écrit le 26 septembre 2017
modifié le 12 décembre 2017

Romain Costa : « C’est incroyable ce que l’on vit et en même temps, effrayant »

À eux seuls, Les Ringards réunissent un demi million de followers. De quoi séduire – aussi – les plus grandes maisons. Panerai, Dolce & Gabanna, Armani, Tod’s… on ne compte plus celles qui leur déroulent le tapis rouge. Sans se prendre – trop – au sérieux, ces 4 amis ont réussi à professionnaliser Instagram avec intelligence et avant tout grâce à leur style. Quatre univers, chacun le sien, un pour tous et tous pour un. Rencontre.

Nicolas Plasmondon

Nicolas Plasmondon alias le Petit Français
★ 28 ans, 36 K + 200 followers / semaine
★ Ses univers : street, sport, auto, baskets
★ Sa story : Après des études en communication digitale, il est depuis 2 ans social media manager à la Marcel Agency (Publicis).
Est-ce un vrai métier « instagrameur » ?
La journée je suis à l’agence et le reste du temps, je suis instagrameur. Il faut voir les réseaux sociaux comme des pages de pub dans un magazine. Les marques nous contactent pour notre audience. Dès que la communauté est grande, ça se monétise.
Votre parcours virtuel ?
Il y a 2 ans, j’ai réactivé mon blog de photos, Le Petit Français, et j’ai créé mon compte Instagram. C’était le moment où ce média explosait.
Le secret pour fédérer autant de followers ?
Un univers. La qualité du contenu, des images et la patte qui différencie le compte des autres.
Ce qui génère le plus de like ?
Des photos de Paris ! Dès qu’on voit la Tour Eiffel, ça cartonne.
Un conseil ?
Ne pas chercher à animer son compte Instagram pour avoir des followers. Il faut poster sur Instagram parce qu’on aime la photo et qu’on a envie de s’amuser. Les gens sentent lorsque ce n’est pas honnête.
Le drame de l’instagrameur ?
Se faire pirater son compte. Il y a peu, j’ai reçu une notification m’expliquant qu’on essayait de se connecter depuis la Russie. Puis, mon compte s’est déconnecté. Pendant une demi-heure, c’était l’angoisse.
Épuisant Instagram à la longue ?
C’est du travail, mais non. Mon métier m’aide beaucoup. Je m’occupe des réseaux sociaux de plusieurs marques. Le maître mot : l’organisation. Il y a des plannings éditoriaux, je sais exactement ce que je vais poster dans la semaine.
Combien de temps sur votre téléphone par jour ?
Environ 3 heures.
Instagram génère-t-il de la frustration ou du rêve ?
Les gens vont sur Instagram pour voir du beau. Les comptes qui marchent le plus sont d’ailleurs ceux du voyage, du National Geographic qui permettent de s’évader. Ça peut générer de la frustration aussi. Pas de mes amis proches mais de ceux qui font partie de mon cercle. Ce serait logique quand on reste à Paris sous la pluie et qu’on me voit au soleil faire des essais auto sur des voitures (Audi, Porsche), parfois à plus de 200 000 € !
Instagram cultive-t-il votre part narcissique ?
Non. Mais, on peut vite perdre les pédales. En 3 semaines, j’ai enchaîné New York, le pays de Galles et Tokyo. Mais Les Ringards sont là pour rester sur Terre…
Instagram vous a-t-il transformé ?
Ça a changé mon rythme et mon cadre de vie. Mais il ne faut pas oublier que derrière ce côté plaisir (cadeaux, voyage, etc.), il y a énormément de travail. Je me balade toujours avec mon appareil photo. Je fais toute la post-prod, un article ensuite sur mon blog, etc.
Instagram dans 10 ans ? Tant qu’il n’y aura pas un autre réseau social d’images, il perdurera. Facebook en fera peut-être un média à part entière en y incluant de plus en plus de publicité. Quant à moi, aujourd’hui, je fais du digital mais tout va tellement vite, demain, je ne sais pas.

Nicolas Plasmondon et Romain Costa

Romain Costa
★ 27 ans, 110 K + 1 000 followers / semaine
★ Son univers : architecture, design, mode
★ Sa story : Après avoir travaillé trois ans en agence d’archi à Lille, il développe sa fibre entrepreneuriale via Instagram auquel il consacre tout son temps.
Est-ce un vrai métier « instagrameur » ?
Je gagne ma vie à 100 % grâce à mon blog et à Instagram. C’est une entreprise. Je compare ce métier à un magazine où on serait à la fois le journaliste, le modèle, le DA, le rédacteur en chef.
Votre parcours virtuel ?
J’utilise le média depuis trois ans mais c’est depuis 1 an et demi que j’ai une grosse communauté. À l’époque, Instagram mettait en avant les comptes exemplaires. Je suis passé de 10 000 à 30 000 followers en deux semaines.
Le secret pour fédérer autant de followers ?
Je pense Instagram comme un projet d’architecture. Tout est réfléchi, la photo publiée est en accord avec celle publiée juste avant. Il faut que l’ensemble soit aussi beau que la couverture d’un magazine. Ensuite, il faut être authentique. Faire des collaborations qui vous tiennent à cœur, parler de produits que vous aimez. être vrai. Je suis le même sur Instagram que dans la vie.
Ce qui génère le plus de like ?
Pour moi, une photo d’architecture peut aussi bien marcher qu’un paysage ou un look. Ma communauté est engagée sur tout ce que je publie. Je la connais bien, on a grandi ensemble.
Le drame de l’instagrameur ?
Se faire hacker son compte.
Épuisant Instagram à la longue ?
à travers ce média, c’est notre vie qui est mise en scène si bien qu’on peut ne jamais lâcher son téléphone et toujours partager. C’est parfois difficile car, les gens ne s’en rendent pas compte, mais il y a énormément de travail derrière.
Combien de temps sur votre téléphone par jour ?
Environ 3 heures. Je sais tout le temps où il est. Ça m’arrive de le couper. Mais, c’est très rare.
Instagram vous a t-il transformé ?
J’ai pris du poids en tant qu’architecte d’intérieur. Instagram donne de l’influence. Des agences que j’avais démarchées, il y a quelques années, et qui ne m’ont jamais répondu, me relancent aujourd’hui pour que je vienne visiter leurs bâtiments, pour que je parle d’eux… Ils ont confiance en mon œil et ils savent aussi qu’il y aura la communication derrière.
Vous êtes beaucoup sollicité ?
En fait, tous les domaines font appel à nous.
J’ai été sollicité par une université américaine (la SCAD) pour faire une conférence sur l’influence. J’ai aussi défilé pour Dolce & Gabbana. Une semaine avant, j’étais en Arctique dans la nuit la plus complète. Deux jours après, j’étais au Cambodge pour faire du tourisme solidaire.
C’est une vie à 100 à l’heure. C’est surréaliste !
Difficile de garder les pieds sur terre ?
C’est incroyable ce que l’on vit et en même temps, effrayant. Effrayant de voir parfois l’importance qu’on nous accorde. On pourrait avoir la grosse tête. Mais, ça m’a conforté dans cette idée de rester authentique et de garder le sens commun. Heureusement, je suis très bien entouré.
Le groupe des garçons (Les Ringards, N.D.L.R.) est à ce titre très réconfortant. C’est important car c’est un milieu où vous êtes très seul.
Instagram dans 10 ans ?
C’est assez flou. Parfois, c’est vertigineux car je n’ai aucune maîtrise sur les 6 mois à venir mais je reste confiant. Il y a plein de manières de se réinventer. Sur le média en tant que tel, les gens vont peut-être se lasser…

Nicolas Simoes et Raphaël Simacourbe

Nicolas Simoes
★ 28 ans, 220 K + 3 500 followers / mois
Un des 5 plus gros instagrameurs français.
★ Son univers : sport, mode, photo
★ Sa story : Il passe le concours de l’école de police pour y devenir moniteur sportif. Sa curiosité le rattrape. Il commence la photo et se lance dans le mannequinat. Il est depuis 4 ans chez Elite.
Est-ce un « vrai » métier instagrameur ?
Ça le devient. Aujourd’hui, pour moi, c’est du 50/50 avec mon métier de mannequin. Mais ce média est avant tout une surface, une plateforme. Une marque me contacte car elle a d’abord aimé ma touche photo sur les voyages ou le sport. Bien sûr ma communauté compte. Mais il faut aussi avoir un sens de l’image et de la mise en scène.
Votre parcours virtuel ?
J’ai commencé à utiliser Instagram il y a 2 ans et demi. Ça prend ou ça ne prend pas. J’ai commencé au bon moment et au bon endroit : aux USA. J’étais mannequin à Los Angeles, et on m’a vite expliqué que les réseaux sociaux étaient un deuxième book.
Le secret pour fédérer autant de followers ?
C’est de plus en plus difficile. Instagram a installé des algorithmes. Les petits comptes ont du mal à exister car les photos ne remontent pas. Après, il y a des stratégies. J’ai un ami qui est parti faire Secret Story pour recruter des followers ! Certaines personnes préfèrent en acheter 60 000 pour créer une vraie communauté. Le problème, c’est que ces 60 000 followers disparaîtront au fur et à mesure parce que ce sont pour la plupart des robots. Instagram détecte le taux de non engagement.
Vous en perdez aussi ?
Une cinquantaine par jour. Lorsque j’ai fait couper mes longs cheveux, j’ai dû en perdre 150 d’un coup ! Ça fait partie du jeu. Un jour vous plaisez, le lendemain, vous ne plaisez plus.
Le drame de l’instagrameur ?
Que le compte disparaisse. Depuis quelques semaines, quelqu’un essaie de pirater le mien. J’ai des usurpations d’identité toutes les semaines.
Épuisant Instagram à la longue ?
Un peu… Plus la communauté est importante, plus il y a du travail. On est toujours en train de penser à des angles originaux pour nos photos. On retravaille chaque image pour les publier dans les 2/3 jours. Le road trip pour Mini Countryman par exemple, c’était dur car il fallait du J+1 max. On conduisait toute la journée, on faisait nos photos, nos mises en scène et le soir, il fallait dérusher et faire toute la post-prod pour les publier le lendemain. C’était génial mais on ressort rincé.
Combien de temps sur votre téléphone par jour ?
Trop de temps. 4 à 5 h.
Un conseil ?
Il faut du recul car sinon on se perd. Vous pouvez gagner votre vie très facilement, on vous offre beaucoup de choses… ça ne reflète pas du tout la « vraie » vie.
Instagram cultive-t-il votre part narcissique ?
Non. C’est avoir confiance en soi, savoir qu’on plait et s’en servir. On séduit à travers Instagram. Pour moi, désormais, c’est une banalité de voir mon image.
Instagram dans 10 ans ?
C’est un job éphémère. J’ai mon diplôme de côté, c’est une sécurité. Et puis, j’ai appris beaucoup avec Instagram, je pourrais travailler avec des photographes. Mais, je ne fais aucune projection. C’est un média qui durera facilement encore 3 à 5 ans. Après, peut-être faudra-t-il payer pour garder son compte et que les posts aient plus de visibilité.

Raphaël Simacourbe

Raphaël Simacourbe
★ 26 ans, 185 K + 100 et 600 followers / jour
★ Ses univers : luxe, voyages, mode
★ Sa story : Après des études de marketing digital, il travaille pour L’Oréal Paris et Cartier à New York. Il y a 6 mois, il démissionne de chez Google pour se consacrer 100 % à Instagram.
Est-ce un vrai métier « instagrameur » ?
Complétement. Il y a des côtés positifs comme ne plus payer ses vêtements mais en vivre reste difficile. Entreprendre en France est compliqué. Pourtant, je n’ai jamais été aussi heureux. Partir une semaine à Tokyo, enchaîner avec Ibiza tout en travaillant pour Louis Vuitton ou une autre belle maison, c’est le rêve.
Votre parcours virtuel ?
Avec mon ancien métier, j’étais aux prémices de « l’influence ». Il y a 5 ans, c’était la femme. Je travaillais avec elles. Je me suis rendu compte qu’il suffisait d’avoir un univers qui rassemble pour que ça marche. J’ai rencontré Olivier Billon, le fondateur de l’agence Ykone, qui m’a conseillé de lancer mon blog. L’idée a fait son chemin et il y a 2 ans et demi, je me suis mis à Instagram. J’adore la mode, le voyage, la gastronomie… et côté masculin, il n’y avait personne.
Le secret pour fédérer autant de followers ?
Du temps et quelques astuces. à l’époque, la stratégie qui fonctionnait était d’aller dans les boutiques très suivies (Urban Outfitters, Top Man, River Island) et de poster des photos de looks. Par chance, les marques « regramaient », ce qui m’a fait très vite grimper. Après, il faut un univers. C’est un travail de tous les jours.
Ce qui génère le plus de like ?
Les photos de moi. En général, les photos de personnes fonctionnent parce qu’on s’identifie.
Le drame de l’instagrameur ?
Avoir son compte piraté. Si je perds mon audience, je perds tout. Je connais une instagrameuse à qui on a carrément demandé une rançon.
Épuisant Instagram à la longue ?
30 % de ma base qui est parisienne. Ça fait potentiellement beaucoup de personnes à croiser dans la rue. Je dois donc faire attention aussi dans la vraie vie. C’est une petite pression supplémentaire mais heureusement, j’ai toujours aimé m’habiller. Après, pour le reste, non, c’est du travail. Aujourd’hui, on a ce luxe-là de recevoir des demandes de collaboration de grandes marques. Notre travail est reconnu. Par exemple,
je suis fan d’horlogerie et je viens d’être contacté par Jaeger-LeCoultre. C’est top !
Combien de temps par jour sur votre téléphone ?
Environ 3h. J’essaie de couper dès que je suis avec des amis ou ma copine.
Instagram cultive-t-il votre part narcissique ?
Non. J’ai professionnalisé quelque chose que je faisais déjà à titre perso. J’ai juste envie de permettre aux gens de s’évader et de partager ce que j’aime. Mais je comprends que pour certains ce ne soit pas une évidence de se mettre en scène tous les jours.
Instagram vous a-t-il transformé ?
Non. Mais il y a de quoi se monter la tête. Je rentre de Thaïlande, je reçois un mail d’un client qui me propose de partir à Tokyo pour une soirée.
C’est loin de mes anciens horaires de bureau.
Instagram dans 10 ans ?
Je pressens le format vidéo. Les gens en ont marre du statique et les clients vont vouloir voir leur produit en mouvement. Quant à moi, je vais faire ça le temps que ça durera et en parallèle développer quelque chose de plus pérenne, du consulting ou, (j’aime beaucoup les chapeaux), ma marque de chapeaux.

 

www.instagram.com/ringards

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Propos receuillis par Hélène Claudel - Photos Stéphane Gizard - Stylisme Thu-Huyen Hoang
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