écrit le 13 juin 2016
modifié le 30 octobre 2017

Les passions, ciment de la nouvelle relation père-fils

Quoi de plus important qu’un père ? Un fils évidemment. Aujourd’hui, les passions sont les fils conducteurs du renouveau de cette relation essentielle à l’identité masculine.

À découvrir, le livre Pères & Fils, Une histoire d’amour (éd. Textuel, 2010). Un récit en images avec les plus grands photographes. Ici, Stefan Moses. 205 x 255 mm, 29 €.

Haïr sa famille est très démodé. L’époque est au « partage » et aux « expériences ». Les hommes en profitent pour tisser de nouvelles relations entre les générations. Partir pêcher à la mouche en Écosse avec ses copains, c’est de l’égoïsme machiste presque de l’abandon de famille. Mais y entraîner son fils, c’est consacrer du temps à son épanouissement, cela procède même d’un rite initiatique ultra valorisant. Quel bon père !

L’exemple vaut pour les régates, la chasse, les rallyes automobiles, le tennis, le golf, les matchs de foot, le bricolage et même l’apprentissage du nœud de cravate ou du rasage. D’une manière générale, cela englobe tous les territoires de passion que l’on peut partager de façon intergénérationnelle sans risquer ni l’ennui, ni l’infarctus. Se crée alors un dialogue qui permet de conquérir l’estime et la fierté dans le regard de l’autre. Une notion particulièrement importante pour la constitution du caractère masculin, notamment au moment de l’adolescence.

Le Rallye Père-Fils, un moment à partager dans l’habitacle d’une belle auto.

 

Entrer dans la cours des grands

Cette période du passage à l’âge adulte, mieux comprise désormais, est parfois celle des conflits. Elle devient celle du partage. Longtemps, les messieurs distingués choisissaient avec précaution le moment de faire découvrir à leur fils, leur tailleur ou leur bottier. Une date à marquer d’une pierre blanche dans une vie d’homme.

Le prestigieux restaurant Taillevent à Paris l’avait bien compris. à l’époque, ses anciens propriétaires, la famille Vrinat organisait au printemps un déjeuner « père-fils » auquel était convié, autour de mets choisis, le gratin du Tout-Paris. Dans les années 90, l’événement était encore original et l’idée peu commune. Les patrons du CAC 40 ou les hommes politiques se réjouissaient de faire ainsi entrer leur bambin dans la cour des grands. Occasion gustative permettant aux pères de faire découvrir à leur progéniture quelques douceurs des papilles, cette réunion de fortunés gastronomes était aussi un événement social de premier plan. Une mise en avant de la lignée dans une sorte de bal des débutants au masculin. Avec bien sûr, quelques cas de jeunes gens aux carrières fulgurantes invitant leurs pères.

Partager le volant

Faire un tandem pilote-copilote permet aussi de renforcer le lien. Quelques jours dans l’habitacle d’une auto, comme sur un bateau, peuvent en apprendre beaucoup du caractère de l’autre. Surtout quand on sait partager le volant ! Et, sur la ligne d’arrivée, quelle fierté de partager une victoire, un trophée ou ne serait-ce que le plaisir de l’avoir fait ensemble et de savourer pleinement les fruits d’une confiance réciproque. Outre les sensations immédiates, un rallye automobile est également une machine à fabriquer des souvenirs conjoints. Les organisateurs du Rallye Père-fils ont bien saisi l’air du temps et le pouvoir sympathique des nouvelles relations familiales viriles.

Après Megève ou Saint-Tropez, cette belle balade sur des petites routes mettra le cap cette année sur Biarritz. Le programme est finalement simple : de jolies autos, quelques visites culturelles sur le parcours, et des étapes gourmandes. Une épreuve ? Plutôt un art de vivre. Surtout que la manifestation, initialement très confidentielle, a pris en 3 ans une vitesse de croisière. Elle reçoit le soutien de très belles maisons, comme le chausseur italien Tod’s, dont l’engagement pour la transmission des valeurs est connu.

Élixir de longévité

Pour être honnête, toutes ces expériences sont aussi une sorte de jeu. Les passions masculines ont souvent un caractère ludique. Outre l’affirmation et l’expression de soi, elles sont pour les plus jeunes le moyen d’entrer avant l’heure dans le monde adulte, et pour les aînés une manière délicieuse de rester enfant, avec des jouets à l’échelle 1.

Collectionner, c’est avoir l’âme d’un chasseur de trésor. L’objet est une quête, un désir. La chasse prend des allures de traque ou d’enquête. Il convient de se documenter longuement, d’imaginer, de comparer. Sans l’aide de son fils, l’entreprise deviendrait horriblement solitaire et parfois décourageante. Mais, mains dans la main, quel plaisir. Partager ainsi un loisir, un sport, un hobby entre père et fils, c’est trouver ensemble un élixir de longévité. En fait, les passions masculines sont les meilleures des assurances-vie.

Jamais sans mon fils

Fini le père autoritaire. désormais, les hommes s’investissent dans la relation avec leur fils et cultive ce lien. Aujourd’hui, il est autant question de transmission que de ressourcer la relations père-fils, un peu mise à mal dans les années 70 par les enfants de la contestation et de la psychanalyse. Puisqu’il était interdit d’interdire, le lien traditionnel entre les pères et leurs fils, fondé sur la reproduction du modèle patriarcal et le respect de règles d’autorité, semblait avoir vécu. Ringardisée, cette relation trop hiérarchique apparaissait comme une source conflictuelle. Le « jeune » ne pouvait se construire que par rejet et opposition. Si les relations entre les mères et leurs filles pouvaient être jugées comme plus propices à la manifestation des sentiments et des émotions, le lien entre un père et son fils devait être marqué par une forme de pudeur masquant des non-dits et de la réserve.

De Œdipe roi de Sophocle à La chute de cheval de Jérôme Garcin, en passant par le drame Pères et fils de Tourgeniev, ou encore L’homme de ma vie de Yann Queffélec, la littérature fourmille d’exemples de ces dialogues impossibles, de ces conversations inachevées ou même jamais commencées. Pour le lecteur, ce sont souvent des textes très touchants, desquels se dégagent la complexité de la recherche du père, les équivoques maladroites, les frustrations du silence.

Toutes ces questions refoulées dont les réponses auraient été précieuses pour forger un caractère. Le beau poème didactique de Rudyard Kipling « Alors, tu seras un homme mon fils » a longtemps été l’un des rares points de repères. Parfois, il fallait frôler le drame pour que le dialogue reprenne entre des pères et des fils séparés par la vie et qu’ils se redécouvrent. Le film Père et fils, réalisé par Michel Boujenah en 2003, et dans lequel Philippe Noiret se révélait à ses fils à la faveur d’un voyage en voiture au Canada, en est une belle illustration et témoigne du revirement opéré ces dernières années. Désormais, les pères s’investissent dans leur rôle, au plus près, et cultivent cette joyeuse complicité.


Lors des déjeuners Pères-Fils, hommes politiques, des médias ou du CAC 40 se réjouissaient de faire entrer leurs bambins dans la cour des grands. Une occasion gustative et sociale de premier plan.

Si vous avez aimé, partager
Article par Frédéric Brun
Dans la même
rubrique


Mini Me

lire

Mini Me

lire

Séquence : en mode père-fils

lire

Avec un habit et une cravate blanche, tout le monde, même un agent de change, peut faire croire qu’il est civilisé

Oscar Wilde
vous aimerez aussi
Top


Commander Monsieur #128

abonnez-vous

Découvrez toutes nos offres

acheter le numéro

version papier, numérique ou les deux



Commander Montres #110

abonnez-vous

Découvrez toutes nos offres

acheter le numéro

version numérique