écrit le 13 mai 2020
modifié le 31 juillet 2020

Les sneakers : le nouvel « objet d’art » sur lequel investir ?

Dans un monde dominé par le streetwear, la basket à la cote. Les spéculations sur ses éditions limitées explosent, la rendant parfois aussi prisée qu’une œuvre d’art.    

Pas encore sortie, la Air Dior, déjà estimée à plus de 90 000 €.


Pas encore sortie, la Air Dior, déjà estimée à plus de 90 000 €.

Il y a quelques semaines, Tony M, 25 ans, Social Media manager, a participé à une « raffle ». Un tirage au sort via l’application de la boutique Sneakersnstuff lui donnant « le droit » d’acheter un modèle prisé, les Nike LD Waffle Sacai, émanant de la collaboration avec la maison de couture japonaise de la très branchée Chitose Abe. Prix d’achat : 160 €. Tony les revendra, via le site StockX, 570 €. Il a plus que triplé sa mise. 

Un business plus légal que celui de l’herbe

« C’est un business accessible, explique le jeune homme. Tout le monde a sa chance. C’est un bon moyen de se faire de l’argent de poche ». Comme lui, de nombreux millennials et enfants de la génération Z s’adonnent à ce « trafic » beaucoup plus facile qu’un petit boulot et plus légal que celui de l’herbe. Mais ils ne sont pas les seuls.

Les chasseurs de sneakers prêts à camper devant une boutique pour ne pas manquer une édition spéciale sont de plus en plus nombreux. Tous animés de l’obsession du collectionneur en quête de la perle rare mais aussi, pour beaucoup d’autres désormais, d’un vif intérêt pour la spéculation.

Un système de loterie
Il suffit de jeter un coup d’œil sur la plateforme de revente StockX qui fonctionne comme une place boursière. Certaines sneakers y ont une cote qui explose. La NMD Human Race, l’Adidas de Pharrell William et Chanel, limitée à 500 exemplaires, s’écoule aujourd’hui à plus de 9 000 €. Les Nike Air Mag Back To The Future de 2016 (la réédition du modèle porté par Marty McFly dans le deuxième volet de Retour vers le futur), limitée à 89 exemplaires, se vendent à 27 659 € !

Quant aux récentes Air Dior, les estimations StockX sont hallucinantes : 91 421 € ! C’est à se demander si le site fonctionne correctement. Un système de loterie devait être mis en place pour « avoir le droit » de les acheter mais le Covid-19 est passé par là et le lancement a été repoussé. Ce qui a sans doute fait grimper un peu plus le prix.

Des modèles iconiques

Les sneakers seraient-elles devenues le nouveau produit de placement sur lequel investir ? En 2018, elles représentaient 52 % du chiffre d’affaires du marché de la chaussure soit 80 milliards d’euros. Si elles sont devenues un phénomène planétaire traduisant une forme de globalisation des modes dans le monde, certains modèles restent iconiques – Converse All Star, Air Jordan, Stan Smith, Adidas Super Star, Yeezy.

Alors quand viennent s’y apposer des grands noms de la mode (Virgil Abloh, Anna Wintour, Dior, Chanel, etc.), de la musique (Kanye West, Pharrell Williams, Rihanna, etc.) ou de l’art contemporain (Takashi Murakami, Damien Hirst, etc), la basket devient un objet d’exception prisé autant par les « sneakerheads », – le terme pour designer les « addicts » –, que par ces investisseurs d’un nouveau type.

La basket s’expose au musée

« Ces chaussures, c’est une porte d’entrée vers l’art contemporain, assure Derek Morrison, le directeur Europe de StockX. Qu’est-ce que 1 000 € par rapport aux prix d’une toile. » Après le Mudac de Lausanne, c’est au tour du musée des Arts décoratifs de Bordeaux d’accueillir, le 18 juin, une exposition sur la basket « Playground ». Le design des sneakers répond à cette question : « Comment une simple chaussure de sport s’est-elle imposée comme un véritable accessoire de mode, voire une œuvre d’art ? » 

Constance Rubini, la commissaire de l’exposition, pensait qu’avec cet objet de grande consommation, l’organisation de l’événement serait plus souple. Pas du tout ! « Les collectionneurs demandent des conditions d’expositions strictes, tant au niveau de la sécurité que de la lumière mais aussi des assurances et des transports, explique-t-elle. J’ai compris qu’il s’agissait d’un objet de luxe, d’un objet d’art, même. » Alors, désormais, on bichonne ses sneakers. Qui sait, demain peut-être, valeront-elles de l’or ?


TOP 3 DES SNEAKERS LES PLUS CHÈRES

1 – NIKE AIR MAG BACK TO THE FUTURE BTTF (2016) : 27 659€

La plus chère des baskets à la revente (après peut-être désormais la Air Dior). En juillet, elle aura 35 ans.

©Stock X

2 – NIKE DUNK SB LOW PARIS : 18 380€

Sortie à l’occasion de l’événement artistique White Dunk : Evolution of an Icon à Paris, cette édition est rare car limitée à 200 paires.

©Stock X

3 – JORDAN 4 RETRO EMINEM ENCORE (2017) : 13 784€

Jordan Brand s’associe à Eminem et Carhartt pour une collaboration exclusive réalisée pour célébrer le 15e anniversaire de l’album The Marshall Mathers LP.

©Stock X

(Source : StockX / Avril 2020)

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Article par Hélène Claudel
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