savoir-vivre > Humeur
écrit le 15 mars 2017
modifié le 4 octobre 2017

Et si le dernier snobisme était de s’habiller comme un sac ?

En pleine tendance « normcore », voilà que le look Deschiens s’impose avec comme égérie le grand écrivain Michel Houellebecq.

Michel Houellebecq, le nouveau Gainsbarre ?


Michel Houellebecq, le nouveau Gainsbarre ?

À partir de quand devient-on une icône du style ? La question mérite d’être posée dès lors que certains spécialistes s’intéressent à celui de Michel Houellebecq. Certains adorent sa façon de s’habiller comme Jean Touitou, le créateur d’APC, quand d’autres (le journaliste Gonzague Dupleix) y voient « le nouveau Gainsbourg ». C’est vrai qu’ils partagent l’un et l’autre beaucoup de talent et un certain goût pour la provocation (pour l’alcool aussi). Mais soyons honnête, à part son corgi Clément et sa façon de tenir sa cigarette (entre l’auriculaire et l’annulaire), il n’y a jamais eu grand chose de chic et d’élégant chez l’écrivain. Et pourtant…

L’art du « no style »

Son allure froissée, débraillée, alcoolo-depressif-anorak XXL, son « no style » en fait, serait en passe de devenir le summum du cool. À croire que l’auteur travaille consciencieusement cette image désespérée tant ce look Deschiens est poussé à son paroxysme. Houellebecq frôle même la caricature du « normcore », cette nouvelle espèce en vogue qui a détrôné le hipster en hissant la banalité du style au rang de référence high fashion. De là à ce qu’il devienne l’égérie d’une griffe de luxe comme Vetements, ce collectif anonyme proposant des pièces utilitaires recyclées couture très branchées, il n’y a qu’un pas. Preuve du cynisme de notre époque (ou non), la star de la littérature française est si mal habillée qu’on y verrait presque, là aussi, du génie. Il est parvenu à faire de son « no look », un style hype et… désirable.

Mais attention, rien à voir avec le « no look » d’un Jean-Luc Bennahmias ou d’un Gérard Filoche par exemple. Houellebecq est mal habillé, en mieux, il est mal habillé chic. Dix sur l’échelle du « zéro style ». La grande classe. Une distinction qui n’est pas à la portée de n’importe qui.

Sur-sapé comme jamais

L’inverse est vrai aussi. Le « trop » de style est rarement salué ou du moins rarement un succès esthétique. À  moins de s’appeler Maître Gims et d’être « sapé comme jamais » (et de vendre aussi comme jamais. Son premier album s’est écoulé à un million d’exemplaires). Il n’y a qu’à lui que va la veste python vert d’eau. Demandez à Florent Pagny, il a essayé lui aussi. Ça fait vingt ans qu’il se donne du mal à en mettre plein les yeux. C’est d’ailleurs peut-être ça son problème : faire mal au yeux. Sur-sapé avec ses tenues bariolées, ses pantalons en cuir, ses bottes de motard, sa barbichette et son look de mousquetaire, ses lunettes de couleur à la Bono, ses blousons en alligator et ses cheveux… sur lesquels il a à peu près tout testé pour finir avec la coupe de Francis Lalanne. Bref, c’est trop. Too much. Le ténor passe pour un ringard. Il devrait essayer le « jogging normcore ». Et plutôt que de « Savoir aimer » (son tube), il saura peut- être s’habiller. Car, si le dernier snobisme est d’être fringué comme un sac, ce n’est pas n’importe quel sac quand même.

Vous l’aurez compris, trouver du bon dans le mauvais goût n’est pas chose facile. Tout semble dépendre de la personne qui porte la tenue mais surtout, au final, de la personne qui la regarde.

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Article par Janis Burton
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