écrit le 8 novembre 2017
modifié le 22 novembre 2017

17,8 millions de dollars : la Rolex Daytona 6239 de Paul Newman ou le prix de la légende

« Voilà une montre ». Il paraît que ce sont les mots dits par Paul Newman à James Cox en 1985. Il venait de demander l’heure au petit ami de sa fille, Elinor «Nell» Newman. Mais le jeune homme ne portait pas de montre. L’acteur détache de son poignet sa Rolex Daytona, et la lui donne.  Les années ont passées, mais la montre est toujours là. Fin de l’intimité familiale, la voici sous les projecteurs.

Le 26 octobre dernier, elle est au centre des attentions des 700 passionnés de montres réunis dans la salle des ventes de la maison Phillips à New York. Plus quelques millions d’yeux, rivés à leurs écrans, dans le monde entier. La vente est retransmise en directe. Le commissaire-priseur genevois Aurel Bacs officie. La salle retient son souffle mais c’est au téléphone que se joue la bataille des enchères. Un feu qui n’a crépité que moins d’un quart d’heure.

Le coup de marteau est un uppercut. 17,752 millions de dollars (15,29 millions d’euros). Adjugée. Et pas de regrets. Voilà non seulement une montre, mais surtout, à ce jour, la plus chère au monde.

Rolex Oyster Cosmograph Daytona 6239 « Paul Newman »

Une figure de Hollywood, étroitement associée à l’univers du sport automobile. Sa carrière de pilote de course, il l’entame à partir de 1969, y ayant pris goût à l’occasion du tournage du film Virages. Son palmarès est l’un des plus éloquents pour un amateur, avec, notamment, la 2e place aux 24 heures du Mans 1979 et une victoire de catégorie aux  24 Heures de Daytona en 1995. Il a alors 70 ans. Mais il y a déjà de nombreuses années que son nom est associé à celui de cette épreuve dont Rolex est le chronométreur officiel depuis 1963. Dès les années 30, Daytona est l’un des temples de la vitesse. En mars 1935, sir Malcolm Campbell bat tous les records à 445 km/h. A son poignet, une Rolex Oyster. En 1969, alors que Paul Newman s’apprête à tourner Virages, son épouse lui offre cette fameuse montre. Au dos, une gravure : « Drive Carrefuly Me ».

« Drive Carefully Me », la gravure intime de la montre de Paul Newman.

Sa dédicataire incite l’acteur à être prudent, en pensant à elle.  Une mention intime, connue de lui seul. En revanche, le cadran de la montre va être l’un des plus exposé aux regards.

Paradoxe de notre temps, ce n’est pas une montre rare, car des milliers d’exemplaires de ce chrono ont été produits par Rolex, mais c’est un objet unique. Unique parce qu’elle a été au poignet d’un acteur autant aimé pour ses rôles que copié pour son style

Sur le tournage du film Virages (1969), Paul Newman et sa femme, Joanne Woodward. C’est elle qui lui a offert la montre.

Un cadran dit « exotique » par les tenants de la rigueur horlogère suisse, notamment en raison de la police d’écriture typée Art Déco des chiffres figurant dans les cadrans auxiliaires de chronographe. Sans oublier les petits index aux terminaisons carrées et un chemin de fer intérieur gradué. Ces éléments distinctifs font toute la différence. Ils caractérisent la Daytona « Paul Newman ».

Bien entendu, la dénomination de la montre est officieuse, Rolex ne s’en servant jamais et ne l’ayant jamais adoptée officiellement. Plus exactement des montres, puisque le terme s’appliquera successivement entre 1964 et 1987 aux références 6239, 6241, 6241, 6262 puis 6240 ou 6263 à lunette en bakélite. Des cadrans qui font toute la différence puisque, selon les experts et les marchands, la valeur d’un Cosmographe Daytona peut varier selon qu’elle sera ou non « Paul Newman » entre 30 000 et 150 000 euros pour une référence 6239, et entre 50 et 250 000 euros pour la référence 6263.

La montée en puissance des Rolex vintage

Le cas typique de la Daytona est l’un des plus représentatifs de la montée en puissance globale de la côte des Rolex anciennes en quinze ans. Le premier jalon a été la vente de la Rolex Daytona référence 6263 « Albinos » (au cadran entièrement blanc) de 1971 du guitariste Eric Clapton. Acquise aux enchère une première fois en juin 2003, pour 505 000$, soit cinq fois son estimation, elle établissait au passage un premier record mondial pour ce type de montre. En mai 2015, la montre revient sur le marché. Nouveau record : elle est adjugée 1,422 millions, plus qu’une des Daytona portées par Paul Newman, une référence 6239 en acier avec cadran particulier noir de 1970 vendu 1, 1 millions en novembre 2013. Lors de la même vente genevoise, la Daytona « Paul Newman » portée par Jean-Paul Belmondo dans ses meilleurs films des années 70 faisait aussi sensation à 165 000 euros.

Cette différence de prix entre les deux montres quasi identiques, en raison de la différence du nom de leur porteur, permettait déjà de prédire les lignes de forces de la dernière vente et ce prix de près de 18 millions pour une montre de petite série, au mouvement mécanique sans complications extravagantes. « La mécanique n’a plus aucun rapport avec le prix final et le prix «objectif» d’une montre aux enchères est impossible à calculer », souligne Aurel Bacs.

Contre performance pour la « Pré-Daytona » de James Bond

D’autant qu’il n’y a pas de recette magique, même avec une montre ayant équipée un poignet célèbre. Ainsi, à la plus grande surprise de tous les observateurs, la Rolex référence 6238 « Pré-Daytona » portée par George Lazenby, certes pas le plus célèbre des 007 mais tout de même pour le tournage du film Aux Services Secrets de Sa Majesté, n’avait pas trouvé acquéreur, en juillet 2016. Son estimation était entre 300 et 400 000 euros et c’est l’une des rares véritables montres de James Bond sur le marché.

Une partie des 17,8 millions $ iront aux œuvres caritatives créées par Paul Newman

De quoi appuyer la démonstration que ces enchères « people » sont à considérer sous l’angle de l’irrationnel. La passion, diront certains, le fétichisme, apprécieront d’autres. Quelque soit le camp auquel l’amateur choisira de se rattacher il ne pourra néanmoins que constater que ces prix incroyables ont une influence sur la côte globale des Rolex anciennes. Elles sont désormais des valeurs refuges et des objets de spéculation. Deux motifs qui n’ont manifestement pas été la raison de la mise en vente de la montre de Paul Newman par sa fille. Au contraire, il semble que ce soit surtout la poursuite de l’engagement philanthropique familial, aussi important que discret depuis plus de quarante ans. En effet, une partie des bénéfices de cette vente seront reversés à la Nell Newman Foundation et à la Newman Foundation créée par son père, disparu en 2008. Voilà une montre qui fait aujourd’hui parler et qui n’a pas fini de faire rêver.

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Article par Frédéric Brun
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