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écrit le 3 mai 2017
modifié le 7 novembre 2017

Les petits secrets des look des candidats

Scrutés de la tête aux pieds, les politiques doivent accorder de plus en plus d’attention à leur apparence. Mais attention, point d’audace ni d’ostentation. Monsieur Fillon s'en souviendra. Nous les avons passés au scanner avec la complicité de trois professionnels.

À trop vouloir se fondre, les candidats finissent par s’habiller pareil. Le premier débat télévisé sur TF1 en témoigne avec un même costume deux boutons bleu marine pour Fillon, Macron et Hamon. Au point que Jean-Luc Mélenchon se distingue avec sa veste de dictateur stalinien et Marine Le Pen, son look passe-partout tailleur-pantalon noir.


À trop vouloir se fondre, les candidats finissent par s’habiller pareil. Le premier débat télévisé sur TF1 en témoigne avec un même costume deux boutons bleu marine pour Fillon, Macron et Hamon. Au point que Jean-Luc Mélenchon se distingue avec sa veste de dictateur stalinien et Marine Le Pen, son look passe-partout tailleur-pantalon noir.

Le vêtement est au coeur de la campagne. Jamais, on ne s’est autant intéressé aux costumes des candidats. L’affaire Fillon n’y est sans doute pas pour rien. Se faire offrir près de 50 000 € de vêtements sur-mesure Arnys, dont deux costumes (13 000 €) par un des piliers des réseaux Françafrique, l’avocat Robert Bourgi, peut faire désordre. Monsieur Fillon a beau soutenir l’artisanat français, ce « simple cadeau amical » a eu du mal à passer.

Scrutés de la tête aux pieds par les médias et l’opinion publique, les autres candidats, se sont sentis obligés de réagir. « Personne ne me fait des chèques pour payer mes costumes, s’est défendu Benoît Hamon, je les achète moi-même, et si possible pendant la période des soldes. » – « Ça se voit », diront les mauvaises langues. Si les costumes de Jean-Luc Mélenchon sont griffés Karl Lagerfeld, « je les achète en bas de chez moi, boulevard Magenta », a-t-il précisé à Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Et lui n’attend pas les soldes. « Pas le temps », trancha-t-il.

Un tee-shirt pour Macron
De son côté, Emmanuel Macron affiche, à qui veut voir, sa housse de costume Jonas & Cie. Le candidat En Marche ! a sans doute tiré des leçons du « Costardgate » qui lui ait tombé dessus en mai dernier. La toile s’était déchaînée pendant des mois autour de la phrase qu’il avait dite à l’encontre d’un gréviste lui reprochant de dépenser « son pognon » dans les « costards » : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. » Jugé méprisant envers la classe populaire, il avait hérité du hashtag railleur : #unteeshirtpourmacron.

Ainsi, depuis quelques mois, l’ancien banquier a troqué ses costumes bien coupés Lagonda pour ceux de cette adresse confidentielle du Sentier (rue d’Aboukir) qui propose de la demi-mesure industrielle à 340 € (fabriquée dans Les Pouilles). Ce serait son bras droit, Ismaël Emelien qui lui aurait fait découvrir. Il faut dire que bon nombre de politiciens de gauche y seraient déjà clients : Boris Vallaud, Gaspard Gantzer, Matthias Fekl, Benjamin Griveaux, Didier Le Bret, Hubert Védrine et même… Dominique Strauss-Kahn.

L’objectif : paraître plus moderne sans doute mais surtout, moins guindé et élitiste. En clair, paraître plus « normal », pour reprendre un des termes favoris de son père spirituel, le président qui avait toujours la cravate de travers – et les costumes oversize (Smuggler ou Agnès b). « Un jour, alors qu’il était encore ministre de l’économie, raconte Philippe de Chambarlhac, le patron de Lagonda, Emmanuel Macron est venu essayer les costumes qu’il avait commandés, accompagné de deux hommes de sa com. Ces derniers ne supportaient pas le cadre trop conservateur de la boutique et le côté “minet du XVIe“ que lui donnait le trois-boutons. C’est comme ça que j’ai perdu mon Macron. »

De véritables « control freaks »

Il est loin le temps des costumes Cifonelli de Mitterrand (offerts par André Rousselet), de ceux griffés Arnys de Valéry Giscard d’Estaing, des fil-à-fil de Balladur taillés chez Henry Poole à Savile Row. Finies cette élégance assumée, ces belles matières affichées, la mise en avant d’un artisanat et « des petites mains qui travaillent 80 heures sur un costume, en France », comme le rappelle Lorenzo Cifonelli qui s’indigne du nivellement par le bas de l’image présidentielle.

Fini aussi le bling, Rolex au poignet et Ray-Ban sur le nez, à la Nicolas Sarkozy. Le costume de l’homme d’État doit être discret et si possible bon marché. Pas d’ostentation. C’est la crise, le superflu n’a pas bonne presse. Désormais, entre les médias et le phénomène d’amplification des réseaux sociaux, l’apparence des politiques est disséquée en permanence.

Le vêtement est devenu un élément de langage aussi important que le contenu d’un programme. Et le moindre faux pas ne pardonne pas. Entourés d’une armée de conseillers en image, les politiques sont devenus de véritables « control freaks » de leur apparence. Signe de la morosité ambiante ou non, « se fondre dans la masse » est leur leitmotiv, et la « standardisation », leur nouvel habit de pouvoir. Au risque, parfois, de se retrouver habillés tous (presque) pareil.

le bleu, le nouveau noir des hommes d’État

Lors du premier débat télévisé des principaux candidats à l’élection présidentielle, c’était flagrant ; à se demander s’il n’y avait pas un dress code à l’émission de TF1. Mis à part Jean-Luc Mélenchon avec sa veste de travailleur (ou de dictateur stalinien) et Marine Le Pen qui joue la carte passe-partout en reprenant les codes du tailleur-pantalon masculin, Fillon-Macron-Hamon arboraient tous les trois l’incontournable costume deux boutons bleu marine avec cravate bleu marine et chemise blanche ou (folie !) bleu ciel.

Pas d’audace, pas de vague mis à part des coupes et une qualité de costumes différentes d’un candidat à l’autre. Idem, lorsqu’on regarde les images de campagne. Tous en costume bleu, ultra sobre. C’est le nouveau noir des hommes d’État. Sérieux, ordre, sécurité, fiabilité… Le bleu marine serait-il devenu la couleur de la crédibilité politique ? Faut-il y voir un lien avec l’uniforme de la Police ? Mieux vaut ce lien que celui de la Poste, me direz-vous.


À LA LOUPE
Si le mot d’ordre est à la « banalité », le style des candidats fait débat. Monsieur décortique celui des favoris. Qui sera le vainqueur ?

 

Emmanuel Macron

Bien qu’il ait dit ne porter que des montres connectées, c’est avec une Tank MC de Cartier, retournée à l’intérieur du poignet, qu’on l’aperçoit le plus souvent.

Costume fitté et cravate fine tel est le nouvel uniforme du candidat « quadra 3.0 ».

Après s’être habillé en prêt-à-porter chez Lagonda et non en sur-mesure comme on a pu le lire partout (800 € contre 1 200 €), il a opté pour les costumes demi-mesure de Jonas & Cie (310 €). On ne sait pas s’il a aussi abandonné ses Weston. Coupe fittée et petit revers de col contrastent avec l’allure « british tradi » de l’institution du XVIe arrondissement. En revanche, moins d’audace. Adieu motifs caviar, fil-à-fil, rayures tennis et chevrons. Depuis qu’il est dans la course présidentielle, c’est principalement du bleu marine uni. Il ose la cravate fine à la Yann Barthès (ça fait cool) et la chemise bleu ciel à col cutaway.

Beau, élégant, il incarne l’homme pressé 3.0 et rend has been ceux qui dépensent encore des fortunes dans leurs costumes. Vers une « ubérisation » du costard ? Emmanuel Macron cultive une image moderne jusqu’au poignet. Il aurait dit ne porter que des montres connectées et notamment une Withings Activité qu’il a reçue en cadeau. Pourtant, c’est avec une Tank MC de Cartier (6 500 €), certes discrètement retournée à l’intérieur du poignet, qu’on l’aperçoit le plus souvent.


 

François Fillon

Il sait incontestablement associer les motifs, les couleurs et les matières. Ici, une cravate en grenadine de soie… un grand gimmick de Nicolas Sarkozy.

Son habit du dimanche ? Une Forestière, vêtement emblématique de la maison Arnys qu’il porte pour aller voter.

C’est aussi ce qu’a démontré la polémique sur ses vêtements : François Fillon ne porte pas n’importe quoi. Depuis toujours, il aime s’habiller (en mesure exclusivement) et maîtrise parfaitement les codes de l’élégance masculine. Ses costumes, principalement signés Arnys (désormais Berluti, 6 500 €), sont reconnaissables au cran parisien du revers de la veste. Certains observateurs auraient également distingué la patte de la maison Smalto. Il associe à la sobriété des étoffes, de belles chaussettes rouges en fil d’Écosse Gammarelli (comme Balladur, 20 €) ou celles de la Manufacture Perrin. Il se rend à son QG de campagne en veste matelassée Barbour (son côté gentleman farmer, 240 €) et à son bureau de vote en Forestière Arnys.

Il est l’anti bling-bling. Fillon incarne le bon goût à la française, tradi, légèrement british sur les bords. Son style est intemporel et ce n’est pas la course à l’Élysée qui le lui a fait changer. En clair, il a déjà l’habit du président bien qu’on n’ait cessé de lui tailler un costume. Amateur de belles mécaniques, ses montres aussi ont fait polémique. Il aurait reçu une montre de plus de 10 000 € de l’homme d’affaires italo-suisse Pablo Victor Dana avec qui il partage sa passion pour les courses de voitures anciennes. Et une autre – une Predator – du manufacturier suisse Rebellion à l’occasion des 24 Heures du Mans (16 000 €), course à laquelle participe l’homme d’État. Alain Thébault, l’inventeur de l’Hydroptère, lui a aussi offert une édition limitée Spéciale, El Primero Stratos Thébault, de la maison Zenith (6 500 €).


 

Jean-Luc Mélenchon

S’il porte une cravate, elle sera rouge. Elle est griffée tout comme sa veste Karl Lagerfeld mais « Je les achète en bas de chez moi, boulevard Magenta », précise le candidat sur RMC.

Son uniforme ? Une veste de travailleur en moleskine très dictateur communiste conçue par Patric Hollington, une très belle adresse… du VIe arrondissement.

En dépit de ce qu’on pourrait penser, lui aussi fait très attention à sa tenue. Il alterne entre un costume noir Karl Lagerfeld (qu’il achète environ 600 € boulevard Magenta) et une veste (344 €) ou un gilet (185 €) de travail en moleskine noire, très bobo de gauche signé par l’Irlandais Patric Hollington, situé rue Racine (dans le VIe arrondissement). Ce dernier, tout comme le tailleur Michel Schreiber, ont su s’inspirer du vêtement d’ouvrier pour en faire un vestiaire très chic prisé par tous les intellectuels parisiens des années 70.

Mélenchon ajoute à sa panoplie une chemise blanche avec parfois une cravate rouge symbolisant son esprit ouvrier et révolutionnaire. Il porte aussi la guayabera, chemise populaire en Amérique latine, tout comme le Che ou Chavez. Côté montres, on lui a prêté une Rolex Cellini à 17 500 €, à la manière de Fidel Castro. Pas le genre. Le patron de la France Insoumise porterait une Seiko 5 (env. 200 €)


 

Benoît Hamon

Sa marque de fabrique ? Les poignets de ses chemises dépassant largement de ses vestes. Soit il a les bras trop courts, soit il les a trop longs.

Le caban de marin lui va à merveille. Il souligne son côté breton prêt à braver la tempête contre vents et marées.

S’il achète ses costumes lui-même et en solde, le candidat du PS n’a pas voulu nous répondre et nous dire où il les achetait précisément. S’identifiant à la vraie gauche, pour lui, la mode n’est qu’un détail tout comme la coupe de ses costumes qu’il porte invariablement avec des poignets de chemise dépassant largement des vestes. Depuis qu’il est candidat, s’il porte toujours son caban de breton, il choisit des costumes quand même un peu plus près du corps, plus « lookés », avec des petits revers de col et une cravate fine, histoire d’incarner un « Coeur de la France » jeune et moderne.

Ses lunettes ont une existence propre, tant il joue avec elles en permanence. Elles ont même un compte twitter @lunettesbenoit. Heureusement, il a troqué ses montures rectangulaires de comptable pour des montures plus épaisses en acétate noir. Côté montres, depuis quelques mois, il a abandonné sa Breitling Navitimer (4 175 €) contre une Fossil à tout petit prix (200 €). Sans doute, une coïncidence…

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Article parHélène Claudel
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