savoir-vivre > Society
écrit le 14 juillet 2018
modifié le 13 juillet 2018

Le barbecue, une affaire d’hommes ?

Il fait beau, la viande grillée et sa cohorte d’experts sont de retour. La (gué)guerre du feu peut commencer. Et si le barbecue était un des derniers bastions masculins ?

Avec les beaux jours, le scénario se répète, immuable. Il prend des allures de conseil de guerre entre alliés. Des hommes, le front grave, sont en plein conciliabule. « Des allume-feux, tu rigoles ? », « Moi, les saucisses, je ne les pique pas ! ». Les gorgées de rosé ou de bière ponctuent le débat. C’est l’heure du barbecue. Une affaire d’hommes. Vraiment ?

Depuis l’Homo Erectus

« Dans les sociétés les plus anciennes, les hommes, chasseurs, avaient l’habitude de griller leur gibier sur la braise. C’était une des très rares tâches ménagères qu’ils effectuaient, une sorte d’exception. L’histoire enregistrée dans les profondeurs de l’infraconscient a pour certains gestes une mémoire extrêmement longue », explique le sociologue Jean-Claude Kaufmann dans Casseroles, amour et crises : ce que cuisiner veut dire* ». Si le short à fleurs et le polo ont remplacé la peau de bête, la fascination pour le feu demeure. L’instinct de transmission de père en fils aussi. On n’oublie jamais sa première côtelette réussie sous le regard fier de papa.
Rappelant que « la viande grillée est un cas à part », Jean-Claude Kaufmann souligne dans son analyse précitée que « les hommes s’emparant de la toque du chef (…) se propulsent immédiatement à l’avant-scène, immodestement parés d’un prestige dont ils sont convaincus ». L’entourage, lui, reste parfois à convaincre. Quand certains retiennent leur souffle, face à la cuisson au degré près d’une côte de bœuf, la femme, elle, voit bien souvent dans cette guerre du feu réservée aux mâles « un concours de paons faisant la roue »…

Attention, il y a barbecue et barbecue

D’abord du papier journal, puis du petit bois (ou une cagette à légumes) sur le dessus, et enfin du charbon. Le tout, allumé à la flamme du briquet. C’était la rustique simplicité des grillades de notre enfance, avec son côté scout, presque « survivaliste ». Elle a du plomb dans l’aile. « Où sont les flammes ? », aurait-on envie de chanter, après quelques rosés piscine. Car entre les systèmes à gaz tout confort à carrosserie laquée, et les innovations solaires voire connectées, le danger primitif du feu s’éloigne. Le risque de mal cuire avec. L’homme se retrouve sans menace à affronter. Et à vaincre sans péril…

Une question de genre ?

Kristina est américaine. « Elle vient du pays où la grillade est érigée en véritable art. Elle manie la pince et la spatule comme personne. Du coup, je lui délègue le barbecue », raconte son mari. De plus en plus, la question du sexe n’est justement plus la question. Les certitudes valsent comme le rappelle Désirée Stholer, vainqueur du Bell BBQ Masters 2014, les championnats de la Swiss Barbecue Association. « Les hommes n’ont pas ce savoir inné », insiste-t-elle. En attendant la guerre des sexes sur le grill, Bénédicte, végétarienne convaincue, et autoproclamée « cheffe du barbecue », prépare volontiers pour ses amis carnivores de belles pièces de viande. Pourquoi ? « Par amour des potes et de la bonne bouffe ». Le barbecue, une arme de réconciliation sous-estimée ?

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Article par Guillaume Tesson
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