écrit le 25 octobre 2017
modifié le 25 octobre 2017

« Les pères sont vraiment entrés en profondeur dans le désir d’être père au plus près », Jean-Claude Kaufmann

Tendre et complexe à la fois, la relation père-fils n’a jamais été autant célébrée que ce soit au cinéma, dans la littérature, la publicité ou dans l’univers du luxe masculin. Un engouement qui traduit avant tout, la nouvelle façon qu’ont les hommes d’appréhender leur paternité.

« C’est fou : je te tiens par la main, ta petite tête blonde m’arrive à peine à la hanche. Ce tableau incroyable, j’ai l’impression de l’avoir rêvé mille fois. Quand j’imaginais avoir un garçon un jour, c’est cette scène que je voyais. Et normalement, la réalité s’empresse de nous prendre à contre-pied. Ce n’est jamais ce qu’on anticipait. Surtout pas ce cliché parfait : la grande main dans la petite main, la chère tête blonde… La réalité a oublié de me décevoir. »

Ce « cliché parfait » que décrit avec humour et émotion Didier Tronchet, dans son livre Ton père ce Héros, fascine comme une histoire sans cesse renouvelée. Et à chaque homme de réécrire un jour sa version personnelle. Un père avec son fils, c’est une aventure émotionnelle incroyable offrant la promesse d’une profonde complicité et de souvenirs à jamais gravés.

Super héros

Qui n’a jamais dit « Mon papa, c’est le plus fort » ? Si en grandissant, le petit garçon se rend bien compte qu’il n’est pas si fort ce père, il veut pendant longtemps l’imiter et lui ressembler. Ce grand bonhomme, c’est son modèle, son super héros.

En faisant l’avion, en lui apprenant à taper dans un ballon ou à faire ses lacets, le père montre au fils comment on devient homme et le fils montre au père que ce dernier est devenu un homme.

Ces jolis moments de partage et de transmission sont autant de preuves d’amour qu’un papa et son garçon s’offrent mutuellement, comme si les mots étaient remplacés par cette découverte du monde et le temps passé ensemble. Par le jeu. C’est en ça que le lien père-fils tient toute sa singularité mais aussi toute sa délicatesse. Dans cette relation d’hommes, « la pudeur et la fierté font souvent taire les sentiments », rappelle le sociologue Michel Fize, spécialiste des questions liées à la famille. Pour se dire « je t’aime », pour se parler, on construit un train, on va à la pêche ou on bricole ensemble.

Dans la littérature ou la photographie

Rien d’étonnant à ce que cette relation d’amour complexe, cette « tendresse silencieuse », inspire autant la création. Au cinéma, on ne compte plus les films qui la célèbrent et la décortiquent, avec, bien sûr, plus ou moins de finesse. Idem dans la littérature. Entre les lignes, la richesse et la puissance des sentiments père-fils se dessinent et peuvent parfois bouleverser. C’est le cas du roman de Michel Rostain, Le Fils, qui a obtenu le prix Goncourt du premier roman en 2011. Inspiré de sa propre histoire, l’auteur nous entraîne dans l’amour absolu d’un père pour un fils qu’il a perdu. Drôle, fin, précieux. Ou encore ce père, Yvon Roy, qui décrit en BD son incroyable combat contre l’autisme de son fils (Les Petites Victoires, éditions rue de Sèvres, 2017).

Grégoire Korganow

En photo aussi, cette relation est un grand sujet. Comme le montre le livre Père & Fils, Une histoire d’amour (2010) la plupart des grands photographes, de Robert Capa à Henri Cartier-Bresson, ont tenté d’explorer cette drôle d’intimité. Le photographe Grégoire Korganow en a même fait un thème de travail. De 2009 à 2014, il a capture la complicité père-fils en les réunissant torse nu devant son objectif. Des dizaines de clichés rassemblant les deux générations, tout âge confondu. L’émotion qui s’en dégage est immense. On voit la ressemblance, on sent la transmission de valeur, l’amour et la masculinité.

S’habiller comme papa

Des sentiments forts qui ont incité aussi certains grands noms du luxe à baser toute leur communication sur ce lien transgénérationnel. Parmi eux, Patek Philippe qui, depuis logntemps, fait de la montre le symbole de cet héritage. De l’apprentissage du nœud de cravate au rasage en passant par la lecture du journal, la manufacture horlogère a mis en scène tous les meilleurs moments qu’il existe entre un père et son fils. Nom des photographes : Peter Lindbergh, Peggy Sirota, Jean-Loup Sieff… Azarro aussi cultive cet imaginaire rêvé des hommes avec son parfum Chrome. Là, ce sont trois générations qui sont représentées : le fils, le père et le grand père.

Il y a 5 ans, le bottier Pierre Corthay avait fait vibré notre corde sensible avec une campagne où le petit garçon porte les chaussures de son père… Trop mignon. Le prêt-à-porter aussi surfent sur cette complicité touchante en développant des lignes junior calquées sur le modèle paternel pour un copier-coller en bonne et due forme.

Campagne de publicité Corthay 2012

Une nouvelle paternité

S’habiller comme papa, un jeu d’enfant ! Depuis longtemps aux USA, Brooks ou Ralph Lauren proposent ces collections for boy. En France, le concept est arrivé un peu plus tard. L’instigateur est sans doute, la marque tropézienne, Vilebrequin, qui, dès les années 90, propose des maillots de bain identiques pour les deux générations. Le slogan : « dans la famille, Vilebrequin, le père, le fils et la mer ».

Depuis quelques années, sous l’impulsion du succès de la mode mère-fille, ce sont désormais la plupart des maisons masculines qui font dans le mini-me. Une nouveauté qui traduit avant tout la nouvelle façon qu’ont les hommes d’appréhender leur paternité. Un changement, loin de la glorification du célibat de la fin du XXe siècle et du seul rôle d’autorité qui leur était attribué jadis. Aujourd’hui, « les pères sont vraiment entrés en profondeur dans le monde de la proximité complice, dans le désir d’être père au plus près », explique le sociologue Jean-Claude Kaufmann. L’homme aurait-il un instinct paternel ? En tout cas, il a un fils et réjouissons-nous qu’il soit, aujourd’hui, devenu sa bataille.

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Article par Hélène Claudel
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