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écrit le 13 septembre 2013
modifié le 16 octobre 2017

Géants & génies de la mode Italienne

L’Italie a conquis la mode masculine et les connaisseurs du monde entier. Ses griffes et son artisanat attirent tous les grands noms du luxe. Le made in italy fait rêver et rime avec beau. Comment les italiens en sont-ils arrivés là ? Qui sont-ils ? Quel est le secret de leur suprématie ?

L’école supérieure de couture Nazareno Fonticoli créée par Brioni.


L’école supérieure de couture Nazareno Fonticoli créée par Brioni.

Les géants du luxe français sont à la botte du made in Italy (à moins que ce ne soit l’inverse). Ils ne cessent d’en collectionner les pépites espérant vite en faire des lingots. Dernier épisode avec Loro Piana, acquis par LVMH à 80 %. Et de cinq dans sa besace monogrammé (!) avec Fendi, Bulgari, Acqua di Parma et Emilio Pucci. Le leader mondial du luxe a été jusqu’à mettre sur la table presque quatre fois le chiffre d’affaires de la maison piémontaise, pour jouir de ses pré-cieux cachemires. S’offrir le Hermès italien, cela n’a pas de prix. Surtout lorsqu’on connaît son expertise dans l’univers masculin, un secteur du luxe en pleine croissance.

Kering aussi a misé sur l’homme en se payant, fin 2011, les costumes du tailleur de Penne, Brioni. Le groupe de François Pinault possède aussi Gucci, Bottega Venetta, Sergio Rossi et le joaillier Pomellato. à qui le tour ? Que se passe-t-il dans la péninsule pour susciter tant de convoitises ? Si ces rachats aux allures de shopping géant traduisent un renforcement de stratégie pour ces grands groupes, notamment sur le marché masculin, ils soulignent aussi le monopole de l’Italie dans ce domaine.

Success story familiale

Santoni, un savoir-faire bottier à la main depuis la manufacture de Corridonia, dans la région des Marches.

En effet, le pays compte le plus de griffes leaders dans la mode pour homme. Corneliani, Canali, Brunello Cucinelli, Kiton, Stefano Ricci, des marques globales mais aussi les chaussures Santoni, les cravates Marinella, les chapeaux Borsalino, les chaussettes Gallo, les sacs Tramontano… La liste de ces belles maisons est impressionnante. Sans compter les empires : Armani, Prada, Tod’s, Trussardi, les lunettes Luxottica… et le numéro un du prêt-à-porter masculin, Ermenegildo Zegna.

Une vraie success story familiale comme l’Italie sait en écrire – 1,2 milliard de chiffre d’affaires quand même. En un siècle et quatre générations, son élégance classique a conquis la planète. Et sa manufacture de tissu installée à Biella est devenue l’une des plus prestigieuses du monde.

Mais elle n’est pas la seule en Italie à produire de sublimes étoffes. Avec des filatures comme Albini, Vitale Barberis Canonico, Lanificio Cerruti ou encore Loro Piana, le pays est le premier producteur mondial de tissus haut de gamme. Ce n’est pas tout. L’Italie a su maintenir ses spécialités. Elle constitue également une référence dans l’industrie du cuir et du tannage, dans la fabrication de lunettes et dans la confection de chaussures.

Ce n’est pas un hasard si la plupart des griffes internationales traversent les Alpes pour venir y faire fabriquer leurs produits. Louis Vuitton a installé sa manufacture de souliers à Fiesso d’Artico en Vénétie, tandis que les plus beaux costumes ou pièces en cuir, qu’ils soient français, belges ou américains sont estampillés made in Italy.

Un artisanat de haute qualité

« Ce label évoque instantanément des valeurs de tradition et de qualité, à la fois dans le choix des matières premières et dans les techniques de fabrication, aujourd’hui encore étroitement liées au savoir-faire artisanal, explique Sergio Corneliani, directeur artistique de la maison familiale de Mantoue. Notre industrie repose encore sur une multitude de petites entreprises attentives aux moindres détails et qui ont conquis leurs galons d’excellence. ».

Silvio Albini, qui représente la cinquième génération, est au commande de la prestigieuse manufacture de tissus de chemise. C’est aussi l’une des plus importantes d’Europe.

Les artisans, voilà en partie le secret de la suprématie italienne. Pour Raffaello Napoleone, patron du Pitti Uomo à Florence, l’un des plus grands salons du prêt-à-porter masculin, « le système de production italien n’existe nulle part ailleurs ». En effet, il est fondé sur le principe de « district industriel ». Chaque région a sa spécialité : par exemple, Les Marches avec les chaussures, le Piémont avec le tissage, la Toscane avec la maroquinerie. Chaque district est composé d’un ensemble de PME indépendantes et généralement familiales, chacune assurant la conception d’une étape du produit. « Ainsi, de la matière première au produit fini et même à l’emballage, la chaîne de production est totalement sous contrôle », se réjouit Raffaello Napoleone.

Louis Vuitton a installé sa prestigieuse manufacture de chaussures à Fiesso d’Artico, village situé sur les rives du Brenta, en Vénétie, et réputé pour sa longue tradition du soulier.

Un style inné

C’est là où réside la force du made in Italy : dans cette maîtrise de la qualité, dans ces réseaux d’artisans qui ont su développer une industrie textile sans compromis. Une industrie qui, avec le temps, a entretenu l’histoire de son savoir-faire et qui s’est perfectionnée au point d’être aujourd’hui imbattable.

Mais si la qualité fait beaucoup, elle ne fait pas tout. À cela, il faut ajouter un sens du style et du bon goût « quasi inné », comme les Italiens se plaisent à rappeler. « Ce n’est pas seulement dans notre ADN ! Regardez nos églises, l’architecture et l’art à Florence, regardez des personnages comme Michel Ange et Léonard de Vinci !, s’enthousiasme Stefano Ricci, le président de la maison du même nom. Nous avons grandi dans cette atmosphère. Florence est ma ville natale mais c’est aussi celle d’un grand nombre de sociétés de mode de renom. Il y a peut-être une raison à ça.

« Le style, c’est dans notre eau, nos arbres, dans l’air de l’Italie et probablement dans nos bons vins ! »

À travers le rachat de Loro Piana, LVMH s’offre un savoir-faire exceptionnel sur les fibres de cachemire et de vigogne

La mode n’échappe pas à cette « habitude du beau » qui appartient à l’histoire du pays. Et elle n’a pour autre vocation que celle d’embellir les hommes tout en améliorant leur confort. Il y a un pragmatisme dans l’industrie du textile italien très loin de la mode laboratoire d’un Thom Browne. En Italie, on 

ne déguise pas les hommes, on les rend élégants. Punto basta ! Il n’empêche une identité stylistique très forte ainsi qu’une grande créativité. Et si le génie du Made in Italy résidait dans cette synthèse parfaite entre son talent créatif et l’expertise de ses artisans ? Deux mondes différents qui parlent pour-tant le même langage. « Depuis les années 1980, nous bousculons les règles de la confection pour faire évoluer la silhouette, raconte Gildo Zegna. L’Italie sait anticiper les grandes évolutions du costume masculin, comme par exemple l’utilisation de matières techniques empruntées au sport ou le développement de vêtements hybrides plus adaptés à la vie citadine. »

Une nonchalance étudiée

Les Italiens sont passés maîtres dans l’art de jongler entre leur héritage et l’innovation. Certaines maisons n’hésitent pas non plus à se diriger vers une mode plus pointue. C’est le cas de Zegna avec sa ligne Z plus créative et ancrée dans la modernité. Aujourd’hui, après Stefano Pilati, ancien de Yves Saint Laurent, la direction artistique globale de la marque a été confiée à Alessandro Sartori, “l’enfant de la maison” (puisqu’après un passage chez Berluti, il revient à la tête des trois lignes d’E. Zegna). Chez Brioni aussi, on tente la créativité avec Brendan Mullane (ex-Givenchy), Justin O’Shea et aujourd’hui Nina-Maria Nitsche. Chez Bottega Venetta, Valentino ou encore Fendi, l’homme a déjà un pas dans cette avant-garde sophistiquée. Mais attention, si modernisme il y a, cette mode reste connectée à la réalité, à la tradition artisanale, à l’élégance.

Les Italiens ont cette capacité de casser les codes de la mode avec justesse. Et ce que l’on voit sur les podiums se retrouve dans la rue. Rome, Milan, Florence, Naples : pas un Italien – tout âge et classe sociale confondus – n’est mal habillé. Ils savent prendre des risques en mélangeant les styles et les couleurs vives.

Beaucoup de détails comme ces pochettes et ces noeuds de cravate flamboyants – fringants ! –, qu’on croit disposés négligemment. Ah, cette nonchalance, la fameuse « Sprezzatura » ! Si naturelle et pourtant si étudiée ! « Il y a une vraie culture de l’habit, confie Yvan Benbanaste de Pal Zileri. En Italie, où que vous alliez, dans n’importe quel village, vous trouverez un petit tailleur ou un multimarque qui a des propositions intéressantes. » Et les hommes s’y connaissent : les matières, la coupe qui leur va et le jargon du tailleur n’ont aucun secret pour eux.

« Les Italiens sont dans la séduction, poursuit Yvan. Ils aiment prendre soin d’eux de père en fils. » Il suffit de voir Gianni Agnelli et son petit-fils Lapo Elkann, pour constater que le style se transmet en héritage. Et en Italie, il n’y a pas que les héritiers Fiat qui ont le goût de s’habiller. « C’est une façon de vivre, de penser, une manière d’être, affirme Guiseppe Santoni. J’aime être entouré par la qualité et la beauté dans tous les aspects de ma vie. » Les vêtements seraient aussi importants que l’art, l’architecture, la littérature et la gastronomie. Et si le génie italien était de prendre la mode au sérieux ?

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Article parHélène Claudel
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