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écrit le 11 octobre 2018
modifié le 21 novembre 2018

L’Italie d’hier et d’aujourd’hui

Comment la péninsule a-t-elle assis sa suprématie mondiale en matière de mode Masculine ? Et si c’était, au-delà d’un style, une volonté commune des industriels transalpins de défendre ensemble une identité et un artisanat.

Photo Adam Katz


Photo Adam Katz

Il y a l’histoire – et il y a l’engouement actuel pour le style italien. Il y a Rome, il y a Milan, et il y a Naples. Depuis une dizaine d’années, l’Italie semble avoir fait main basse sur le vestiaire masculin. De New York à Paris, de Tokyo à Copenhague, de compte Instagram en compte Facebook, il n’est pas un élégant qui ne susurre les mots magiques : Naples, sprezzatura, fatto a mano. Pourquoi Naples a-t-elle acquis cette notoriété au détriment des autres grandes régions pourvoyeuses de style en Italie ?

Les Napolitains ont une qualité indépassable : ils parlent d’une seule voix. Ils revendiquent tous ensemble une tradition (la sartoria napoletana, forte jadis de milliers d’ouvriers), une invention (la veste déstructurée, si légère qu’on croirait porter une chemise), un paysage. Ischia, Capri, la côte amalfitaine : à l’évocation de ces noms, n’est-on pas déjà plongé dans l’âge d’or de la jet-set internationale ; ne feuillette-t-on pas déjà l’album photo des Agnelli ? Partout, des ateliers où le temps semble suspendu, des autorités en matière de coupe (O’Mast, comme on dit en napolitain) ; partout, la même défense de l’identité d’un peuple.

Au lendemain de la Seconde Guerre

Mais pour comprendre comment naît le rêve, il faut se reporter à une autre tradition, une autre légende, lesquelles n’auraient pas eu le même impact sans l’apport du cinéma et l’effort des industriels transalpins pour promouvoir l’Italie en tant que marque.

Jusqu’en 1945, l’aura du style italien était loin d’égaler celle de son cousin britannique. Au lendemain de la Guerre, Rome s’ouvre aux visiteurs, qui y découvrent, outre des artisans nombreux et attractifs, une vie où le paraître occupe la première place. Veste courte, pantalon fuselé : à la terrasse des cafés, jeunes et moins jeunes veulent à nouveau se montrer et laisser derrière eux les années noires.

Hall of fame

Pour Battistoni, Brioni, Caraceni et les autres, les grands acteurs américains venus tourner à Cinecittà sont une publicité inépuisable. Gary Cooper, Marlon Brando, Gregory Peck, John Wayne, Kirk Douglas, Humphrey Bogart, Cary Grant, Clark Gable, Henry Fonda : chaque maison se doit d’avoir son « Hall of Fame ». Comprenez : une pièce résumant en images son importance par la célébrité de ses clients. En 1953, Vacances romaines, premier film américain réalisé à Rome, remporte trois Oscars.

Dès l’année suivante, Brioni exporte le style italien sur le territoire américain, où il rivalise avec le style Ivy pour culminer avec La dolce vita des années 1960.

La mode masculine italienne est née. Elle se fortifiera au fil des années au gré des manifestations professionnelles mettant en avant les tailleurs, les filatures, l’ensemble de la filière textile italienne.

La retenue milanaise

Peu à peu, l’épicentre se déplace. Après l’inventivité de Rome vient le temps de Milan la discrète. La Via Montenapoleone a pris le pas sur la Via Condotti. Quand on pense au style italien, on ne pense pas d’abord au Sud, à la couleur, aux tissus légers, mais à la retenue milanaise, à ces hommes croisés à l’heure de la sortie des bureaux qui savent exactement ce qui leur convient : un costume d’un certain bleu, une chemise d’un bleu plus clair (ou à rayures), une cravate en grenadine de soie, des mocassins en veau velours marron, une pochette blanche négligemment arborée.

À l’heure de la passeggiata

Un uniforme simple, efficace, avec juste ce qu’il faut de décalage. Loin du spectacle et des images du Pitti, extravagantes à souhait, les vrais Napolitains sont presque plus stricts, par comparaison. Promenez-vous Piazza dei Martiri un dimanche ou Riviera di Chiaia à l’heure de la passeggiata. Le costume sera peut-être le même que dans le Nord, mais fait main. Les souliers seront plus conformes à l’usage : des richelieus noirs. La cravate, non doublée, aura été taillée non loin de là. Qu’en sera-t-il du style italien dans 20 ans ? Nul ne le sait. Mais il est sûr qu’à travers ses griffes et son artisanat, il continuera de s’exporter.

Les vedettes américaines venant tourner à Cinecittà dans les années 50 comme Gregory Pack, sont une publicité formidable pour les tailleurs italiens.

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Article par Laurent Le Cam
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