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écrit le 7 septembre 2017
modifié le 7 septembre 2017

L'Enfer : montres érotiques

Genre très secret de l’horlogerie suisse, les montres érotiques sont apparues au milieu du XVIIIe siècle et restent très prisées encore aujourd’hui. Montres magazine a organisé au salon « belles montres » la première exposition du genre à paris.

Comme la littérature, l’horlogerie a son univers secret, son « enfer » pour reprendre le surnom qu’on donne à la section des ouvrages érotiques et pornographiques de la Bibliothèque nationale. Un monde d’initiés qui n’a véritablement été révélé au grand public qu’à deux occasions : la première, par la publication en 1977 par Roland Carrera du seul ouvrage de référence connu à ce jour Les Heures de l’Amour aux éditions Scriptar. La seconde, par l’organisation par Antiquorum en 1997 de la première vente thématique de montres érotiques, vente baptisée par Jean-Claude Sabrier son expert de l’époque Antiquorum in love. C’est que pas plus qu’autrefois, rares sont les horlogers ou les manufactures qui évoquent clairement ce genre, certains même refusant « de communiquer sur le sujet ». Autrefois, cela se comprenait car il y avait des sanctions pour les horlogers, et les pièces devaient être détruites sous le marteau-pilon mais, aujourd’hui, cela n’offusque plus personne. Pourtant, rares sont ceux qui osent en parler librement. Il y a heureusement quelques contre-exemples. Le plus fameux est celui de Blancpain, à l’époque où la maison était dirigée par Jean-Claude Biver, qui fabriqua une série de répétitions minutes très discrètes côté cadran mais dont le fond transparent laissait voir une très belle scène de triolisme, une pièce dont la qualité artistique de la scène et l’inventivité horlogère sont exceptionnelles. La manufacture Ulysse Nardin non plus ne fait pas de mystère de ses productions dont Le couple enlacé et la dame au serpent sont des classiques… Sinon dans les grandes manufactures, on reste très discret. Deux horlogers indépendants, Svend Andersen et Antoine Preziuso, eux, ne font pas mystère de leurs créations très recherchées des collectionneurs.

Le loup dans la bergerie
Il y a aussi le joaillier parisien Lorenz Bäumer qui a créé une montre érotique en reproduisant sur le cadran, selon la technique du daguerréotype, des scènes érotiques dans l’esprit de L’Origine du monde de Gustave Courbet  Pour le reste, il n’y a longtemps eu que Reuge Music pour exposer à Bâle un automate érotique. Entre l’érotisme et les horlogers, tout commence au XVIIe siècle, les Anglais et l’aristocratie européenne française en tête se piquent d’érotisme et commandent aux seuls artisans maitrisant à la fois l’horlogerie, l’émaillage, la gravure : les très puritains et très calvinistes horlogers suisses, des pièces polissonnes aux noms évocateurs Le Loup dans la bergerie, Le Missionnaire, Mais où sont mes vertes années… Si dans beaucoup de scènes, ce sont des personnages de l’aristocratie qu’on surprend dans l’intimité, dès la fin du XVIIIe, les scènes caricaturent l’église et mettent en scène les rapports de religieuses avec des curés comme Pénitence au confessionnal. Pièces dont la circulation sera vivement combattue, on s’en doute, par l’église. Au XVIIIe également, en France, on verra fleurir beaucoup de pièces caricaturant les militaires comme Soldat honorant la femme de son capitaine. Avec l’arrivée des montres bracelets et la libération des mœurs, le genre deviendra surtout prisé par les collectionneurs amateurs d’objets rares car le rôle qu’on prêtait à ces pièces d’orienter puis de stimuler la conversation avec une femme – d’où le nom que les Anglais leur donnaient « conversation pieces » – sur le terrain des amours est un peu démodé. Il n’empêche que très confidentiellement le genre a toujours ses fans et ses collectionneurs.

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Article parFrançois-Jean Daehn
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