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écrit le 22 janvier 2019
modifié le 18 mars 2019

La Rolex Air-King

L’Air-King est connue comme la moins chère des Rolex. Pas la moins intéressante ni la plus simple. Loin de là. Avec une côte stable, un diamètre désormais considéré comme mixte, et tous les atouts d’une Oyster, la « petite » Rolex a tout d’une grande.

Conçue pour les pilotes d’avion, l’Air-King de Rolex est encore un peu en dehors des radars des collectionneurs. C’est pourtant une pièce très appréciée des acheteurs de montres vintage ou d’occasion. À y regarder de près, l’Air-King est en effet un concentré de Rolex. Loin des pièces à complications horlogères, elle est un pilier de la manufacture. Tout comme les chefs de cave en Champagne s’enorgueillissent toujours de pouvoir maintenir la qualité et la constance de leurs cuvées brut sans année, souvent plus difficiles à assembler avec régularité que de créer une année millésimée exceptionnelle ou flamboyante, les horlogers de Rolex sont légitimement fiers de leur montre-outil de référence.

Discrètes, les origines de l’Air-King ne manquent pas de noblesse. Elles s’enracinent dans l’histoire de l’aviation. Au tournant des années 30, piloter exige des qualités humaines particulières, l’instrumentation étant encore rudimentaire. La plupart des calculs et des opérations se font à la main ou de tête. La précision de la montre d’aviateur est alors capitale. Si les équipages allemands peuvent déjà compter sur leurs modèles Flieger réglementaires (voir notre enquête sur l’horlogerie allemande), les pilotes de la Royal Air Force n’ont pas encore de dotation standard. Beaucoup d’entre eux font confiance à leur Rolex Oyster « Bubble Back » personnelle.

La marque horlogère va comprendre cette attente et développer plusieurs modèles de montres dédiés à l’aviation, avec une gamme « Air » dénommée par les amateurs Air-Giant, Air-King, Air-Lion, Air-Tiger ou autres appellations non officielles. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les as de la RAF sont des héros. Leurs prouesses durant les semaines épiques de la bataille d’Angleterre, à l’été 1940, ont changé le cours de la guerre et décidé en partie du sort du monde.

Winston Churchill les célèbre en proclamant que « Jamais, dans l’histoire des guerres, un si grand nombre d’hommes n’ont dû autant à un si petit nombre ». C’est dans ce contexte que Hans Wilsdorf, fondateur de Rolex, décide à partir de 1945 de leur rendre un hommage particulier en créant la montre Air-King – avec une référence sibylline sans doute au souverain britannique – sous la forme de la référence 4925. Faite pour traverser les airs, elle traversera aussi le temps.

Adoptées par les pilotes de la Royal Air Force, les montres Rolex Oyster ont toujours été des instruments de précision. La gamme Air-King est liée à l’univers de l’aviation.

À partir de 1957, la référence 5500 va en fixer les canons esthétiques pour plus de trois décennies, avec diverses variantes. Parente discrète de l’Explorer, l’Air-King passera rapidement du statut d’instrument professionnel à celui de montre sportive et citadine. Élégante et sobre, elle trouve sa place en toutes circonstances. Parée des qualités attendues d’une Rolex – mouvement automatique, boîtier et bracelet en acier, précision, étanchéité, robustesse, … – elle est aussi un garde-temps idéal pour les loisirs sportifs. Son prix de vente attractif la rend séduisante. Elle est aperçue au poignet de personnalités en vue, comme l’acteur Burt Lancaster, lorsqu’il donne la réplique à Alain Delon dans le film Scorpio, en 1973, portant un modèle Air-King Super Precision en acier équipé d’un bracelet de cuir.

Un choix partagé aujourd’hui par l’acteur Ryan Gosling qui arbore fréquemment une pièce vintage équivalente. Quasi inchangée durant des années, ou presque, elle trouve une deuxième jeunesse en 2007. Pour fêter son demi-siècle, Rolex lui offre des proportions au goût du jour, avec un boîtier plus fin, sous la référence 114200, et équipée d’un mouvement automatique, le calibre 3130, certifié COSC. En 2013, la mention Air-King disparaît du cadran et devient officiellement Oyster Perputal 34, en service actif jusqu’à la relève présentée en 2016 avec les actuelles références 116900. L’histoire continue et permet aujourd’hui de se poser la question de la place en collection de l’Air-King.

Verdict ?

Les esthètes ou les fondus de Rolex la regardent comme une cousine de province de leur Cosmograph Daytona ou de leur Submariner. Elle est parfois considérée comme une entrée de gamme. L’Oyster Perpetual Air-King a pourtant toutes les qualités de ses soeurs et figure aujourd’hui, alors que les prix des montres anciennes et de collections marquées de la couronne s’envolent, parfois de façon irrationnelle, en bonne place comme une excellente introduction à l’univers de la marque. D’autant qu’elle ne renie en rien ses origines et porte fièrement les marquages statutaires de la manufacture genevoise.

Il est intéressant de noter que la manufacture Rolex a toujours mis en avant cette pièce, présente depuis les années 50 dans ses collections permanentes, sans jamais la désavouer, ni la maltraiter. Loin de là même, puisque la nouvelle déclinaison a été pensée, conçue et réalisée aux meilleurs standards Rolex, avec la certification de Chronomètre superlatif et les dernières innovations techniques brevetées par Rolex.

Les cinéphiles se souviennent de la montre Air-King de Burt Lancaster, portée avec un bracelet de cuir, dans le film Scorpio en 1973. / Amateur d’horlogerie attentif à son style, Ryan Gosling apprécie la discrétion chic de son Air-King, même en tenue de soirée.

Un gage de confiance supplémentaire. Intéressante techniquement, l’Air-King l’est aussi en termes d’achat, puisque la fourchette moyenne est entre 3 000 et 5 000 e aujourd’hui. Si elle n’a pas marqué l’histoire mondiale au poignet d’un grand homme, elle offre le plaisir de porter une Rolex emblématique à de nombreux amateurs et amatrices. Car, pour les références vintage, avec leur élégant diamètre mesuré de 34 mm – idéal aux yeux des esthètes comme des jeunes dandys voulant profiter du retour en grâce des « petites tailles » – elles épousent aussi la mode des montres masculines portées par les femmes.

C’est donc une montre à envisager avec intérêt. Si elle n’est pas aujourd’hui considérée comme une pièce spéculative, car sa cote globale, tous modèles confondus y compris les plus spéciaux, est très stable et que les experts ne notent pas pour l’heure d’envolées notables. De quoi aussi se lancer, pourquoi pas, dans une collection des diverses versions. L’Air-King est donc une montre offrant un excellent rapport qualité/plaisir. La vraie plus-value, sans doute, pour les amoureux de la marque.


COMMENT LES RECONNAITRE ?

LA GENÈSE

Réf. 4365

La première Air-King présentée par Rolex en 1945 est la référence 4365. Elle en porte expressément la mention, juste sous la marque surmontée de l’emblème de la couronne, en haut du cadran. Cette pièce complète une gamme « Air » assez variée, avec les Air-Lion, Air Giant, Air-Tiger. Équipée d’un mouvement mécanique à remontage manuel, cette montre ronde, de type Oyster, sur bracelet en cuir, affichait sur son cadran tous les chiffres des heures, sauf le 6, remplacé par un cadran indicateur de petite seconde, surmonté de l’inscription Précision. Bien qu’assez rare à trouver, cette pièce n’est pas estimée à plus de 5 000 €.

LES RARETÉS

Parallèlement, et même si elles n’en portent pas le nom, les montres référence 4925, avec seconde centrale, peuvent être considérées comme la genèse des modèles Air-King ultérieurs. Quasiment introuvable, cette montre est estimée au-delà du million d’euros aujourd’hui.

Réf. 6552

NOMS ET SURNOMS

Il est à noter que lors de la commercialisation de l’Air-King, cette montre a été vendue sous plusieurs noms, selon les époques ou les marchés, avec les dénominations publicitaires Metropolitan, Explorer ou encore Everest. Certains modèles proposent des variantes, comme la référence 6552 de 1953, dont le cadran porte la mention Air-King, dans une typographie façon manuscrite, placée en dessous des mentions « Rolex » et « Oyster Perpetual », donc en troisième ligne.

LA RÉFÉRENCE

La version de référence qui fonde la lignée des Air-King jusqu’à l’époque contemporaine est la référence 5500, lancée par Rolex en 1957. Elle est visuellement proche de la référence 6552.

Réf. 14010

LES PREMIÈRES DÉCLINAISONS

Plusieurs déclinaisons ont été proposées de la référence 5500.
La référence 5501 était en or et acier avec lunette cannelée.
La référence 5502 en or jaune, cadran acier et lunette lisse.
La référence 5504 en acier avec la lunette lisse ou la référence 5506, en or jaune ou en or rose, avec un cadran acier et une lunette lisse.

MOUVEMENT AUTOMATIQUE

Les références 5502 et 5506 sont équipées du mouvement automatique calibre 1530, qu’elles partagent notamment avec les Submariner références 5512 et 5513.

Réf. 114200

LES VARIANTES

Les connaisseurs noteront que les cadrans des références 5501, 5502, 5504 et 5506, peuvent comporter l’inscription « Explorer » ou « Everest », en plus de la mention « Air-King ». Ces références étaient équipées des mouvements automatiques calibres 1520 ou 1530. Certaines versions ont été équipées, avant 1990 du calibre 1570. La version la plus rare et la plus cotée est aujourd’hui la référence 5504 à cadran laqué noir marqué « Explorer », avec des valeurs dépassant 10 000 €.

FIN DU PLEXI

En 1989, le verre plexi est remplacé par une glace saphir.

CALIBRE 3000

Réf.114234

Entre 1991 et 2000, l’Air-King est commercialisée sous les références 14000, à lunette lisse, et 14010, à lunette guillochée fin et index en relief. Elles sont équipées du mouvement automatique calibre 3000, apparu en 1977, qu’elles partagent avec les Explorer et les Submariner. Les numéros de référence sont gravés à l’intérieur du fond de la boîte. Le diamètre est de 34 mm et les montres sont montées sur un bracelet Oyster, référence 78350.

SÉCURISATION

À partir de 2001, elles sont remplacées par les références 14000M et 14010M, équipées du mouvement automatique calibre 3130. Les numéros de série sont toujours gravés au fond de la boîte mais un code à 4 chiffres s’y ajoute.

CERTIFIÉE COSC

À partir de 2007, l’Air-King devient officiellement certifiée par le COSC, sous l’appellation Oyster Perpetual Air-King. Elles portent les références 114200, 114210 en acier avec lunette guillochée fin et index en relief. La référence 114234 est en acier avec lunette cannelée en or gris. Elles sont motorisées par le mouvement automatique calibre 3130, certifié chronomètre par le COSC. Le diamètre est toujours de 34 mm. Le bracelet est de type Oyster, référence 70190.


LES CADRANS ET MARQUAGES SPÉCIAUX

Sur commande spéciale, Rolex a réalisé autrefois de petites séries de montre Oyster Air-King personnalisées aux armes de certains royaumes, aux insignes de certaines armées, d’escadrons d’armées de l’air ou d’escadrilles de chasse, parfois de grandes marques ou compagnies. Les plus connues sont celles arborant les logos Global Petroleum, Domino’s Pizza, Winn, Dixie ou Coca-Cola, à la place de l’inscription « Precision » ou « Rolex Precision ».

Ces montres étaient le plus souvent offertes aux meilleurs vendeurs, aux « employés du mois » de ces compagnies, ou lors de départs à la retraite de certains cadres. Parmi les pièces les plus rares, on note la rare référence 5500 « Sigle », avec le logo « CTI » (pour Commerce Transfer International) de 1970. Autre rareté, la version « Domino’s Pizza » de 2005, référence 14000M, sur laquelle le logo est gravé sur le bracelet, et non marqué sur le cadran.

Ces modèles sont essentiellement en acier mais il en existe quelques exemplaires en or blanc 14 carats. Ils sont alors à lunette lisse et sont équipés du bracelet en acier de type « Flush-fit », référence 6635. La cote de ces pièces est globalement équivalente à celle des montres standard, à l’exception de certains marquages militaires dont les prix peuvent être doublés, entre 6 000 et 15 000 €.

1 -L’un des cadrans spéciaux les plus connus : la version Domino’s Pizza / 2 – Le cadran siglé Global Petroleum d’une Air-King 5500 / 3 -Une Air-King aux armes du royaume saoudien / 4 – Rare, la version Domino’s Pizza avec le logo sur le bracelet


L’AVIS DU MARCHAND

INÈS HAMDI [MMC – Montres Modernes et de Collections]

« Ce classique discret mais terriblement efficace est l’entrée de gamme de Rolex. Aujourd’hui, l’Air-King est une pièce recherchée que l’on vend très bien, car si elle séduit par son prix « attractif » et sa facilité d’utilisation, on retrouve en elle tous les attributs qui font la force de la marque : robustesse, élégance et précision. C’est une montre techniquement accessible, même pour ceux qui n’ont aucune attirance pour l’aspect mécanique. Car désormais l’univers de la montre s’est étendu à un très large panel d’amateurs, les femmes notamment s’y intéressent.

Si elles ne peuvent s’approprier la montre de leur conjoint, elles choisissent néanmoins des pièces sportives, tout-terrain plutôt qu’habillées et surtout automatiques : elles ont délaissé le quartz, mais n’entendent pas passer quotidiennement plusieurs minutes à remonter leur garde-temps. Les versions plus anciennes, elles, seraient plutôt pour un public amateur de vintage. Je ne citerais donc pas la Air-King comme une pièce de « collection » à proprement dit, car contrairement aux modèles dits « professionnels » (Daytona, Submariner, Sea- Dweller) cette dernière ne prend pas vraiment de valeur lorsqu’elle est considérée comme vintage, hors cadrans spéciaux bien évidemment.

Elle est souvent achetée dans un contexte festif ou affectif : c’est le beau cadeau que l’on offre à la majorité, pour l’obtention d’un diplôme ou encore pour un anniversaire ou une naissance. J’ai beaucoup d’affection pour cette pièce que j’ai moi-même reçue comme première montre de la part de mon père. Elle m’a accompagné jusqu’à ce que l’univers fascinant de l’horlogerie devienne mon métier et ma passion. »

L’AVIS DU COMMISSAIRE-PRISEUR

VINCENT PESTEL-DEBORD

« L’Air-King échappe à la mythologie Rolex. Nul Air-King pour l’Everest, les vols transcontinentaux ou pour une balade accrochée à un sous-marin. Cependant, si l’on fouille dans l’histoire de la marque, il est indéniable que l’Air-King possède une très prestigieuse origine car Hans Wilsdorf l’a créée en hommage aux pilotes de la RAF. Les modèles ultérieurs, notamment la 5500 (qui vivra 37 ans) n’ont pas à rougir face à une Explorer, qui est un hommage postérieur à la conquête de l’Everest (NDLR : au moment de la conquête du sommet, la montre portée par les alpinistes était bien une Rolex Oyster ; modèle ensuite dénommé Explorer).

C’est évidemment une pièce à collectionner et une formidable porte d’entrée dans l’univers Rolex, avec certaines pièces très abordables, à partir de 1 500 €, et des versions rares. En ce qui concerne les éditions spécifiques, s’agissant de commandes d’entreprises, certes la rareté peut influencer le prix. Mais veut-on porter au poignet la montre du meilleur vendeur de pizza du mois ? Pour certains, c’est une forme de snobisme qui entretient la cote, laquelle reste globalement très stable. »


L’AIR-KING CONTEMPORAINE

L’Air-King est évidemment toujours présente au catalogue Rolex. Actualisée et modernisée, la version actuelle est celle révélée à Baselworld en 2016 sous l’appellation Oyster Perpetual Air‑King référence 116900. En acier inoxydable Oystersteel, elle mesure désormais 40 mm de diamètre. Son cadran est noir satiné avec de grands repères 3, 6 et 9 pour les heures et une échelle des minutes au premier plan pour la lecture des temps de navigation.

La teinte spécifique a été choisie pour ressembler aux compteurs de vitesse et au chronographe développés et fabriqués sur mesure par Rolex en 2016 pour le tableau de bord du véhicule supersonique Bloodhound SSC, propulsé par un réacteur et un moteur-fusée. Le cadran de la montre arbore le nom « Air‑King » écrit dans la typographie spécifique, créée dans les années 1950. L’Air-King actuelle est équipée du calibre 3131, un mouvement mécanique à remontage automatique entièrement développé et manufacturé par Rolex. Il bénéficie de la certification Chronomètre superlatif, redéfinie par Rolex en 2015. Le calibre 3131, que l’Air-King partage avec la Milgauss, dispose d’un module de remontage automatique par rotor Perpetual.

Sa réserve de marche est d’environ 48 heures. L’échappement est muni d’une roue d’ancre paramagnétique réalisée dans un alliage de nickel-phosphore par UV-LIGA (microfabrication par électroformage). Son oscillateur comprend un spiral Parachrom bleu breveté et fabriqué par Rolex dans un alliage exclusif. Insensible aux champs magnétiques, ce spiral présente une grande stabilité face aux variations de température et reste jusqu’à 10 fois plus précis qu’un spiral traditionnel en cas de chocs. Il est muni d’une courbe Rolex garantissant sa régularité dans toutes les positions.

Enfin, la montre est équipée du bracelet de type Oyster, à maillons massifs, en acier Oystersteel. Le fermoir est du type Oysterclasp à boucle déployante. Ce bracelet dispose de la maille de rallonge rapide Easylink, breveté par Rolex, permettant d’ajuster la longueur d’environ 5 mm.

Rolex Air‑King référence 116900

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Article parFrédéric Brun
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