savoir-vivre > Humeur
écrit le 15 octobre 2016
modifié le 4 octobre 2017

Après des années étriqué, l’homme est-il prêt à passer en mode XXL ?

Monsieur a comme un doute. Et pourtant, c'est la tendance des défilés de l'automne-hiver 2016 ? Et même celle de l'été 17.

L'homme Balenciaga de l'été 2017


L'homme Balenciaga de l'été 2017

La mode voit grand. Marre d’être boudinée dans ses slims, sur les podiums, la silhouette s’élargit. Beaucoup. C’est simple, on ne va bientôt plus voir l’homme qui se cache derrière. Comme si, au milieu de ces étoffes, on voulait passer inaperçu. Avancer incognito dans ce monde incertain. Oui, sauf que le XXL par définition, ça se remarque. Beaucoup. En terme de volume, ça prend pas mal de place dans le champ visuel. Chez Dries Van Noten, Dior Homme, Lanvin ou Marni, les pantalons deviennent baggy. Un peu plus et on chanterait « Jump » des Kris Kross, groupe de rap du début des années 90, inventeur du port du jean à l’envers et du « sagging » (littéralement « affaissement ») qui consiste à mettre des pantalons si amples qu’ils laissent entrevoir l’élastique des sous-vêtements. Les manteaux sont démesurés (Ami, Strateas Carlucci, Kenzo) et parfois si longs ( Juun.J) qu’on risque de se prendre les pieds dedans. 1m75 s’abstenir. Bombers, pulls, chemises, cardigans, vestes, doudounes, écharpes… même les carreaux (Dior) et les rayures (Berluti, Andrea Pompilio) sont surdimensionnés. Overdose ?

 

Berluti, collection automne-hiver 2016-2017

Ère de la lose

Certaines maisons ont poussé la tendance jusqu’aux manches, elles aussi extra longues (Raf Simons, Margiela, Prada, MSGM). Pas très pratique pour attraper son portable ou tapoter sur son clavier d’ordinateur. En revanche, pour donner une baffe, c’est idéal. Oui, nous sommes dans l’ère de la lose. Mais faut-il avoir l’air d’un loser ? Alors, c’est vrai, on est tous égaux devant le XXL. Il n’y a plus de gros, de maigres, de bien foutus… Les différences s’estompent, chaque  morphologie est comme absorbée par le tissu. Doit-on pour autant ressembler à un bibendum épouvanté ou à un Kanye West qui dissimulerait son obésité ? Le culte du « trop grand » n’est pas nouveau. Il a commencé à bercer les rappeurs dans les années 80-90 puis, plus tard, les skateurs dont les vêtements extra-larges permettaient de dissimuler les protections. Mais les racines sont bien plus anciennes encore. Elles remontent aux années 40 et aux Zooties. Les « pachucos » (la jeunesse mexico-américaine) qui s’affirmaient par le « Zoot Suit » contre le racisme américain. Leur tenue ? Le costume des « blancs », en exagéré : veste longue à larges revers et épaules rembourrées oversize. Pantalon taille haute, ultra large lui aussi.

 

Zooties des années 40 aux États-Unis

Zazou des nineties

Un style qui résonne avec celui des Zazous en France, ces fans de swing qui, sous l’Occupation, n’hésitaient pas à exprimer leur anticonformisme. Le large comme signe contestataire. Mais eux portaient, avec leur longue veste surdimensionnée (souvent à carreaux), des pantalons étroits et très courts laissant apparaître des souliers aux semelles épaisses. En voyant l’homme à épaules larges de l’été 2017 du tant attendu Demna Gvasalia, nouveau directeur artistique de la maison Balenciaga, on ne peut s’empêcher de penser à ces jeunes décalés de la seconde Guerre.

 

Balenciaga, collection printemps-été 2017

 

Pantalon court sur veste « tailoring » façon armoires à glace. Un zazou né dans les années 90. Ici, la silhouette masculine est revue dans toutes ses proportions (et avec des talons). « La transformation par la coupe », explique la note d’intention du créateur. Très intéressant. C’est carré, ultra graphique. Mais, soyons honnête, importable. Sauf pour les branchés qui n’ont peur de rien. À voir ce que dira le verdict de la rue…

 

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Article parHélène Claudel
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