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écrit le 28 juin 2017
modifié le 8 janvier 2019

Yacht, caprice de milliardaires

Incarnation du luxe absolu, les yachts sont le reflet des folles ambitions des grandes fortunes de ce monde, démesurés, dotés d’un confort inimaginable, uniques et disposant de tous les « jouets » pour le seul plaisir de leurs passagers

Jusqu’en 2010, le plus grand yacht du monde était Dubai, mesurant 162 m et propriété du Sheikh Mohammed ben Rashid Al Maktoum. Roman Abramovitch ne l’entendait pas ainsi et commanda, au chantier allemand Blohm + Voss, Eclipse qui allait mesurer très exactement… 50 cm de plus que Dubai. On peut y voir là le caprice d’un milliardaire teinté d’enfantillage. Mais Eclipse s’impose, d’abord par sa ligne d’une étonnante élégance, mais surtout parce qu’il incarne le luxe absolu avec la part de rêve que cela peut susciter chez chacun d’entre nous. Une piscine de 16 m pouvant se transformer en dance floor, 2 hélipads et pas moins de 92 membres d’équipage, tout est à la taille disproportionnée du géant. Le bateau a été mis au charter de manière assez confidentielle pour des clients très privilégiés. On parle d’un tarif avoisinant le million d’euros la semaine… Roman Abramovitch n’en est pas à son coup d’essai. Avant Eclipse, il venait de se faire livrer Luna, le plus grand yacht de type explorer du monde avec 115 m.

Des fortunes colossales

Et il possède toujours Sussurro, de taille plus modeste certes, avec 50 m, mais l’un des superyachts les plus rapides du monde, capable de naviguer à 46 noeuds. L’année dernière, le milliardaire russe s’est séparé de Pelorus (115 m). Il a également eu entre ses mains Ecstasea (86 m) construit par Feadship, le chantier considéré comme le meilleur au monde dans son domaine, ainsi que Le Grand Bleu (113 m) qu’il aurait offert à son ami et associé Eugene Shvidler… Faire construire un superyacht dans un chantier réputé nécessite une fortune personnelle colossale. Difficile de connaître les prix de ces palaces flottants, la confidentialité étant la règle d’or pour ces clients hors normes. On estime le coût de la construction d’Eclipse, qui a duré 5 ans, entre 400 et 600 millions d’euros. Larry Ellison, lui, a dû débourser entre 100 et 160 millions d’euros pour se payer son dernier jouet, Musashi, un Feadship de 88 m. Le fondateur d’Oracle Corporation et actuel détenteur de la Coupe de l’America est un autre propriétaire averti de superyachts dont il possède ou a possédé plusieurs modèles : Rising Sun (138 m), aujourd’hui propriété du producteur David Geffen, Enigma (74,50 m) et Ronin (58,50 m), ainsi que deux voiliers de 56 m, Asahi et Zenji. Autre figure dans ce petit monde d’armateurs d’exception, Paul Allen, le cofondateur de Microsoft est lui en train de mettre en vente une partie de sa flotte : Tatoosh (92 m) pour la bagatelle de quelques 125 millions de dollars et Meduse (60 m) pour 34,5 millions de dollars. En revanche, il garde Octopus, un yacht de 126 m particulièrement impressionnant, construit par Lürssen en 2003, et disposant d’une panoplie de « jouets nautiques » des plus complètes avec deux hélicoptères qui trouvent leur place dans un garage, une navette rapide, un sous-marin pouvant accueillir une vingtaine de personnes, et même un submersible télécommandé de type ROV, capable d’atteindre les profondeurs les plus extrêmes. C’est aussi par l’originalité de ces engins embarqués que se distinguent les propriétaires de yachts. L’un des pionniers du genre, Gianni Agnelli, l’ancien patron de Fiat, commanda au milieu des années 80, un yacht d’expédition de 46 m, Margaux Rose, aujourd’hui appelé Shandor, en spécifiant que le pont avant du bateau devait être dédié à l’accueil d’une petite… montgolfière. Le propriétaire belge d’Exuma, un yacht de 50 m parti pour un tour du monde, a lui opté, entre autres, pour une étonnante jeep amphibie. De son côté, Tom Perkins, homme d’affaires américain multimillionnaire, a commandé il y a quelques années un voilier de 88 m au gréement révolutionnaire, inspiré des voiles carrées d’antan, le Maltese Falcon. Il avait à son bord un petit sousmarin deux places, sorte de vaisseaux des profondeurs, le DeepFlight Super Falcon, dont il ne voulut pas se séparer lorsqu’il revendit son voilier. Il fit alors l’acquisition de Dr No, un yacht de 37 m qu’il réaménagea spécialement pour pouvoir accueillir son sous-marin.

Ces jouets nautiques sont parfois si nombreux et prennent tant de place que les propriétaires en viennent à acquérir une autre unité, appelée « Support Vessel » ou « Shadow Yacht », adaptée pour recevoir toute cette petite armada et souvent dotée d’un hélipad. Golden Odyssey, un yacht de 80 m, propriété du prince Khalid bin Sultan d’Arabie Saoudite, est, par exemple, toujours suivi par Golden Shadow de 67 m pour embarquer ses tenders et autres engins divers, dont un petit hydravion. Cette flotte, qui est amarrée dans le port de Nice, est complétée par Golden Osprey, un fishing de haute mer de 30 m, pour former ce qui est devenue la « Golden Fleet ».

On estime le coût de la construction du plus grand yacht du monde Eclipse, qui a duré 5 ans, entre 400 et 600 millions d’euros.

Un escort yacht de 136 mètres

Certains de ces bateaux escorteurs sont de véritables yachts en eux-mêmes avec tout le confort que cela implique. Le plus grand d’entre eux, Fulk Al Salamah, accompagne Al Said, 3e plus grand yacht du monde avec 155 m, propriété du sultan d’Oman, et mesure de son côté quelque 136 m… Il arrive aussi que certains propriétaires se lassent. L’Américain James H Clark, fondateur de Netscape Communication vient de déclarer au magazine Forbes, qu’après 28 années à posséder des yachts et deux tours du monde, il en avait assez et voulait désormais consacrer son temps à sa famille. Il vient de mettre en vente ses deux bateaux, Athena, un trois mâts de 90 m, 4e voilier le plus grand du monde, et Hanuman, le superbe classe J de 42,10 m, construit en 2009, réplique du célèbre Endeavour II. Mises à prix respectives : 95 millions et 18 millions de dollars ! D’autres armateurs se sont eux révélés sur le tard. Steve Jobs, connu pour sa discrétion et son refus des signes ostentatoires de richesse, a, sur la fin de sa vie, lui aussi cédé à cette « folie » en commandant un yacht de 78 m au chantier Feadship. L’homme est mort avant d’avoir vu la réalisation de son dernier rêve. L’information, tenue très bien gardée, a été révélée dans la biographie du fondateur d’Apple écrite par Walter Isaacson*. Si certaines commandes peuvent s’apparenter à des caprices de milliardaires, d’autres sont le fait de marins avertis. C’est le cas du Français, Jacky Setton, qui a fait fortune dans le matériel HI-FI et qui a possédé une soixantaine de bateaux de toutes tailles et de toutes sortes de Simson S, un ancien remorqueur de haute mer de 77 m qu’il a lui même converti en yacht, au petit voilier de 40 pieds en passant par Pink Shrimp, un ancien crevettier de 32 m et Swift, ex Gitana XIII, maxi cata de 33 m, une machine de course surpuissante que l’homme a, là encore, réussi à convertir en bateau de croisière confortable. À bord de ses grands yachts, Jacky Setton avait à sa disposition des équipages de plusieurs dizaines de personnes. Mais il avoue bien volontiers que son vrai plaisir en mer est solitaire, à tirer des bords sur Ciao Gianni, un day boat de 18 m au design épuré et à l’étrave inversée, pour le bonheur pur de la voile…

En France, Jacky Setton est une exception. Les propriétaires de yachts aiment la discrétion. Les acquisitions se font via des sociétés et jamais en nom propre. Difficile donc de savoir qui se cache derrière tel bateau.

Pourtant, paradoxe de notre époque, jamais les propriétaires français n’ont été si nombreux. Et parfois l’actualité s’en mêle. En février dernier, nous avons découvert que l’ancien patron d’Endemol France, Stéphane Courbit, possédait un yacht le jour où celui-ci… a coulé en Grèce. Yogi, construit par un chantier turc, était, avec 60 m, le plus grand yacht immatriculé en France. Lancé en mars 2011, son existence aura été particulièrement éphémère. Une enquête est toujours en cours pour connaître les raisons de ce naufrage. Juste après les élections de 2007, c’est une invitation lancée au nouveau président d’alors Nicolas Sarkozy, qui a révélé au grand public que Vincent Bolloré était aussi propriétaire d’un très beau motoryacht classique de 65 m, Paloma. De sont côté, Bernard Arnault, dont le groupe LVMH est d’ailleurs actionnaire majoritaire de Royal Van Lent, l’un des deux chantiers de Feadship, est propriétaire d’Amadeus, un yacht de 70 m sur lequel on a pu apercevoir Tony Blair ou encore le chanteur Bono. Quant à Bernard Tapie, s’il n’a jamais cherché à dissimuler qu’il fût le propriétaire du Phocea, bien au contraire, puisqu’il battra même le record de la transatlantique à son bord, il restera plus discret sur l’acquisition récente de Reborn, un motoryacht de 75,50 m. Enfin, le nom d’un bateau peut parfois être un indice pour identifier son propriétaire, comme c’est le cas pour Baton Rouge (62,50 m), qui est la ville de naissance de l’épouse d’un autre homme d’affaires français…
Pour l’heure, la course au gigantisme continue. Au mois de mai dernier, le chantier Lürssen a lancé Azzam qui sera, à sa livraison fin 2013, le nouveau leader de la flotte des superyachts, avec une longueur de plus de 180 m…

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