Style > Les élégants du siècle
écrit le 27 octobre 2014
modifié le 25 juin 2018

Philippe Noiret : « Quand l’intérieur se dégrade, il faut soigner l’extérieur »

Comme tous les vrais élégants, Philippe Noiret parlait peu chiffons. Sa femme Monique a ouvert à Monsieur les portes de son dressing, qu’elle garde intact, et nous a parlé de lui. Un témoignage unique.

« Vous les hommes, comme vous êtes habillés, c’est d’une tristesse… » Qui parle ainsi et à qui ? La jolie Monique Chaumette à ce grand jeune homme un peu gauche, qui n’est pas encore le grand acteur au charme inclassable, Philippe Noiret, qui n’est encore que son fiancé. Presque cinquante ans plus tard, elle nous confie, avec un éclair dans ses yeux gris, « son goût pour l’élégance, j’en suis un peu à l’origine ». Mais elle poursuit aussitôt avec une charmante modestie :

« Philippe était un chercheur, puis sa quête de l’élégance est devenu une passion, sa passion, cela l’amusait. Le matin, il plaçait ses affaires sur le canapé de son bureau. Il prenait le pantalon, puis cherchait la chemise, les chaussettes, les chaussures… à la fin, il prenait la pochette. Il ne me demandait jamais rien mais il guettait dans mon regard une approbation muette.

Il avait le sens et le goût des couleurs jusque dans les moindres détails, comme les étuis à cigares qu’il commandait en crocodile anis ou rose à l’Atelier Renard, place du Palais Bourbon. Ses pantalons rouges étaient sa signature, il avait un don et n’était pas superstitieux : par exemple, il avait acheté un costume vert. Un comble pour un comédien !

À chaque film, il travaillait beaucoup avec les costumières. Il cherchait son costume comme on réfléchit à son rôle. Dans Coup de torchon, le fameux tee-shirt passé un peu rose, il l’a travaillé lui même avec notre teinturier du quartier. S’il adorait flâner et découvrir de nouvelles maisons, ses adresses habituelles étaient immuables, comme John Lobb pour les chaussures. Il en possédait un peu plus de 30 paires faites sur-mesure par M. Dickinson, avec lequel il aimait beaucoup bavarder lors de ses “tournées” du samedi (quand il était à Paris le week-end, Philippe Noiret partait à pied de chez lui, près de l’Assemblée nationale, vers 10 h et allait chez Lobb, puis Charvet, rue de la Paix, et revenait par la Rive Gauche et les galeries d’art, ndlr). Pas une fois, il n’est revenu de cette promenade sans un cadeau pour moi », se souvient Monique. « Mais il ne me les offrait jamais cérémonieusement. Soit il me lançait le paquet en riant, soit (si c’était lourd) il le déposait dans un coin de l’entrée sans rien dire… C’était devenu une sorte de jeu entre nous. » Être un homme élégant, c’est cela aussi !

Pour ses costumes, en dehors de Charvet, il avait un tailleur en Italie. Pas Caraceni, non, un petit tailleur en chambre, mais il lui restait fidèle. Sauf à une époque, où un ami acteur anglais « assez mal foutu mais toujours très élégant » lui avait indiqué le sien à Londres.

« Philippe n’aimait pas son physique lorsqu’il avait vu son premier film, il avait pleuré. Il s’imaginait avec les épaules de Grégory Peck et ce n’était pas ça (Rires). Jean Gabin, avec lequel il a tourné Monsieur, ensuite l’a beaucoup aidé, beaucoup conseillé. Gabin l’aimait bien. ».

Des chapeaux par dizaines

En dehors des nœuds papillon Charvet qu’il collectionnait, il adorait les chapeaux. Il en avait des dizaines. Chez Motsch, il les faisait modifier en raccourcissant tous les bords de 1 ou 2 cm. Sans être un amateur de montres, Philippe Noiret avait deux belles pièces ; l’une offerte par son père, une Audemars Piguet carrée en or sur croco noir pour les tenues habillées, et une Breitling Old Navitimer (cadeau de sa femme). Ce qui est amusant et donne un éclairage assez juste sur sa personnalité, c’est l’organisation de son repaire dans leur appartement. Pas un dressing, pas un bureau, mais les deux mélangés. En face de la table de travail, les Lobb s’affichant sur des étagères ouvertes, comme les cachemires au milieu des livres et de sa collection de bronzes animaliers – des chiens quasiment exclusivement et les photos de sa famille. Les chemises s’empilent à la diable comme les cachemires, et les ceintures débordent des tiroirs comme les chaussettes (qu’il adulait pratiquement exclusivement au Touquet, où le couple passait un mois chaque été avec Beaumanière, le cheval, bien sûr).

Du naturel avant tout

Si s’habiller était un plaisir pour lui, ce n’était pas une obsession. Il habitait sa garde-robe mais ne s’en encombrait pas, même s’il était très fier d’avoir été le seul Français à figurer dans la bible de l’élégance d’Alan Flusser, le fameux Dressing The Man ! Cette élégance, il l’a eue jusqu’aux derniers moments. Même affaibli par la maladie, il restait chic et choisissait ses tenues avec soin ; « Quand l’intérieur se dégrade, il faut soigner l’extérieur », disait-il.

Dans sa salle de bain, beaucoup de portraits des êtres chers, dont son cheval Beaumanière.

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Article parFrançois-Jean Daehn
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