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écrit le 22 septembre 2017
modifié le 25 septembre 2017

Jaeger-LeCoultre : voyage au coeur de la Grande Maison

Jaeger-LeCoultre poursuit avec sérénité sa quête de la précision et prend de la hauteur avec sa collection astrale. Visite guidée de la doyenne des manufactures.

La discrétion est érigée au rang de dogme dans la vallée de Joux. Tout est si calme et serein, le long de la petite route bucolique qui serpente de la montagne jusqu’au lac de Joux, au coeur de ce canton de Vaud appuyé aux contreforts du Jura. Genève n’est qu’a une heure mais semble un monde lointain. A peine entré dans le village du Sentier, un modeste bourg en apparences, le visiteur découvre les maisons horlogères, voisines les unes des autres. Peu de signes extérieurs les distinguent. Une sobre inscription sur la façade en dit plus long que toutes les affiches publicitaires. De toutes façons, nul n’a vraiment besoin d’indications tant ces ateliers installés depuis plus d’un siècle font partie intégrante des lieux. À tel point que demander sa route vers la manufacture Jaeger-LeCoultre appelle invariablement la même réponse : « vous allez donc à La Jaeger ! ».

La « Grande Maison », selon son surnom habituel, est l’un des pivots du Sentier, depuis sa fondation en 1886 par Antoine LeCoultre. Génie horloger, cet inventeur passionné de technique et animé par la recherche de la précision avait créé en 1833 un modeste atelier au coeur du village. Il y développa sa révolutionnaire machine à découper les pignons, puis l’instrument de mesure le plus précis connu à l’époque ; le Millionomètre. Il sera ainsi l’inventeurdu remontoir à bascule, le premier système de remontage et de mise à l’heure sans clef.

Mesurer le temps avec précision devient une quête d’absolu.


La doyenne des manufactures

Premier brevet d’une longue série, puisque Jaeger-LeCoultre en a déposé plus de quatre-cent à ce jour. Pour ses travaux, Antoine LeCoultre peut compter sur les nombreux artisans disséminés dans la vallée. Mais en faire la tournée est une perte de temps, et Antoine LeCoultre, à des fins de rationalisation, décide de les rassembler. La première manufacture horlogère voit le jour. Visionnaire, Antoine LeCoultre devine une demande plus large pour des montres de grande précision, et pose les lignes directrices de sa maison : chaque montre dispose d’un calibre spécifique associé à sa forme et à ses fonctions.

Désormais, Jaeger-LeCoultre compte 1242 références de calibres. À partir de 1870, il introduit les premières étapes mécanisées pour la réalisation de calibres à complication. Dès le vestibule d’honneur de la manufacture, des instruments anciens ayant appartenu au fondateur témoignent de cet héritage. La tradition reste une valeur d’avenir aux yeux des dirigeants actuels, qui y puisent toujours leur inspiration. Innover n’est pas un but en soi. Seule la poursuite de la perfection guide l’ensemble des collaborateurs. Cela commence avec l’équipe créatrice, conduite par Janek Deleskiewicz et s’appuyant sur les jeunes talents de la Creative Academy, cette école de design basée à Milan, que la marque du groupe Richemont, soutient très activement. Cela se poursuit avec l’ensemble des postes de réalisation, du façonnage des boîtiers aux créations des horlogers, sans négliger le fameux banc de contrôle de « 1000 heures » auxquels Jaeger-LeCoultre soumet invariablement l’ensemble de ses montres, avec des tests portant notamment sur la précision, la résistance aux chocs, l’étanchéité ou le magnétisme, plus contraignants que ceux du COSC. Chaleureux et enthousiaste, Daniel Riedo, CEO de Jaeger LeCoultre, n’en fait nullement mystère. à ses yeux, l’horlogerie n’est pas une simple prouesse technique, mais aussi un instrument métaphysique situant l’homme dans l’univers autour de la variable du temps.

Dans un monde par nature incertain, la mesure du temps devient une quête d’absolu, une manière de prendre de la hauteur. Le développement d’une collection complète autour du thème astral y répond. Le Duomètre Sphérotourbillon Moon, doté d’une phase de lune dont la précision ne variera que d’un seul jour d’écart d’ici 3887 années, en est une illustration. Car Jaeger-LeCoultre maîtrise non seulement la fabrication de son mouvement en amont, sans avoir besoin d’ajouter de module lunaire complémentaire, mais aussi la chaîne cinématique également en aval grâce à un haut degré de sophistication en engineering, avec un logiciel de calculs informatiques spécialement mis au point. Il faut y ajouter l’amélioration constante de la précision de taillage et d’engrenage. Car, comme au temps des fondateurs, tout commence par le travail de la matière, accompli au rez-de chaussée de la manufacture, dans des ateliers où sont conservés dans une chambre forte les outils depuis les années cinquante.

Une dimension métaphysique 
Une mémoire industrielle qui permet aussi de fabriquer à nouveau n’importe quelle pièce d’une montre produite ici depuis plus d’un demi-siècle. Dans les étages des grands bâtiments à la sobriété extrême, inondés de lumière par de vastes fenêtres donnant sur un paysage de carte postale, se poursuit un autre travail de la matière : celui qui conduit de la poudre pigmentée vers l’oeuvre d’art, par la grâce de la main experte des artisans. Les voir exécuter, en miniature, les reproductions les plus exactes d’un ciel étoilé pour les indicateurs de phase de lune, ou encore une toile de maître pour orner le dos d’une Reverso précieuse, coupe le souffle.

Comme savoir-faire se marie parfois avec faire savoir, Jaeger-LeCoultre propose à ses invités de se glisser derrière l’établi, le temps d’une classe de maître. Il n’est pas question cette fois de jouer les apprenti horloger en démontant puis assemblant un calibre, comme la boutique de la place Vendôme, à Paris, le propose parfois, mais bel et bien de prendre le pinceau et les couleurs pour s’initier à l’art de l’émaillage. Du dessin aux phases de séchage puis de cuisson qui fixeront définitivement le motif et les teintes. Une expérience hors du commun, permettant de mesurer le talent de ces maîtres-artisans pour faire naître la beauté la plus poétique au travers d’ une technique parfaitement maîtrisée. Mieux qu’un long exposé, une démonstration, sans ostentation, des vertus de la précision.

 

 

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Article parFrédéric Brun
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