écrit le 1 septembre 2016
modifié le 1 décembre 2017

Comment Massimo et Lorenzo réinventent la grande mesure

Massimo et Lorenzo imposent une vision novatrice du tailoring de par leur créativité et leur dynamisme à l’international. Forts de leur renommée, ils s’attaquent désormais au monde fashion avec une ligne de prêt-à-porter qui défile à milan.

Coïncidence. « Dans l’avion, en venant, j’ai rêvé d’un boiler suit* comme ceux que portaient Churchill », raconte Alexander Kraft en voyant celui en cours de travail que nous montrait Lorenzo Cifonelli. Le président de Sotheby’s International Realty France-Monaco vient tout juste d’arriver dans le salon feutré des deux cousins tailleurs, rue Marbeuf. « Ma maison », confie-t-il tendrement.

« Ça se passe comme ça, aussi simplement. Je vois leur projet, souvent par hasard. Et s’il m’inspire ; Lorenzo et Massimo l’adaptent à mon mode de vie. »

De client, l’homme d’affaires qui aime se mettre en scène, est devenu l’ambassadeur de la maison. Ensemble, ils créent des pièces – « s’amusent » surtout, aussi – et partagent cette passion pour l’étoffe et le style.

« Powerfull Suit »

Alexander leur confie ses besoins de businessman d’aujourd’hui toujours à courir entre deux avions. Les Cifonelli les concrétisent du bout de leurs ciseaux. Si la patte maison est reconnaissable entre mille – la fameuse épaule tombante, la petite poitrine, le croisé large, l’esprit « powerfull suit » –, ici, on aime expérimenter. Et on ne lésine pas sur les essayages. « Il y en a eu jusqu’à 10 pour que Lorenzo soit satisfait du gilet croisé qu’il avait imaginé pour moi », raconte encore le pdg berlinois.

Règle n°1 : ne jamais livrer une pièce, si les maîtres des lieux n’en n’ont pas entière satisfaction. On est très loin de la fast fashion. Au 31 rue Marbeuf, on prend son temps (80 heures minimum pour la confection d’un costume). Tout est fait à la main, sur place, par une quarantaine d’artisans. Un tel atelier en plein cœur de Paris est unique, surtout dans un monde qui tourne aussi vite que les modes passent.

Force créative

De la grande mesure avec un grand G donc. Mais de la grande mesure qui sait se renouveler et se conjuguer à l’air du temps, aux évolutions de la silhouette masculine, qui les précèderait même. Lorenzo et Massimo, la 4e génération des Cifonelli, auraient pu se contenter de perpétuer le savoir-faire familial acquis dès 1880 à Rome. De peaufiner l’excellence de leur technique qui réunit le meilleur des 3 mondes : style italien, coupe anglaise, finitions françaises. Mais c’était mal connaître ces enfants de la balle autant attachés à la tradition qu’à la création au sens mode du terme.

Ainsi, chaque saison, en perpétuelle recherche, le tandem imagine de nouvelles vestes sport aux coupes modernes et confortables. Chacune est une démonstration d’infinies possibilités. La Vintage avec ses empiècements de cuirs, la Cortina et son col cheminée, la Gatsby, une 1 bouton ultra élégante avec des revers en pointe, la Travel et ses 14 poches, la Qilian en laine de Yack vert pomme, la Sinclair ultra cool en jersey… Des pièces originales dont le travail de couture – du grand art – fait aussi la part belle aux matières.

Dans un château en Bavière

« Sans le bon tissu, on n’est rien », rappelle Lorenzo pragmatique. Parmi les plus grands tisseurs, la maison collabore d’ailleurs étroitement avec le drapier italien (tricentenaire !) Vitale Barberis Canonico.

Un échange harmonieux entre les deux familles aboutit même parfois sur des tissus exclusifs comme ce super 200’s ultra fin (impressionnant) ou encore cette rayure tennis aux couleurs du drapeau italien (amusant). Aux Cifonelli ensuite de faire vivre l’étoffe. Là encore, ils testent, essaient, voient comment le tissu réagit et inventent.

Ce qui les inspire ? « Les clients, répond du tac au tac Lorenzo, et les voyages ». Car l’autre caractéristique qui distingue les deux cousins des autres grands tailleurs est sans conteste leur dynamisme sur la scène internationale. Hors de question d’attendre les clients à Paris. Les Cifonelli voient grand et vont partout où ces derniers se trouvent. Dans un château en Bavière, au fin fond du Kentucky ou dans un palais au Maroc pour les plus fortunés. Pour les autres clients étrangers disons « plus normaux » que des comtes, princes ou milliardaires, face à la forte demande, la maison organise plusieurs fois par an des « trunk-show ». New York, Moscou, Londres, Tokyo, Genève…

Dynamisme international

Depuis plus de 20 ans, Lorenzo parcourt le globe avec son mètre et ses liasses de tissus. Il reçoit dans des grands hôtels ou dans des clubs de gentlemen comme le Mark’s à Mayfair. Mais à Tokyo ou Osaka, ce sera dans les départements store Isetan et Mitsukoshi. Il y a 6 mois, le tailleur a planté ses aiguilles un peu plus en Asie : Singapour-Honk-Kong-Pékin en une semaine. « Alors qu’en Angleterre, les clients gardent secret le nom de leur tailleur de peur qu’on le leur pique, en Chine, c’est tout le contraire, explique Lorenzo amusé. Les Chinois viennent avec leurs amis ».

En 3 jours, 15 nouveaux clients ! Ajouté à la dizaine de fidèles, la conquête commence bien. À New York, le meilleur marché après la France, la maison en compte une cinquantaine. En sachant qu’il faut 3 essayages pour chaque pièce, on n’imagine pas le travail ni le nombre d’aller-retour.

Modeste, les Cifonelli expliquent leur succès d’abord par l’engouement actuel et généralisé pour l’authenticité et le bespoke. Le retour aux valeurs sûres.

« C’est une tendance de fond. Les gens dans le monde veulent de vrais produits et de vraies maisons. Ils en ont marre de se faire avoir. »

Ça tombe bien, ils ont un « vrai » savoir-faire et une « vraie » vision créatrice.« Le prix (vrai aussi, 6 000 € pour un costume environ, NDLR) est dans notre produit, dans sa qualité intrinsèque et le temps qu’on y a passé. Nous faisons très peu de com », insiste Lorenzo.

Complémentarité sans faille

Surtout, cette réussite, les deux cousins sont conscients qu’ils la doivent avant tout à leur duo. Lorenzo et Massimo, une complémentarité sans faille. Quand le premier est en voyage et déploie « la marque », le second tient la barre et maintient le cap à Paris. Au niveau technique aussi, ce sont deux regards. Rue Marbeuf, ils assistent ensemble à tous les essayages. Pas de clients attitrés. Coupeur l’un et l’autre, assis l’un en face de l’autre, ils solutionnent tout à deux. Une force.

En 2014, ils ont voulu aller plus loin et profiter de leur renommée en lançant leur ligne de prêt-à-porter. Une façon d’étendre leur spectre au-delà des initiés. C’est à John Vizzone qu’ils ont confié la direction artistique. L’ancien designer des lignes Black et Purple Label chez Ralph Lauren connaît bien la maison. Il en était client depuis de nombreuses années.
Et puis « on apporte toujours l’aspect technique », précise quand même Lorenzo. Fabrication à Naples 50 % à la main. Du prêt-à-porter très proche du bespoke (on ne se refait pas). Un flag ship de 140 m2 a été ouvert rue du faubourg Saint-Honoré pour accueillir les collections. Pour la première fois, celle de l’été 2017 a défilé à Milan en juin dernier aux côtés des plus grands noms.

Savoir garder les secrets

Mais les Cifonelli n’ont pas besoin de ça pour briller. Des grands noms, ils pourraient se vanter d’en avoir habiller un sacré nombre : Lino Ventura, Marcello Mastroianni, Fred Astaire, Cary Grant, François Mitterrand… Et d’en habiller encore. Mais, ils ne le font pas. C’est aussi à cela qu’on reconnaît une grande maison : savoir garder les secrets. Sauf lorsque la presse people s’en empare. Kanye West en essayage chez Cifonelli. La rue Marbeuf bondée de paparazzi. Ce n’est pas la première fois. Et c’est loin d’être la dernière. Des présidents aux rappeurs, de François Mitterrand à Kanye West, avouons que la palette des deux tailleurs est large et leur talent, « vrai ».

 

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Article par Hélène Claudel
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