écrit le 20 février 2016
modifié le 20 décembre 2017

Pierre Niney : « L’élégance me fascine car la définition est dure à donner »

Yves Saint Laurent, Frantz, L’Odyssée... Pierre Niney enchaîne les succès. A l'occasion de la sortie du film La Promesse de l'aube dans lequel l'acteur interprète Romain Gary, nous n'avons pas résisté à l'idée de partager avec vous un de nos entretiens. C'était il y a un an. Pierre nous parlait de style, d'élégance et de cinéma bien sûr.

Costume Dior Homme, montre Montblanc.

Tout réussit à Pierre Niney. Et ce n’est même pas agaçant car en plus d’être beau et talentueux, le comédien est aussi très sympa et drôle. Il suffit de revoir sa mini-série pour Canal Plus, Casting, pour constater son humour très quinzième degré… Et quand on dit « beau », ce n’est pas beau comme un Brad Pitt mais plutôt comme un Fred Astaire. Filiforme, androgyne, il est tout en grâce.

Besoin de liberté

Non, Pierre Niney n’a rien voir avec la vedette qui se la joue. Il pourrait pourtant. Né en 1989, après le parcours classique cours Florent-Conservatoire, il a été, à 21 ans, le plus jeune pensionnaire de la Comédie-Française. Ce qui ne l’empêchera pas de la quitter 4 ans plus tard. Besoin de liberté.

Son premier film en 2011, J’aime regarder les filles, lui vaut une première nomination aux Césars comme meilleur espoir. Idem pour son deuxième film Comme des frères. C’est à son quatrième grand film qu’il reçoit, à 25 ans, le César du meilleur acteur pour sa prestation dans Yves Saint Laurent, le biopic de Jalil Lespert.

Simplicité et décontraction

Pierre Niney ne perd pas de temps. Il est pressé à moins qu’il ne soit précoce. Il sait qu’il veut devenir comédien depuis ses six ans et ce spectacle de François Morel où l’humoriste s’était directement adressé à lui en mode « impro ». Il est depuis ce temps concentré sur son objectif. Aujourd’hui, il paraît aussi à l’aise sur les planches que dans une comédie romantique (20 ans d’écart), un thriller (L’Homme idéal) ou un film d’auteur. Frantz, le récent film de François Ozon où il incarne le mystérieux Adrien, s’est d’ailleurs retrouvé en lice pour représenter la France aux Oscars.

Tout semble facile pour Pierre Niney. Naturel. Même de troquer le costume trois-pièces d’Adrien pour le bonnet rouge du fils Cousteau dans L’Odyssée. Et toujours avec une simplicité, une décontraction, un style… qui font les grands comédiens. Il le prouve encore aujourd’hui dans La Promesse de l’aube où il interprète avec brio, aux côtés de Charlotte Gainsbourg, l’écrivain Romain Gary. À l’occasion d’un shooting de mode en 2016, Monsieur l’a rencontré. C’était même notre homme de l’année.

 


L’INTERVIEW

Avez-vous un “ vrai ” goût pour l’élégance ?
Je trouve que l’élégance en soi est quelque chose d’assez mystérieux parce qu’elle peut s’exprimer de manière très différente. C’est une façon d’être, évidemment une façon de s’habiller, un regard, un comportement… Je peux la trouver chez James Dean et chez Barak Obama, et pourtant, ça ne va pas être la même. L’élégance me fascine car la définition est dure à donner. C’est une question que je me suis beaucoup posée quand je préparais le rôle d’Yves Saint Laurent. L’idée de l’élégance chez la femme est au coeur de son travail et lui, avait un rapport assez intuitif et spontané à l’élégance.

Et vous ?
Comme il y a plusieurs définitions à l’élégance, j’aime mixer les choses : m’habiller de façon classique et simple, par exemple avec une belle veste bien coupée, et la marier à une paire de baskets. J’aime ce mix de cultures : quelque chose de très street avec une pièce beaucoup plus couture.

Votre premier souvenir d’élégance ?
Un personnage m’a marqué toute mon enfance et me marque encore aujourd’hui dans ma façon d’aborder les rôles, c’est Buster Keaton. Dans sa naïveté, dans sa « physicalité », dans le regard qu’il pose sur le monde, il y a une élégance extrême. Dans ses grands yeux marqués entre le clown et le désespoir, il y a une forme d’élégance. D’une manière générale, je trouve que dans le fait de faire rire les gens, il y a une grande forme d’élégance surtout lorsque c’est fait comme Charlie Chaplin, Buster Keaton ou Peter Sellers, c’est-à-dire avec poésie.

Dans le film Frantz, Adrien porte le trois-pièces, un costume qui revient beaucoup dans les collections. Ce style vous a plu ?
François Ozon accorde beaucoup d’importance au costume. Avec lui, on a pris le temps de faire des vêtements sur-mesure magnifiques créés par des gens qui ont un savoir-faire incroyable comme Patrick Lebreton (c’est lui qui a conçu aussi mes costumes sur Yves Saint Laurent).

Très vite, j’ai senti que le rôle commençait aussi avec le costume, que ça avait une réelle importance pour se mettre dans l’époque et puis aussi pour créer un personnage. Ce trois-pièces m’a aidé à construire le mystère et l’élégance d’Adrien, ce personnage très fragile mais en même temps qui a fait cet effort de traverser la frontière, d’aller en Allemagne alors qu’il vient d’y avoir la guerre.

De là à le porter dans la vraie vie ?
Je suis un grand fan de basket et particulièrement de la NBA. Et j’ai remarqué que dans la NBA, il y a une reconstitution du cérémonial de la mode : un grand couloir vous attend avant d’arriver au vestiaire. À chaque match, chaque joueur met un nouveau costard – ils ont des stylistes – et montre un peu la nouvelle pièce qu’il a trouvée. C’est comme un podium de défilé de mode. Et je remarque que la culture hip-hop, le rap et les basketteurs se sont réappropriés ce costume trois-pièces, parfois pour le pire et parfois pour le meilleur. Mais le fait qu’il revienne, je trouve ça assez cool l’idée d’exprimer sa personnalité aussi dans cette forme d’élégance-là. Je pourrais complètement le porter moi aussi.

Avez-vous une inspiration en matière de style ?
J’aime beaucoup Alex Turner, le chanteur des Arctic Monkeys. Il a un truc très magnétique à la fois rétro qui pourrait le rapprocher des Beatles mais beaucoup moins sage. C’est comme si la banlieue anglaise se serait mélangée à une certaine classe rock, ce mix me plaît beaucoup.

Vous êtes l’ami de la maison Montblanc. Êtes-vous un amateur de montres ?
Je les aime beaucoup mais je suis un collectionneur raisonnable. Je ne ferai pas un prêt comme certains de mes amis très proches pour avoir « la » montre… Je suis toujours impressionné par l’artisanat que représente une montre, par le savoir-faire qu’il y a derrière. J’ai eu l’occasion via Montblanc d’aller dans leur manufacture à Villeret et de rencontrer les gens qui fabriquent ces pièces. C’est une telle connaissance, à chaque fois, je suis fasciné. Mes vraies premières belles montres étaient d’ailleurs des Montblanc : une Timewalker, une Star Classic Automatic et une Héritage Calendrier Perpétuel.

On vous voit aux défilés Dior Homme. Vous êtes aussi l’ami de cette maison ?
Oui, et ça m’a toujours porté chance. à chaque fois que j’ai eu des grands événements notamment les Césars où j’ai eu la chance d’être récompensé comme meilleur acteur, je portais un smoking Dior. Et Dior, c’était la première maison de Yves Saint Laurent, c’est là qu’il a débuté, qu’on lui a donné sa chance. Surtout, j’aime la simplicité de la coupe de cette maison. Je crois beaucoup à la simplicité dans l’élégance. Je ne suis pas dans la sophistication extrême ou la dernière mode à tout prix.

De façon plus générale, quelle est votre tenue préférée ?
Chino, Clarks et tee-shirt.

Et celle que vous détestez ?
Pantacourt et chemisette.

Quelle est votre couleur fétiche ?
Le bleu.

Dites-nous tout : slip ou caleçon ?
Entre les deux : boxer !

La voiture de vos rêves ?
Celle de K 2000 (la série TV américaine des années 80 mettant en scène David Hasselhoff et sa voiture intelligente). Elle m’a fasciné enfant. Dans la vraie vie, je ne conduis que des deux roues. J’ai une Triumph Tucson.

Votre film culte ?
Difficile cette question… J’en ai beaucoup ! True Romance (de Tony Scott, 1993), 21 grammes (d’Alejandro González Iñárritu, 2003), Vertigo (d’Alfred Hitchcock, 1958).

Le son dans votre iPhone et votre livre de chevet ?
En ce moment, j’écoute Chopin et je lis l’Éducation européenne de Romain Gary, je viens de finir un tournage sur lui. C’est un film avec Charlotte Gainsbourg adapté de La Promesse de l’aube, donc sur la vie de l’auteur, son enfance, son rapport avec sa mère.

Votre repas idéal ?
Un cheeseburger maison.

Blonde ou Brune ?
Les deux.

À quoi êtes-vous fidèle ?
À l’éducation qu’on m’a donnée et que j’ai eu la chance d’avoir.

Le dîner de vos rêves ?
Avec Martin Scorsese. (Sans hésitation, N.d.l.r.)

Ce que vous aimeriez changer en vous ?
Le trop-plein d’anxiété.

Le vrai luxe ?
La capacité à être heureux hors du système.

Si vous avez aimé, partager
Propos recueillis par Hélène Claudel - Photos Thomas Lavelle - Stylisme Thu-Huyen Hoang
Dans la même
rubrique


Picasso, l’élégance de l’artiste

lire

Quand le pouvoir s’habille

lire

Dans l’intimité de Philippe Noiret

lire

Boutet de Monvel, reconnaissance d’un peintre mondain

lire

Avec un habit et une cravate blanche, tout le monde, même un agent de change, peut faire croire qu’il est civilisé

Oscar Wilde
vous aimerez aussi
Top


Commander Monsieur #128

abonnez-vous

Découvrez toutes nos offres

acheter le numéro

version papier, numérique ou les deux



Commander Montres #110

abonnez-vous

Découvrez toutes nos offres

acheter le numéro

version numérique