cette composition, empruntant des traits à Cristobal Balenciaga, Digby Morton ou Hardy Amies. La panoplie a été son affaire, avec le tailleur Anderson & Sheppard. Dans les doublures des poches, il fait ajouter à son nom celui de Woodcock. Subtil dédoublement de personnalité. Les costumes de ville, croisés, à larges revers, épaulés haut mais pas cintrés, avec un boutonnage 4 sur 6 un peu bas, et des pantalons à pinces et taille haute, répondent aux vestes sport, droites, en tweed aux grammages disparus.

Dans Phantom Thread, Daniel Day-Lewis a lui-même fait confectionner ses costumes et manteaux chez Anderson & Sheppard.

L’ensemble des tenues évoque les années 50, sans pastiche. Le manteau raglan, hommage à celui de son père, le poète Cecil Day-Lewis, est enveloppant comme un peignoir de bain, avec ce tombé fané de vieille robe de chambre. Pour les souliers, il glisse ses pieds, gainés de mi-bas ecclésiastiques glanés chez Gammarelli à Rome, dans des formes de George Cleverley. Il en est un adepte. Une collaboration aboutie au point que George Glasgow, à la tête du bottier, apparaît dans le film.

À la ville, l’acteur change de looks comme de rôles au cinéma. Il passe du style punk au néo-edwardien à tartan avec beaucoup de minutie et de sens du détail

Minutie obsessionnelle

De la théière japonaise aux lunettes, rien n’a échappé à son oeil. Pas mРme la voiture, une rarissime Bristol 405. Réservée à la haute société, elle est une allégorie de brefs élans de plaisir transgressifs pour cet homme dévoué avec rigueur à son art. Un parallèle évident avec la minutie obsessionnelle de Sir Daniel Day-Lewis – il a été anobli en 2014 – pour entrer dans ses personnages. Depuis ses débuts, l’immersion totale et méthodique dans son rôle est sa seule conception du métier d’acteur. Pour être un couturier, il apprend à coudre, à couper, à épingler. Pour L’insoutenable légèreté de l’être, il avait appris le tchèque. Le film était pourtant tourné en anglais.

Indien dans Le Dernier des Mohicans, il apprend à dépecer les animaux et ne s’alimente que du produit de sa chasse. Acteur majeur, l’un des plus récompensés de l’histoire du cinéma, il se met en équilibre instable sur la frontière de la schizophrénie. Il est presque difficile de le reconnaître dans la rue, tant son apparence ne cesse de changer. Punk à cheveux longs et boucle d’oreille. Néoedwardien avec costume trois pièces en tartan. Romantique avec bandana finement noué. Les soirs de gala ? D’impeccables smokings à col châle. Mais, y-en-aura-t-il encore ? Envahi d’une mélancolie dévorante depuis ce dernier tournage, l’acteur dit vouloir mettre à exécution sa menace, plusieurs fois brandie, de son retrait du cinéma. À trop vouloir endosser le costume de ses personnages, ces derniers auront peut-être sa peau.

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Article par Frédéric Brun
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